Homélies du Père Charron, c.s.c.

 

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Listes des homélies archivées : Homélies Année A , Homélies Année B et  Homélies Année C


Homélie du Dimanche de la Trinité – Année A

Le dimanche 11 juin 2017

Un seul Dieu qui s’est manifesté Père, Fils et Esprit


L’Église célèbre aujourd’hui la solennité de la Sainte Trinité. Qu’est-ce que cela peut bien vouloir évoquer, la Trinité ? Comme chrétiens, nous avons été baptisés «au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit». Notons tout de suite que «au nom» est au singulier. La triple appellation se fait sous l’affirmation du nom au singulier, pas au pluriel. Cela veut dire que les chrétiens sont baptisés au nom – au singulier – de Dieu unique qui est Père, Fils et Esprit. Puis nous nous marquons du signe de la croix en disant «au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit», encore au nom au singulier de Dieu unique qui est Père, Fils et Esprit. Les chrétiens ont foi en un seul Dieu, ils sont monothéistes.

Un Dieu unique qui est Père, Fils et Esprit

C’est Jésus qui nous a parlé du Père, du Fils et de l’Esprit. Il nous en a parlé comme d’un seul Dieu. Mais on ne trouve pas chez Jésus l’appellation de la « trinité ». Le mot « trinité » n’est nulle part dans les évangiles ni dans les autres écrits du Nouveau Testament. Il n’est pas non plus dans le Symbole des apôtres (notre Credo), il n’est pas dans les premiers conciles ni de Nicée, ni de Constantinople ni de Chalcédoine. C’est un concept du théologien Tertullien du 3e siècle qu’on retrouvera officialisé aux deux conciles de Tolède de 638 et de 675. Jésus dans son humanité, dans sa condition terrestre, parlait de Dieu comme Père, de lui-même comme Fils c’est-à-dire provenant du Père, envoyé du Père et agissant comme lui. Il se situait vis-à-vis de Dieu dans un rapport de fils à père. L’évangile de Jean (Jn 1, 1-14) va préciser que Jésus est le Verbe de Dieu fait chair, l’expression de Dieu comme Parole manifestée en notre monde, Dieu qui s’extériorise, prend corps humain et se communique dans l’histoire. Entendons qu’il est la figure humaine de Dieu, l’image visible de Dieu invisible. Puis Jésus lui-même fera connaître une autre expression de Dieu comme Esprit. Il assure, notamment à la veille de son départ, que ce sera l’Esprit qui le remplacera auprès des fidèles : «l’Esprit-Saint que le Père enverra en mon nom vous rappellera tout ce que je vous ai dit» (Jn 14,26) ..., «il vous communiquera ce qui est à moi» (Jn 16,14). Il laisse donc entendre que l’Esprit lui est intimement lié, qu’il sera sa présence autrement. En somme, nous connaissons ainsi Dieu par la manière dont il s’est révélé et exprimé dans notre histoire.

Représentations et formulations pour le dire

Pendant plusieurs siècles les chrétiens ont essayé de préciser au mieux cet apparent paradoxe – un seul Dieu en trois – même si la profondeur de son être demeure toujours un mystère. Ils n’ont pas d’autres choix pour dire Dieu que de prendre des mots humains qui seront toujours déficients. L’être intime de Dieu est infiniment au-delà de ce que nous pouvons en comprendre et en dire. Les représentations humaines pour dire Dieu sont inadéquates, mais il faut bien s’exprimer en mots humains à partir de ce que l’on connaît. On appelle cela le langage de l’analogie : relier ce qu’on essaie de dire de Dieu à ce que l’on dit de l’être humain, en sachant qu’il y a là plus de dissemblance que de ressemblance.

Alors, du 3ème au 13ème siècle, les anciens, au prix de discussions, de spéculations et de polémiques nombreuses, ont tenté de préciser les termes, avec des concepts philosophiques qui étaient ceux des cultures de leurs époques. C’est une histoire très complexe, où les concepts ont évolué, se sont ajustés, ne serait-ce que dans les différences d’école entre les Grecs et les Latins. Il s’agissait de comprendre et de formuler la foi reçue en un seul Dieu, Père, Fils et Esprit. Les premiers symboles de foi et les premiers conciles n’emploient pas encore le concept de « personne » pour dire «trois personnes». Dans toutes les polémiques il fallait éviter deux erreurs principales : le modalisme d’une part, c’est-à-dire penser que Père, Fils et Esprit sont simplement des noms projetés en Dieu à partir de nous pour désigner des modalités apparentes de l’être divin, et d’autre part le trithéisme, c’est-à-dire se représenter Dieu, en trois êtres distincts, en trois consciences distinctes, et en faire alors trois dieux.

De concile en concile, on arriva à formuler dans les mots de l’époque que la Trinité est le mystère d’un seul Dieu en trois personnes, le Père, le Fils et le Saint-Esprit, reconnues comme distinctes dans l’unité d’une seule nature, ou essence, ou substance. Mais on ne doit pas oublier que le concile de Tolède de 675 écrit aussi : «Le Père est cela même qu’est le Fils, le Fils cela même qu’est le Père, le Père et le Fils cela même qu’est le Saint-Esprit, c’est-à-dire un seul Dieu par nature». Saint Irénée avait écrit bien auparavant : «Il est le Père, Il est le Créateur, l’Auteur, l’Ordonnateur. Il a fait toutes choses par Lui-même, c’est-à-dire par son Verbe et par sa Sagesse», … «par le Fils et l’Esprit» qui sont comme «ses mains». C’est donc le même Dieu unique qui est Père, Fils et Esprit.

L’exégèse de la catégorie de « personne »

Comment parler alors de trois personnes ? Ici comme ailleurs en plusieurs de nos croyances, on touche à l’insuffisance des mots et surtout à leur signification dans le contexte culturel d’une époque. Le concept de personne a beaucoup évolué : il ne dit pas aujourd’hui la même chose qu’il disait au 4ème siècle. Au temps de la définition du dogme, le mot persona chez les Latins – traduction du prosopon des Grecs – veut dire masque d’acteur, rôle, caractère, personnage aux sens propre et figuré, puis personnalité. Il n’a pas du tout le sens de ce qu’il est devenu dans la philosophie contemporaine et dans la psychologie humaine où le concept de personne désigne maintenant un être individuel, doué d’une conscience propre, d’une volonté autonome, d’une vie spirituelle propre. Or, selon le dogme de la Trinité tel que défini, il n’y a pas en Dieu trois consciences distinctes, trois centres de décision distincts, trois vies spirituelles distinctes. Il n’y a pas en Dieu trois personnes ainsi définies. Il n’y a pas trois dieux, mais un seul Dieu, une seule conscience, une seule volonté, un seul centre de décision. Les chrétiens confessent le monothéisme, non pas le trithéisme.

Il faut donc se rappeler et comprendre ce que l’on voulait dire quand on a emprunté le terme de personne. Déjà saint Augustin, au 5ème siècle, était méfiant à l’égard du mot persona ; il le trouvait inadéquat mais il l’acceptait faute de mieux. Plus près de nous, sont aussi méfiants Karl Barth, le grand théologien protestant, et Karl Rahner, le plus grand théologien catholique du XXème siècle, devant les dangers d’ambiguïté dans l’usage par les contemporains d’un concept de personne qui référerait aux catégories de la philosophie actuelle pour appliquer ce concept à Dieu avec une signification autre que celle qu’on a voulu lui donner autrefois. (Répétons-le : le concept de personne ne veut pas dire la même chose aujourd’hui qu’au moment de la définition de ce dogme.) Rahner préfère interpréter que, en ce qui concerne la trinité, il s’agit de la tri-personnalité de Dieu, de trois manifestations de ce que Dieu est lui-même (Karl RAHNER, «Quelques remarques sur le traité dogmatique De Trinitatae», dans Écrits théologiques, tome 8, Paris, Desclée de Brouwer, 1967, pp 107-140, surtout pp 129-140).

Dieu, être personnel, se comporte envers nous d’une manière trinitaire. D’après la sainte Écriture, la communication de Dieu par lui-même a un triple aspect. Premièrement, Dieu se manifeste à nous comme Père, principe sans principe, origine, source de tout. Deuxièmement, il s’autocommunique en son Verbe fait chair Jésus, provenant de lui comme on le dit d’un fils, qui est sa manifestation extraordinaire dans l’histoire humaine. Troisièmement, il se communique en l’Esprit comme amour qui se donne, qui inspire et qui unit. Le Père, Jésus et l’Esprit désignent une véritable différence au sein de la communication que Dieu fait de lui-même. Ces trois communications sont la «trinité» de la conduite de Dieu envers nous, qui renvoie à la tri-personnalité de Dieu en lui-même.

L’Église et sa liturgie emploient encore le mot personne car il est sanctionné par un usage de 15 siècles. Il fait partie de la formulation dogmatique mais nous avons à en faire l’exégèse comme nous le faisons pour les textes bibliques en général. Nous devons savoir, en effet, que ce mot a une histoire et que, rigoureusement parlant, il ne convient pas à tous égards, en notre siècle, pour dire ce qu’il veut dire sans ambiguïté et sans malentendu. Parler de trois personnes en Dieu, au sens moderne du concept de personne, comporte le danger du trithéisme.

Ce qu’évoquent le Père, le Fils et l’Esprit

Que retenir de tout cela pour notre spiritualité? Nous connaissons Dieu principalement par son intervention dans l’histoire. Il convient donc d’en rester à ce que l’Écriture Sainte nous en rapporte, sans trop en rajouter. Rappelons-nous l’essentiel de ce qu’évoquent le Père, le Fils et l’Esprit.

Dieu le Père est origine, source première de tout, autorité transcendante et en même temps bonté et sollicitude aimante pour tous ses enfants. Au Livre de l’Exode que nous lisons ce jour, le Seigneur proclame ainsi son nom à Moïse : «Yahvé le Seigneur, Dieu tendre, plein d’amour et de fidélité » (Ex 34, 4-6), lui qui a fait alliance avec le peuple qu’il a choisi pour se faire connaître. Pour le dire simplement : Dieu le Père, Dieu de qui nous recevons l’être et la vie, Dieu avant nous.

Le Verbe de Dieu fait chair, qui est appelé le Fils, est la manifestation de Dieu en figure humaine dans le monde. Jésus est sa figure observable, sa parole audible, son action concrète, l’image visible de Dieu invisible qui nous le révèle. Comme l’annonce l’évangile du jour, «Dieu a tellement aimé le monde qu’il a donné son Fils unique … Dieu a envoyé son Fils dans le monde … pour que par lui le monde soit sauvé» (Jn 3, 16-18). Jésus est  l’incarnation de Dieu, celui qui a inauguré le Règne de Dieu sur terre, le règne du vouloir de Dieu dans le monde, pour que l’humanité arrive à son accomplissement. Pour le dire simplement : c’est Dieu parmi les humains, c’est Dieu avec nous.

Jésus ayant terminé sa phase terrestre, l’Esprit (du Père et du Fils) est envoyé pour habiter dans le cœur des fidèles. L’Esprit de Dieu est donné aux croyants pour que leur esprit s’ajuste à son Esprit, pour qu’ils soient en communion avec Lui et ensemble les uns avec les autres. L’Esprit habite et renouvelle sans cesse la communauté des chrétiens, l’Église, comme un temple spirituel, et il leur prodigue ses dons et ses charismes pour les divers services. Pour le dire simplement : c’est Dieu présent à l’intérieur de nous. C’est Dieu en nous.

Voilà des précisions pour l’intelligence de notre foi chrétienne. Dans le domaine doctrinal comme dans le domaine biblique, nous avons en effet à faire l’exégèse, le travail d’interprétation de textes écrits il y a des milliers d’années dans d’autres contextes culturels. Nous avons à les retraduire dans le langage d’aujourd’hui pour en saisir le sens et la portée. Célébrons ces trois communications ou manifestations du même Dieu. Dieu Père, origine, … ou Dieu avant nous. Dieu fait chair dans l’histoire parmi nous, … ou Dieu avec nous. Dieu présent en esprit à l’intérieur de nous, … ou Dieu en nous. Un seul Dieu en trois manifestations.

André Charron c.s.c.

Paroisse Saint-Hippolyte


                                                Homélie du dimanche de la Pentecôte – Année A

                                                    Pour que notre esprit s’ajuste à son Esprit

                                                                    Le 4 juin 2017


La liturgie célèbre la Pentecôte, 50 jours après Pâques. Ce furent d’abord deux fêtes du peuple de Dieu de la Première Alliance, ce peuple que Dieu avait choisi pour se faire connaître. La Pâque juive était la fête de la libération de son esclavage en Égypte. Et la Pentecôte juive était la fête du pèlerinage commémorant le don de la Loi à son chef Moïse, la loi du bien-vivre selon l’Alliance de Dieu. C’est en raison de ce pèlerinage qu’il y avait beaucoup de monde à Jérusalem le jour de la Pentecôte dont parle le Livre des Actes des Apôtres : il y avait de nombreux étrangers, surtout des Juifs de la diaspora parlant diverses langues, et de purs étrangers Crétois, Arabes et d’autres.


Investis de l’Esprit


Nous venons d’entendre le récit de cette Pentecôte vécue dans la maison où était réuni le groupe des disciples de Jésus (Actes 2, 1-11). Derrière la mise en scène du récit et ses références symboliques, essayons de comprendre ce qui est en cause. Les disciples de Jésus, dont les apôtres, étaient apeurés et déprimés depuis le départ physique de Jésus au jour dit de l’Ascension. Ils se réunirent tous ensemble pour fêter la Pentecôte juive, en souvenir de l’Alliance ancienne. Or voilà qu’ils sont ostensiblement investis de l’Esprit de Dieu, telle une force qui vient les habiter, qui les réconforte, les enthousiasme, les relance. Ainsi, comme Dieu avait donné sa Loi au peuple choisi pour lui enseigner à vivre selon son Alliance, désormais Dieu donne son propre Esprit à ses disciples pour les enseigner du dedans d’eux-mêmes, comme une loi intérieure, une loi du coeur. C’est là l’événement, la nouveauté de la Pentecôte chrétienne.


Les prophètes l’avaient déjà annoncé : la Loi de Dieu sera écrite non plus sur des tables de pierre mais dans le cœur des personnes. Et Jésus lui-même l’avait promis. Peu avant son départ terrestre, il annonçait une autre manière pour lui d’être présent : non plus physiquement mais désormais en Esprit … L’Esprit Saint est le même Esprit de Dieu dont il était porteur pendant son séjour terrestre. Selon l’Évangile de Jean, Jésus a été clair et explicite dans son entretien d’adieu le soir de la dernière Cène : « L’Esprit Saint que le Père enverra en mon nom vous enseignera tout et il vous rappellera tout ce que je vous ai dit » (Jean 14,26). Plus loin il renforçait le

même propos : « L’Esprit vous fera accéder à la vérité tout entière ; … il recevra de ce qui est à moi et il vous le communiquera » (Jean 16, 13-14).


Habités par l’Esprit


Or depuis la Pentecôte chrétienne, cet Esprit Saint, cet Esprit de Jésus, est partagé aux disciples de toutes les époques. Il habite en leur cœur, en leur conscience. Alors nous-mêmes disciples de maintenant, rappelons-nous ce que Jésus a précisé aux disciples de la première génération lors de son discours d’adieu. L’Esprit nous enseignera tout ce que Jésus a dit, il nous fera découvrir le sens de ses paroles dans les circonstances où nous nous trouverons, il nous en donnera la compréhension en fonction de ce que nous aurons à vivre. Les paroles de Jésus n’ont jamais fini de dévoiler leur sens pour nous. Cet agir de l’Esprit se fait dans l’intimité des consciences : c’est en chaque disciple que l’Esprit Saint vient demeurer, tel un maître intérieur, un souffle de vie. Il nous faut être attentifs à la voie intérieure de l’Esprit.


Prenons une comparaison pour bien saisir. Dans notre expérience humaine, avoir quelque chose de l’esprit d’un autre, c’est partager quelque chose de ses attitudes, de ses sentiments, c’est s’accorder à sa mentalité, lui ressembler, se laisser influencer par lui. Ainsi dit-on de quelqu’un, « il a donc l’esprit de son père », il tient de lui, il réagit comme lui ; ou « elle a donc l’esprit de sa mère », elle lui ressemble. Leur esprit s’est ajusté à l’esprit de la personne admirée. Ainsi, créés à l’image de Dieu, nous sommes appelés à lui ressembler, à nous ajuster à son Esprit, à communier à son Esprit. Nous nous ajustons d’esprit à Esprit. Notre ressemblance avec lui s’affine à mesure que nous laissons son Esprit nous influencer, nous transformer.


Le jour de la Pentecôte chrétienne, c’est cette transformation initiale qui s’est opérée chez les disciples de Jésus. Ils ont été transformés par le don de l’Esprit de Dieu, comme en un dynamisme nouveau, selon la promesse annoncée de Jésus. Ils ont été remplis de l’Esprit Saint, rassurés, fortifiés, transformés, enthousiasmés, relancés. Et dès lors, ils ont été communicatifs, de façon telle que chacun des étrangers les entendait dans sa propre langue. Il convient d’y voir un phénomène plus sérieux et profond que la glossolalie loufoque qu’on s’amuse à illustrer parfois dans certaines sectes avides de manifestations extatiques. Oui, chacun des étrangers les entendait dans sa propre langue, vraisemblablement au sens où chacun a été rejoint dans sa propre expérience intérieure. En effet, quand le fond de l’être humain est

touché, on est devant une expérience commune universelle. Le langage de l’expérience spirituelle profonde dépasse la barrière des langues. Chacun des étrangers vibrait à l’envahissement de l’Esprit et tous communiaient aux merveilles de Dieu.


Confirmés dans l’Esprit


Nous sommes maintenant dans cette lignée de croyants qu’est l’Église. Nous profitons, depuis cette Pentecôte, de l’habitation de l’Esprit de Dieu en nous. En ce temps-ci de l’année, de nombreux adolescents et adolescentes se présentent au sacrement de la Confirmation, le sacrement de la venue de l’Esprit Saint qui confirme ses dons et invite au témoignage ceux et celles qui sont arrivés à l’âge de leur engagement dans la société. Le représentant de l’évêque impose les mains sur eux en disant : «Dieu très bon, donne-leur en plénitude l’Esprit qui reposait sur Jésus : esprit de sagesse et d’intelligence, esprit de conseil et de force, esprit de connaissance et d’affection filiale…». Puis il marque leur front du signe de la croix avec l’huile sainte, en disant lentement cette parole comme pour la laisser pénétrer dans la vie intérieure profonde : «Toi, Un tel, sois marqué de l’Esprit Saint, le don de Dieu». Un moment intense et émouvant!


Nous avons été confirmés jadis, la plupart d’entre nous. Mais nous sommes de grands distraits. Peut-être notre perception est-elle restée vague, indéterminée, sans trop de conséquence, car nous étions bien jeunes. Pourtant l’Esprit de Dieu habite en nous. Il s’agit d’y être éveillés, d’en être conscients. Pour ajuster notre esprit à son Esprit, nous avons à écouter sa voix qui nous est intérieure, à suivre son Évangile, à vivre le commandement de l’amour. Notre capacité d’amour est habitée par l’amour qui vient de Dieu, qui nous précède, qui nous pousse à aimer. Le savons-nous ? Oui, notre capacité d’amour est habitée par l’amour de Dieu. Quelle merveille ! Quel potentiel ! Quelle responsabilité !


Merveille et responsabilité


Car merveille et responsabilité il y a. Saint Paul l’écrit aux gens de Corinthe (1 Co 12, 3.7.12-13) qui, en tant que chrétiens, ont reçu des dons de l’Esprit, des charismes, des habiletés à témoigner et à servir. « Les dons de la grâce sont variés, mais c’est toujours le même Esprit. Les fonctions dans l’Église sont variées, mais c’est toujours le même Seigneur. Les activités sont variées, mais c’est toujours le même Dieu qui agit en tous. Chacun

reçoit le don de manifester l’Esprit en vue du bien de tous. » Il y a là quelque chose de la capacité, de l’habileté, de la responsabilité, qui nous est donné. Et avec le don, il y a une charge, une mission, un envoi. Dans la continuité de la communauté de l’Église, c’est nous ici et maintenant qui recevons ces dons, ces charismes, ces habiletés, ces capacités pour le bien de tous, et peut-être même des fonctions.


Dans l’Évangile de Jean lu aujourd’hui (Jean 20, 19-23), on a une illustration d’une fonction attribuée. En plusieurs occasions avant la grande manifestation de la Pentecôte, Jésus avait fait part de son nouveau mode de présence spirituelle, de la venue de son Esprit, puis de dons de l’Esprit-Saint pour la mission. Déjà au soir de sa résurrection, Jésus apparaissant à ses apôtres, leur a dit : « De même que le Père m’a envoyé, moi aussi je vous envoie. Recevez l’Esprit Saint … » Puis il donna aux onze apôtres la fonction ministérielle du pardon des péchés, le pouvoir de remettre les péchés, un ministère sacramentel donné au collège apostolique et à ses successeurs à qui est confiée la charge pastorale. Les fonctions sont variées dans l’Église et, bien entendu, cette fonction ministérielle spécifique n’est pas la fonction de tous. Mais, dans la continuité de la mission de Jésus par les disciples, tous les baptisés confirmés d’autrefois et de maintenant, comme envoyés de Jésus, ont aussi à dire le pardon de Dieu, à contribuer à ôter le péché du monde, la haine, la violence, l’injustice. Le pape François le rappelle souvent, en proposant la miséricorde. Les baptisés chrétiens sont pour le monde des témoins du pardon de Dieu, par des paroles et des gestes de pardon. Ce n’est pas toujours facile de pardonner, surtout quand on a été victime soi-même d’injustice, heurté ou méprisé. Cela peut prendre du temps, le temps que les émotions soient retombées, les blessures cicatrisées et que la motion intérieure de l’Esprit ait pris le dessus, ait suscité la force et la bonté. Ceux qui pardonnent peuvent en quelque sorte faire pressentir la rémission des péchés par la miséricorde de Dieu et la vie pourra renaître au cœur désabusé ou découragé. Ils peuvent être des propagateurs de vie relancée. À celui qui ne voudra pas, qui ne croira pas au pardon, ses péchés lui seront retenus malheureusement, avertit l’évangile. Mais on ne peut pas laisser le monde dans l’ignorance du réconfort de la miséricorde de Dieu et des chances de reprise et de relance offerte à toute personne repentante.


Saisissons les occasions de manifester l’Esprit Saint en vue du bien de tous. Il peut renouveler la face du monde. Avec notre collaboration.


André Charron c.s.c., Paroisse Saint-Laurent


Homélie de la Fête de l’Ascension du Seigneur – Année A

Le dimanche 28 mai 2017

Jésus visiblement parti, présent autrement : être ses témoins



Le Livre des Actes des Apôtres (Actes 1, 1-11) commence par raconter cet événement de la vie de Jésus que nous célébrons aujourd’hui sous le nom de l’Ascension. Jésus s’est montré après sa mort aux apôtres et aux disciples pendant une courte période de temps, estimée à 40 jours, de sorte que ceux-ci ont pu le reconnaître bien vivant. Il s’est entretenu avec eux et il leur a parlé de son thème favori, le Règne de Dieu, le règne du vouloir de Dieu pour la réussite du monde qui culminera dans son accomplissement définitif, le Royaume de Dieu. Or l’homme Jésus ressuscité fut le premier-né d’entre les morts à être dans la condition du Royaume de Dieu définitif, éternel – qui dans le présent de Dieu est déjà réalisé. Et tous ses disciples, contemporains et futurs, y sont conviés. Ainsi le proclame d’ailleurs la préface de cette messe de l’Ascension : «En entrant le premier dans le Royaume, il donne aux membres de son corps (mystique et social) l’espérance de le rejoindre un jour». Déjà dans l’entretien qui a suivi la dernière Cène, il avait prédit partir nous y préparer une place. Après sa résurrection, il continue de parler ostensiblement du Royaume de Dieu. Mais encore, sur le point de quitter l’entourage des apôtres, il leur promet la venue de l’Esprit Saint sur eux, telle une force pour qu’ils soient ses témoins. Alors vous serez mes témoins, leur dit-il, dans votre pays et jusqu’aux extrémités de la terre. Cela veut dire que, entre le don de l’Esprit promis et accordé et l’avènement du Royaume définitif, il y a un délai qui est le temps du témoignage.


Disparu à leurs yeux, rentré en Dieu


Puis Jésus de Nazareth est physiquement parti, il a visiblement disparu. Les apôtres l’ont vu s’élever et s’en aller vers le ciel, dit le récit. Dans la cosmologie populaire et spontanée, quitter la terre c’est s’élever : on a appelé cela l’ascension. Ce n’est pourtant pas un déplacement spatial, Jésus ne s’est pas évadé dans les galaxies. La juste représentation du ciel évoque plutôt un état qu’un lieu. Mieux vaut donc plus simplement retenir que Jésus disparut à leurs yeux. Que comprendre de cela ? Jésus était le Verbe de Dieu, l’expression de Dieu hors de lui-même, la sortie de Dieu dans le monde, la figure humaine de Dieu, l’homme à travers qui Dieu a été vu parmi les humains. Or ce qui est évoqué par l’image de l’ascension, c’est que Jésus, corps et âme, est rentré en Dieu : il a rejoint avec sa nature humaine le rang qui l’égalait à Dieu. Il est exalté en gloire.


L’Ascension est l’autre facette du mystère de la Résurrection. L’Ascension déploie et complète, pour le besoin de notre représentation, ce qui était déjà impliqué dans la résurrection de Jésus. Saint Paul l’écrira dans sa Lettre aux Éphésiens, dont nous lisons l’extrait aujourd’hui : « … Dieu l’a ressuscité d’entre les morts et l’a fait asseoir à sa droite dans les cieux » (Éph 1, 17-23). Voilà une autre image biblique – « assis à la droite de Dieu » – qui veut dire : situé à la place la plus noble, à l’égalité de la place principale. Les chrétiens appellent Jésus depuis lors « le Seigneur », «notre Seigneur Jésus Christ». Avec sa nature humaine Jésus est rentré en Dieu. On peut même dire que, avec Jésus exalté en gloire, quelque chose de l’humanité terrestre est entré chez Dieu : pensons aux sentiments humains, à la tendresse, et aussi à l’expérience de la souffrance, de l’épreuve, de l’abandon qui ont pénétré en Dieu … Un peu de nous, les humains, est entré en Dieu.


Son mode de présence est changé


Bien entendu, pour les apôtres, les disciples et puis pour nous-mêmes les chrétiens,  le type de relation à Jésus est changé. Car le mode de présence de Jésus est changé. Il est absent de corps physique mais il est présent en Esprit. Car l’Esprit-Saint est l’Esprit même de Jésus. Nous pouvons compter sur la présence de Jésus, non plus physique mais spirituelle. Il a promis de donner son Esprit qui viendra sur ses disciples. «Vous allez recevoir une force, celle du Saint-Esprit, qui viendra sur vous. Alors vous serez mes témoins ... jusqu’aux extrémités de la terre ». Avec quelque chose de son Esprit en nous, un peu de lui est en nous. En continuité avec les disciples de la première génération, nous sommes aujourd’hui dans le temps du témoignage pour porter la Bonne Nouvelle du Règne de Dieu qui est en voie de se répandre dans le monde et d’étendre le salut à l’humanité tout entière. C’est la manière chrétienne de participer à la construction d’un monde meilleur pour que l’humanité aille à sa réussite et atteigne sa pleine humanité. Avec les violences et les horreurs que le monde subit en notre temps, on est encore loin du but promis, du résultat espéré… Mais le but est indiqué et l’espérance est là!


Sa présence continue et indéfectible en Esprit


L’évangile de Matthieu, qui se termine par le bref récit que nous venons de lire (Mt 28, 16-20), y présente d’une autre façon l’événement du départ physique de Jésus et l’annonce de sa présence autrement que visible. Matthieu, en effet, ne parle pas de l’Ascension. Jésus y annonce plutôt sa présence continue, garantie, indéfectible : « Et moi, je suis avec vous tous les jours jusqu’à la fin du monde ». Matthieu rapporte d’une autre façon la même chose qu’illustrée dans le Livre des Actes : la présence continue de Jésus malgré son absence physique. Jésus ressuscité est à jamais l’être-avec-nous de Dieu comme il l’a été pendant sa vie terrestre mais dorénavant selon un autre mode de présence en Esprit. Nous pouvons compter sur lui. Sa présence nous est proche, d’autant qu’elle nous est intérieure. Et il peut être  le support de notre action. … C’est à bien y réfléchir pour nourrir notre spiritualité.


Quant à nous, c’est le temps du témoignage


Ce récit de Matthieu fait bien voir aussi que le départ de Jésus, son nouveau mode de présence et l’envoi en mission sont interreliés. Car mission il y a. «De toutes les nations faites des disciples.» Tout comme au Livre des Actes, il affirme : «Vous serez mes témoins jusqu’aux extrémités de la terre.» Les apôtres et les autres disciples ont eu à témoigner de ce qu’ils ont vu, entendu, expérimenté. Dans leur postérité, nous sommes nous aussi dans le temps du témoignage pour porter la Bonne Nouvelle de ce qu’a fait Jésus, de ce qu’il nous a proposé de faire. Nous avons à témoigner à notre tour de ce que nous avons vu, entendu, expérimenté. C’est ce que la communauté chrétienne fait depuis 2000 ans, la transmission. Baptiser, enseigner, témoigner, engendrer dans une filiation, dans une longue lignée de croyants. Aujourd’hui c’est à nous de le faire. Nous sommes le maillon actuel de la longue chaîne de transmission : transmettre l’essentiel de l’Évangile aux autres, faire expérimenter ce qui donné à expérimenter, inviter à construire le Règne de Dieu par la transmission des convictions et des valeurs chrétiennes, et surtout par l’engagement en actions. Continuer la mise en œuvre du monde nouveau instauré par Jésus : un monde appelé à grandir malgré les vicissitudes de l’histoire, un monde où règnent le respect de soi et d’autrui, la compassion, l’équité, la justice, le soutien et le partage mutuels, la liberté, l’amour, la fraternité, voire la communion. Ces valeurs font partie de notre héritage chrétien. Des valeurs chrétiennes à vivre et à transmettre, des comportements chrétiens à proposer au sein de la famille, lieu premier de transmission.


Je ne vois pas de meilleure conclusion que cette adresse de la Lettre de Paul aux Éphésiens, donnée en deuxième lecture de cette messe. J’en relis quelques lignes. Écoutons-la comme nous étant adressée à nous aujourd’hui, … les croyants de la Paroisse Saint-Hippolyte qui est à Saint-Laurent. Un souhait, une prière, la passation d’un héritage, toutes choses adressées à nous, les fidèles de maintenant. Un héritage fort riche pour un transfert de responsabilité.


« Que le Dieu de notre Seigneur Jésus Christ, le Père dans sa gloire, vous donne un esprit de sagesse pour le découvrir et le connaître vraiment. Qu’il ouvre votre cœur à sa lumière, pour vous faire comprendre l’espérance que donne son appel, la gloire sans prix de l’héritage que vous partagez avec les fidèles, et la puissance infinie qu’il déploie pour nous, les croyants. C’est la force même, le pouvoir, la vigueur qu’il a mis en œuvre dans le Christ quand il l’a ressuscité d’entre les morts … Il a fait de lui la tête de l’Église qui est son corps…»  (Éphésiens 1, 17ss). … Son Église, son corps mystique, son corps social… Adresse de saint Paul aux chrétiens de Saint-Laurent!


André Charron c.s.c.

Paroisse Saint-Hippolyte


Homélie du 5e dimanche de Pâques – Année A

Le 14 mai 2017

Un texte fort pour recentrer la foi chrétienne en Jésus


La liturgie de ce dimanche nous présente ici un texte fort de la foi chrétienne. Ce passage de l’évangile de Jean (Jean 14, 1-12), centré sur Jésus de Nazareth, donne un extrait de l’entretien d’adieu de Jésus après la dernière Cène. « Je m’en vais vous préparer une place, je reviendrai vous prendre avec moi, et là où je suis, vous y serez aussi ». Avec ces paroles d’adieu, nous ne sommes plus bouleversés. Nous pouvons croire avec les témoins de l’époque que Jésus est ressuscité, qu’il est vivant. Lui Jésus qui avait été le porteur du Règne de Dieu à construire sur terre – Règne du vouloir de Dieu, règne d’amour, de justice et de paix – eh bien, ce Jésus, il est maintenant entré dans l’état définitif de ce Règne qu’il appelait le Royaume. Car du côté de Dieu, dans le temps de Dieu, ce Règne est réalisé, c’est le Royaume de Dieu en permanence. Jésus est dans l’état du Royaume éternel, et Lui il est vivant à jamais.


Il en parlait à ses disciples en prenant l’analogie de la maison. Il leur parlait de la maison du Père où il s’en allait et où beaucoup pourront trouver leur demeure. «Vous croyez en Dieu, croyez aussi en moi. Dans la maison de mon Père, beaucoup peuvent trouver leur demeure; sinon, est-ce que je vous aurais dit : Je pars vous préparer une place? Quand je serai allé vous la préparer, je reviendrai vous prendre avec moi ; et là où je suis vous y serez aussi». C’est l’annonce de notre place à nous aussi dans la maison du Père, dans le Royaume réalisé, éternel. C’est l’annonce de la promesse de notre propre résurrection, la permanence de la vie dans la condition nouvelle du Royaume accompli d’amour, de justice et de paix. Notre vie est promise ainsi à son accomplissement, à sa plénitude, à son éternité, et cela dans la claire vision de Dieu, dans la communion avec Lui.


Un autre élément est ici rappelé : Jésus confirme explicitement qu’il est le chemin par où passer. « Vous croyez en Dieu, croyez aussi en moi.» «Pour aller où je m’en vais, vous savez le chemin. … Moi, je suis le chemin, précise-t-il à Thomas. Personne ne va vers le Père sans passer par moi.» Il avait déjà dit quelque chose de semblable lors de la parabole du Bon Pasteur que les brebis retrouvent toujours à la porte de la bergerie. Plus encore il avait dit : je suis la porte des brebis par où passer, je suis le chemin, je suis l’accès au pâturage. Et il avait explicité pour que l’on comprenne bien : je suis venu pour que les hommes aient la vie et qu’ils l’aient en abondance.


Or ici avec Philippe Jésus va encore plus loin. Dans ce texte fort de l’Évangile de Jean (Jean 14, 1-12), nous avons la confirmation de ce qu’est Jésus : le visible de Dieu.  L’apôtre Jean, qui écrit en l’an 95 longtemps après les événements, précise dans les propos reconstitués de cette conversation la révélation exacte de ce qu’il y avait en Jésus, de ce qu’était Jésus parmi ses disciples. Paul l’avait rapporté en d’autres termes plusieurs années auparavant : Jésus était l’image parfaite du Dieu invisible (Colossiens 1,15), il était l’image visible de Dieu invisible, c’est-à-dire il était la visibilité de Dieu.


Voici que Jésus dit à Philippe, selon notre récit de Jean : «Celui qui m’a vu a vu le Père». Celui qui me voit voit Dieu. Jésus est, dans sa nature humaine, la manifestation de Dieu, la figure humaine de Dieu, l’expression visible de Dieu, le Verbe de Dieu, le Verbe fait chair en qui Dieu s’exprime. Il est bien la visibilité de Dieu.


Et encore  « croyez ce que je vous dis : je suis dans le Père et le Père est en moi ». Dans sa nature humaine, Jésus s’est compris et s’est présenté par rapport à Dieu dans un rapport de fils à père, il l’appelle justement Père … de qui il provient. Mais de par sa nature divine, il est en Dieu : il est dans le Père et le Père est en lui. Saint Irénée écrivait à ce propos au 2e siècle : « Ce qui était l’invisible du Fils était le Père, et le visible du Père était le Fils » (Contre les hérésies, livre IV, 6,6). Voilà qui dit bien. L’invisible du Fils était le Père ; le visible du Père était le Fils. C’est le même Dieu, il n’y a qu’un seul Dieu. Jésus, le Verbe en personne, est la sortie de Dieu dans le monde, il est sa monstration, sa manifestation visible. Bien entendu, le personnage de Jésus le Christ est riche d’aspects multiples et aucune parole humaine ne peut l’exprimer totalement. Il est un mystère à découvrir et les disciples ont mis du temps à le saisir. Il ne peut être enfermé dans nos catégories rationnelles fatalement limitées (cf Marcel Domergue, dans Croire aujourd’hui, 2008).


Et quand il dit aux disciples qu’il part vers le Père, c’est qu’il quitte sa condition terrestre et qu’il est sur le chemin du retour à la condition divine. Et dans ce retour de Dieu à lui-même, Jésus Christ emporte son humanité, notre humanité. Il est le chemin pour tous vers la vie éternelle. Profond tout cela, mais formidable et prometteur !


Dans ce récit selon Jean, Jésus dit encore une chose qui nous est beaucoup plus abordable. « Celui qui croit en moi accomplira les mêmes œuvres que moi ». Le croyant en Jésus fera les oeuvres notamment du programme du Règne de Dieu, le règne du vouloir de Dieu que Jésus s’est acharné à réaliser. Ce croyant le fera à sa mesure et selon les circonstances : réconciliation, pardon, bonté, amour, justice, paix.  Non seulement en intentions mais en actes. Il tâchera d’accomplir les mêmes œuvres que lui, à sa mesure selon les circonstances de la vie. C’est aussi cela le chemin proposé et la vie en abondance prévue. Voilà ce que Jésus attend de ses disciples, de sa petite communauté fidèle, puis de nous tous dans le temps présent : que nous travaillions au Règne du vouloir de Dieu. C’est pourquoi il a mis cela au centre de la prière qu’il a enseignée à ses disciples. Quand vous prierez, vous direz : notre Père, que ton Règne vienne!


André Charron c.s.c.

Paroisse Saint-Sixte

Homélie du 4e dimanche de Pâques – Année A

Les 6 et 7 mai 2017

Comparer Dieu à un berger proche et bienveillant



Dans cette scène de L’Évangile de Jean (Jean 10, 1-10), Jésus s’adresse aux pharisiens, les autorités religieuses de son époque. Ces pharisiens prêchaient un Dieu tellement grand, isolé dans la sphère du sacré et maître de la Loi, qu’il était inaccessible. Jésus parle plutôt de Dieu comme d’un pasteur, d’un berger, à l’exemple du Psaume 22 qui comparait les relations de Dieu avec le peuple d’Israël à la sollicitude d’un berger pour son troupeau : « Le Seigneur est mon berger, je ne manque de rien ; sur des prés d’herbe fraîche il me fait reposer ; il me mène vers les eaux tranquilles et me fait revivre …». Jésus prend alors la parabole du bon pasteur pour illustrer les rapports de Dieu avec les gens. Le pasteur, le berger, fait paître le troupeau, il en prend soin, le protège et le guide : ainsi en est-il de Dieu pour son peuple. Cette image était parlante pour Israël qui avait été un peuple en pérégrination avec des troupeaux pendant longtemps, avant de se fixer sur des terres à cultiver. L’image peut être parlante allégoriquement pour nous, pour le peuple de l’Église, celui du Nouveau Testament qui est la succession de l’Israël de l’Ancien Testament.


Les rapports du bon pasteur avec ses brebis sont des rapports de proximité, de bienveillance, de sollicitude. Il entre par la porte de la bergerie qui est l’entrée désignée, normale, où on l’attend de jour en jour en toute confiance. Il ne prend pas d’autres entrées dissimulées, en usant de moyens détournés pour satisfaire son profit, voler ou violenter comme le font les faux pasteurs. Sa voix est familière aux brebis. Il appelle chacune par son nom, elles connaissent sa voix, elles l’écoutent. Il marche à leur tête, les guident et elles le suivent en toute assurance car elles ne suivraient pas un inconnu.


C’est une belle illustration des rapports avec Dieu qui se fait tout proche, qui a des relations personnelles avec les individus et prend soin de chacun, chacune. Bien sûr, cette image pastorale de brebis et de berger est propre à la culture du temps mais elle parle encore aujourd’hui. À notre époque, nous sommes jaloux d’autonomie, nous avons horreur du troupeau dominé et obéissant, nous voulons être libérés des contraintes d’autrefois, des diktats des autorités religieuses qui dictaient notre conduite. L’image est énigmatique, mais elle est aussi éloquente quand on sait la déchiffrer. «Le bon pasteur connaît ses brebis et ses brebis le connaissent», «il les appelle chacune par son nom», il a donc un lien personnel avec chacune. Et «il les fait sortir», dit la parabole. Il les fait sortir, il les fait sortir dehors, il les fait sortir vers les autres, après la nuit, en plein jour, au grand air, dans un espace de liberté où elles peuvent aller et venir. Jésus parle alors d’un Dieu proche, familier, bon, qui laisse aller et venir, mais encore il parle d’un vrai maître responsable et donc tout-à-fait fiable. Sommes-nous disposés à comprendre ainsi nos rapports avec Dieu?


Les pharisiens à qui il s’adresse ne comprennent pas ou font semblant de ne pas comprendre. C’est que Jésus parle aussi de lui-même derrière ces images, lui la figure humaine de Dieu. Il enfile alors une seconde parabole, qui complète la première. Il la fait même précéder de la formule solennelle «Amen, amen, je vous le dis», ce qui montre bien l’importance de sa déclaration. « Moi, je suis la porte des brebis », déclare-t-il. Lui, dans sa condition humaine, il est la porte, l’entrée désignée qui introduit, qui est l’accès. Il est la porte d’entrée par où passent les brebis, il est l’accès vers Dieu. Il va l’expliciter en d’autres occasions : il est le chemin, la vérité, la vie. C’est le thème de l’Envoyé de Dieu si présent dans l’évangile de Jean. Jésus est en sa personne l’accès à Dieu, il est celui en qui Dieu se fait tout proche, il est la figure humaine de Dieu, l’image visible de Dieu.  «Je suis la porte ; si quelqu’un entre en passant par moi, il sera sauvé», dit-il. Ce quelqu’un, comme chaque brebis, pourra entrer dans le monde de Jésus, aller et venir à son gré ; il trouvera un pâturage, un espace de liberté où il pourra aussi se nourrir. Chacun peut reconnaître en Jésus la voix de son maître qui l’appelle par son nom, qui le guide en son pâturage.


Le point essentiel où Jésus veut en venir avec sa parabole est ceci : «Moi, je suis venu pour que les brebis aient la vie, la vie en abondance.» C’est une leçon faite aux pharisiens pour dénoncer leur façon de gérer une religion de prescriptions et de formalisme, leur façon de prioriser la Loi et sa rigueur plutôt que l’attention aux personnes et leur aspiration à la vie. Jésus veut que les hommes et les femmes vivent et qu’ils vivent abondamment. Quelle garantie pour chacun! Quelle fiabilité pour tous! Quelle promesse pour nous! «Je suis venu pour que tous les humains aient la vie, pour qu’ils l’aient en abondance.» C’est une des phrases les plus importantes de l’Évangile, qui devrait réconcilier ceux et celles qui restent critiques, amers ou distants à cause des diktats et des manières de faire de nombreux dirigeants de la religion d’autrefois. Être chrétien et chrétienne, ce n’est pas renoncer à vivre, c’est vivre pleinement, intensément, abondamment (dans les limites que nous permettent notre âge et notre condition, bien sûr).


Jésus fait la leçon aux pharisiens aussi pour leur façon de l’ignorer, lui. Il n’hésitera pas à dire par la suite qu’il est bien « le bon pasteur ». «Moi, je suis le bon pasteur; je connais mes brebis et mes brebis me connaissent, comme le Père me connaît et que je connais le Père; et je donne ma vie pour mes brebis» (Jean 10, 11-15).  Il confirme être lui-même l’accès à Dieu, celui qui fait entrer dans le monde de Dieu. Il confirme son lien personnel à chacun et chacune, sa proximité, sa bonté, sa compréhension, la liberté qu’il laisse, la vie en abondance qu’il offre. Et, en outre, sous l’image du pasteur, il laisse un modèle d’accompagnement, de leadership et de gouvernance pour les ministres qui auront à servir le peuple chrétien et l’Église à sa suite.


Voilà donc un évangile qui devrait nous renseigner sur nos relations personnelles avec Dieu. Pour nous resituer nous-mêmes dans notre relation au Bon Pasteur, nous pourrions redire souvent du fond du cœur la prière du Psaume 22 : «Le Seigneur est mon berger, rien ne saurait me manquer».


André Charron c.s.c

Paroisse Saint-Laurent


                                                        Homélie du 2e dimanche de Pâques – Année A

                                                                Reconnaître Jésus ressuscité,

                                        par le témoignage apostolique et l’intelligence des Écritures

                                                                      les 22 et 23 avril 2017


La foi en la résurrection de Jésus nous vient par le témoignage des disciples, dont les apôtres, et par l’intelligence des Saintes-Écritures.

La reconnaissance de Jésus ressuscité : l’expérience des apôtres

Le récit de L’évangile de Jean (Jean 20, 19-31) nous reporte au soir du premier dimanche où quelques disciples avaient découvert de bon matin le tombeau vide de Jésus. Les autres disciples sont enfermés, ils ont peur des Juifs. On les comprend … Si on a tué le maître, on peut tuer les disciples ou à tout le moins leur faire difficulté. … Or Jésus reprend contact avec ceux et celles qui l’avaient suivi depuis quelques années. Il est là présent parmi eux. Il est transformé, son corps est spiritualisé, mais il laisse voir ses mains et son côté. On le reconnaît à certains signes. On le voit. On comprend que c’est lui. C’est bien la même personne : c’est le crucifié ressuscité, reconnaissable aux marques de la crucifixion sur son corps blessé. Les disciples se rappellent alors la parole prononcée par Jésus à la veille de mourir : «maintenant vous êtes tristes, mais je vous reverrai, et votre cœur se remplira de joie» (Jean 16,22).

Celui que la mort avait couché, il est désormais debout. Il est relevé par Dieu, il resurgit. C’est bien le même. Relevé, il réapparaît vivant et transformé. Cela peut paraître fou, mais c’est bien vrai : il est bel et bien vivant ! Voilà l’expérience qu’ils font. Ils parleront dorénavant de «résurrection». Littéralement, en grec biblique, le verbe « ressusciter » veut dire relever, se relever, se remettre debout.

De la défiance à la foi au Ressuscité : l’expérience de Thomas

Mais les disciples n’y croyaient pas tous. Certains avaient des doutes. Ils réclamaient de constater par eux-mêmes la pertinence des signes. La foi en Jésus ressuscité n’allait pas de soi. On ne croit pas sans raisons, ni sans signes. La foi n’est pas irrationnelle, elle n’est pas à confondre avec la crédulité.

L’apôtre Thomas n’était pas là le premier dimanche. Il doute, il est sceptique. Les signes sont importants mais ils ne suffisent pas pour croire. Les informations venant des autres sont importantes mais le processus de la foi ne commence pas par des affirmations toutes faites, encore moins par des rumeurs. Il commence par des questions, des recherches, pour arriver à percevoir des corrélations qui rendent l’opinion plausible, puis parvenir à une compréhension d’ensemble. Thomas n’a pas encore suffisamment cheminé dans sa compréhension du mystère de Jésus. Il veut toucher et voir pour croire. Il veut vérifier.

Le dimanche suivant, Thomas a rejoint les autres apôtres. Jésus paraît au milieu d’eux. Thomas le sceptique voit à son tour les marques de la crucifixion sur le corps de Jésus. Il voit qu’il y a une continuité entre le Jésus crucifié et le Jésus transformé dont il fait l’expérience. Il confessera aussitôt sa foi : « Mon Seigneur et mon Dieu! » Jésus lui dit : « Parce que tu m’as vu, tu crois ; heureux ceux qui croient sans avoir vu ». Thomas a vérifié pour nous. Les chrétiens par la suite – et donc ceux d’aujourd’hui – devront se fier au témoignage des apôtres et des autres disciples et à bien d’autres signes à décrypter dans les évangiles. Car Jésus a laissé beaucoup de signes à interpréter.

Le sens de la résurrection par l’intelligence des Écritures

Par l’intelligence des Écritures on doit comprendre que la résurrection n’est pas seulement la réanimation d’un mort, ni seulement le relèvement d’un corps physique en un corps spiritualisé. Jésus qui avait si ardemment travaillé à établir le Règne de Dieu sur terre comme le programme à réaliser d’un monde renouvelé où règne le vouloir de Dieu – règne d’amour, de justice et de paix – eh bien, ce Jésus est entré le premier dans l’état définitif du Royaume de Dieu en toute sa réalité, Royaume éternel de plénitude et d’accomplissement. Il y est vivant, corps et esprit, transfiguré, et il l’est en permanence. Il est dans la condition du Royaume de Dieu. Et, grâce à lui, premier-né d’entre les morts, nous y serons nous aussi. C’est la façon la plus exacte de nous représenter la résurrection : la permanence de la vie dans la condition du Royaume accompli de réconciliation, d’amour, de justice et de paix. L’horizon de compréhension pour la raison humaine de ce qui est cru dans la résurrection de la personne est la croyance en l’immortalité de l’âme, cette catégorie philosophique exprimant la permanence du principe de vie spirituelle en l’être humain.

Le passage de Jésus, en un moment de l’histoire, a inauguré un monde neuf. Sa victoire pascale traversant la mort a révélé comme un nouveau statut de la condition humaine, comme une mutation. Nous pouvons aspirer à la vie en plénitude promise à l’éternité. Et nous pouvons déjà vivre «en homme nouveau».

«Renaître», grâce à la résurrection de Jésus

L’apôtre Pierre reprend cela à sa manière dans sa première lettre aux chrétiens (1 Pierre 1, 3-9). « Béni soit Dieu … : dans sa grande miséricorde, il nous a fait renaître grâce à la résurrection de Jésus le Christ pour une vivante espérance, pour l’héritage qui ne connaîtra ni destruction, ni souillure, ni vieillissement. … Cet héritage vous est réservé dans les cieux. … Vous allez obtenir votre salut qui est l’aboutissement de votre foi. » Saint Pierre parle de l’effet de la résurrection promise en terme de renaissance. La résurrection est source d’espérance. Elle est un dynamisme de renouveau formidable. Le monde débouche quelque part, sur un plein et non pas sur le néant. L’avenir est ouvert pour le monde. L’humanité est promise à sa réussite, à son accomplissement, à son salut. Or cette victoire est possible parce qu’elle est irrévocablement acquise en Jésus.

Du souffle pour une mission

Dans notre récit d’apparition de Jésus ressuscité, celui de l’évangéliste Jean, Jésus fait aussi l’envoi des disciples. «De même que le Père m’a envoyé, moi aussi je vous envoie.» Le récit ajoute qu’il répandit sur eux son souffle. Il leur a donné du souffle, ce souffle intérieur qui régénère, un souffle à communiquer, qui peut animer d’autres personnes. Il leur a donné quelque chose de son Esprit, l’Esprit Saint. Il les a rendus capables d’oser pour la mission, d’avoir de l’audace pour témoigner.

La communauté chrétienne se forme et prend le relais

Le Livre des Actes des Apôtres relate beaucoup de ces gestes de la mission des apôtres et des disciples. Dans l’extrait que nous avons lu aujourd’hui (Actes 2, 42-47), nous constatons que, après la résurrection de Jésus, non seulement ils se sont regroupés à nouveau pour continuer le mouvement communautaire instauré par lui durant ses trois années de vie publique mais qu’ils ont rassemblé de nouveaux fidèles «devenus croyants». Ainsi s’est formée la communauté des chrétiens et chrétiennes, l’Église.

Sont décrits dans ce livre les principaux axes de cette communauté : l’écoute de l’enseignement des apôtres ou la transmission de la Parole de Dieu, la vie en communion fraternelle, l’habitude de rompre le pain c’est-à-dire de célébrer l’Eucharistie, et la participation aux prières. Une vie quelque peu idéalisée dans la ferveur des débuts qui allait jusqu’à mettre tout en commun, y compris les propriétés et les biens dans une sorte de communautarisme. Comme quoi croire en Jésus ressuscité mobilisait les gens.

C’est ainsi que le christianisme a commencé. Cela a traversé les âges avec plus ou moins de ferveur, générant beaucoup de générosité, édifiant de grandes civilisations, proposant sens, morale et valeurs qui ont fait ce que nous sommes. C’est notre héritage spirituel, notre foi, notre culture. Qu’allons-nous en faire? Nos familles et nos communautés chrétiennes d’aujourd’hui sont en mission d’assurer le relais, le témoignage, la fécondité. Que voulons-nous faire de cet héritage, de cette foi, de cette culture chrétienne?


André Charron c.s.c.

Paroisse Saint-Hippolyte


                                                        Homélie du matin de Pâques – Année A

                                                    Croire en la résurrection depuis celle de Jésus

                                                                        Le 16 avril 2017

Les signes de la résurrection de Jésus

Ce récit du matin de Pâques selon Jean est passablement sobre, sans explication (Jean 20, 1-10). De grand matin, à l’arrivée de Marie Madeleine, de Jean et de Pierre, le tombeau est vide. On est encore dans la consternation et l’affliction devant la mort violente et injuste de Jésus, avec pour seule consolation qu’il a été fidèle à sa mission en allant jusqu’au bout de ses convictions et du don de sa vie pour les autres. Le tombeau est ouvert et vide, les trois visiteurs ne savent que penser. Ce premier moment de l’expérience pascale est déroutant. La découverte est étonnante et inattendue.

L’idée de résurrection n’était venue à l’esprit de personne, et personne n’avait compris en ce sens le témoignage des Écritures ni même certaines paroles de Jésus. Jésus avait bien rendu la vie à Lazare mais c’était un cas différent : Lazare avait été revivifié, retourné à son existence humaine ordinaire et il restait sujet à mourir à nouveau. Mais se relever soi-même pour une forme de vie différente, permanente, immortelle, avant la fin des temps, c’était insoupçonné, inconnu.

La découverte de l’absence du corps au tombeau est donc surprenante. Le plus jeune des disciples entré au tombeau, Jean, réfute l’hypothèse de l’enlèvement en voyant les bandelettes et le linge roulé à part, indices qui l’amènent à comprendre que le corps n’a été ni volé ni déplacé. Le texte dit alors : « il vit et il crut ». Mais personne n’a vu directement la résurrection et sa foi inchoative et précoce n’a pas de preuve contraignante.

Pour les autres, Marie de Magdala, Pierre, et éventuellement les disciples, il faudra que Jésus lui-même se manifeste vivant pour qu’ils arrivent à dire : « J’ai vu le Seigneur ». Sans l’intervention du Ressuscité, on ne saurait saisir les « signes » de la résurrection (Cf Michel Gourgues, Jean. De l’exégèse à la prédication, tome I, Lire la Bible 97, Cerf, 1993, p 160ss). Il y aura plusieurs apparitions, dont l’une à plus de 500 frères à la fois. Jésus est toujours vivant. Il a vaincu la mort. Il se manifeste en corps spirituel, « sous d’autres traits » dira Marc (Marc 16,12), de sorte qu’on ne le reconnaît pas du premier regard ; il est donc le même mais métamorphosé. Littéralement en grec biblique, « ressusciter » veut dire relever, se relever, se remettre debout. Jésus, relevé, est réapparu vivant et transformé.

Le sens de la résurrection de Jésus

Il n’est pas facile de comprendre la résurrection de Jésus, de se la représenter. Permettons-nous un petit détour pour la mettre en perspective et y trouver l’intelligence de notre foi. La façon la plus correcte théologiquement, à mon avis, est la suivante. Toute la vie et toute l’action de Jésus ont consisté primordialement dans le message et la pratique du «Règne de Dieu», un grand projet et un vaste programme voulant réaliser le règne du vouloir de Dieu pour que le monde aille à sa réussite et à son accomplissement. Concrètement, cela veut dire un monde réconcilié, refait, remis à neuf, par le règne de l’amour, de la justice, de la paix, autrement dit une humanité renouvelée, un monde sauvé et animé de l’Esprit de Dieu. À la fin de l’histoire humaine, ce projet culminera dans l’état définitif de ce que Jésus appelle « le Royaume », un monde accompli, un monde nouveau, complètement intégré selon l’Esprit de Dieu et en communion avec Lui.

Or précisément Jésus a été sur terre le porteur de ce projet du Règne de Dieu, l’initiateur du Royaume en préparation. Il l’a pratiqué de manière exemplaire, notamment auprès des personnes en besoin, des orphelins et des veuves, des pauvres et des exclus, mais aussi auprès des foules de gens bien ordinaires. Il a agi comme Dieu agit. Il a concrétisé ce que ce Règne est. Il y a travaillé sans cesse. La façon dont Jésus a vécu et travaillé anticipait déjà bien des éléments du Royaume, réalisait déjà les signes concrets et visibles de la Promesse de libération et d’accomplissement. Jésus a été tellement identifié à l’édification du Règne de Dieu sur terre qu’il est entré par-delà la mort, le premier, dans l’état du Royaume achevé : il est vivant, corps et esprit, dans la condition du Royaume éternel. Voilà le sens de la résurrection (Cf Edward Schillebeeckx, L’histoire des hommes, récit de Dieu, Cogitatio fidei 166, Cerf 1992, p 201ss). La résurrection, ce n’est pas la réanimation du cadavre, c’est la permanence de la vie dans la condition nouvelle du Royaume d’accomplissement. La vie de ressuscité, c’est la vie complètement épanouie, accomplie, et alors intégrée dans la mouvance de l’Esprit de Dieu, en communion intime avec Lui et avec tous les humains qui y auront librement consenti; c’est la vie du Royaume définitif, d’une humanité nouvelle, demeure de Dieu avec les humains. Un ordre nouveau est instauré. Cet homme Jésus, qui était des nôtres, est «le premier-né d’entre les morts», comme le dit saint Paul (Colossiens 1,18), il est le prototype du ressuscité. Il s’est manifesté d’abord en corps spiritualisé, sous d’autres traits, aux premiers témoins de son milieu. Pour nous il est toujours vivant en Esprit. Non seulement «il a été» ressuscité mais «il est» ressuscité en permanence.

La garantie de notre propre résurrection

La résurrection de Jésus est le gage de notre propre résurrection, lui qui l’a rendue irrévocablement accessible. Il y est passé le premier ; nous y passerons à notre tour. À notre mort, le résultat de toute notre vie, de nos comportements, gestes et réalisations, est porté au définitif, notre vie est portée à son accomplissement définitif. Et le définitif pour Dieu, c’est le Royaume. Le passage au définitif, c’est le passage au Royaume, à la résurrection, à un ordre nouveau. L’horizon de compréhension ou d’intelligibilité de la résurrection pour la raison humaine est l’immortalité de l’âme, la permanence du principe de vie spirituelle en l’être humain, ou encore, comme on dit en philosophie, l’expérience a-priori ou transcendantale de la validité permanente de notre existence. Notre vie débouche sur un plein, sur son accomplissement ultime, et elle est aussi complètement intégrée sous l’influence de l’Esprit de Dieu et dans le cercle relationnel de la communion des saints.

Jésus de Nazareth a bien dit quelques jours avant sa mort : «Dans la maison de mon Père, il y a beaucoup de demeures ; sinon, est-ce que je vous aurais dit : ‘je pars vous préparer une place’? Quand je serai allé vous la préparer, je reviendrai vous prendre avec moi, et là où je suis, vous y serez aussi» (Jean 14,2-3). Et sur la croix, au bon larron crucifié à côté de lui qui le suppliait «Jésus, souviens-toi de moi lorsque tu viendras avec ton royaume», il lui dit : «Je te le dis, aujourd’hui tu seras avec moi dans le Paradis» (Luc 23,42-43).

La foi en la résurrection et notre projet de vie

Si l’espérance de la résurrection est possible, si l’espérance de la victoire sur le mal et sur la mort est possible, tout devient possible. Or cette victoire est promise parce qu’elle est irrévocablement acquise en Jésus. D’où la puissance formidable de la foi en la résurrection. La résurrection est la triomphe de la vie, la victoire de la vie de bout en bout de l’univers créé en appel de renouveau. Saint Paul, dans sa Lettre aux Colossiens que nous avons lue aujourd’hui, peut dire : «Vous êtes ressuscités avec le Christ; recherchez donc les réalités d’en haut» (Col 3, 1-4). Autrement dit, vivez avec la vision et la force de la résurrection. Avec la perspective de la résurrection, l’avenir est ouvert pour le monde et cela doit influencer l’agir des chrétiens dès maintenant, eux qui sont baptisés dans le mystère de la mort et de la résurrection de Jésus. C’est un appel à dépasser nos morts, à quitter nos peurs, à sortir de nos enfermements, à traverser les difficultés, à désirer la vie en tout et partout. Un sens est offert au projet humain. Proposition est faite de réaliser le programme de rénovation de ce que Jésus met sous l’appellation du Règne de Dieu : l’édification d’un monde réconcilié, remis à neuf, par le génie humain en tous ses talents. Nous sommes mis à contribution.

Nous avons en cela des défis à relever, à la mesure de chacun : la vie bonne, le respect de soi et des autres, la compassion, les relations humaines rétablies, la contribution à la vie sociale par son métier, sa profession, son engagement, en résumé le défi de la vie généreuse. Et nous avons, ces années-ci, à soutenir les défis d’un monde nouveau à la dimension de la planète terre : la résolution des conflits au Proche-Orient et en Afrique, l’éradication du terrorisme destructeur de vies innocentes, l’accueil des migrants, l’écologie pour la sauvegarde de la maison commune, le développement et la répartition des richesses et de la force de travail, l’honnêteté des transactions dans notre propre milieu, ville et province, l’éducation et la transmission des valeurs, l’aide aux pauvres de toute pauvreté. Sans oublier la réforme constante de l’Église : des adaptations aux cultures modernes, des positionnements à revoir, des débats à ouvrir, des prises de paroles à faire entendre. La visée d’un monde réussi, plein d’humanité, d’amour, de justice, de paix, c’est le sens de la destinée vers l’accomplissement du Royaume, la communauté des ressuscités.

Pâques est la fête de la vie. La foi en Jésus ressuscité ne fait pas disparaître le tragique de l’existence mais elle est source d’espérance, stimulant pour des engagements concrets, lumière pour la conduite de la vie. Elle donne du souffle pour se relever, pour se remettre debout, ce que veut dire aussi, en son sens littéral, « ressusciter ».

André Charron c.s.c.

Paroisse Notre-Dame du Bois-Franc


                                                    Homélie du dimanche des rameaux – Année A

                                                                        Le 9 avril 2017

                                                      Communier au drame personnel de Jésus


Les textes bibliques de notre célébration, en ce début de la semaine sainte, nous font entrer en sympathie avec le drame personnel de Jésus. Prenons-en conscience, en revenant rapidement sur ces points forts.

La commémoration de l’acclamation du Jour des rameaux.

Dans la première partie de notre célébration, nous nous sommes remémoré l’entrée de Jésus à Jérusalem (Matthieu 21,1-11). Jésus a choisi un ânon : il veut rester humble, sans aucun désir de puissance. Il retrouve des foules qui ont connu ce qu’il a dit, ce qu’il a fait, et qui ont été témoins de bien des signes qu’il a laissés. C’est la toute première fois de sa vie que Jésus accepte d’être acclamé. Chaque fois auparavant il s’échappait ou s’enfuyait dans la montagne. Cette fois-ci, il accepte ce débordement d’enthousiasme. Une foule de gens, dont probablement beaucoup de jeunes, le reconnaissent comme le Messie attendu, ils veulent le faire roi. Ils l’acclament avec des palmes et ils crient «Hosanna» -- hoshi a-na en hébreu, d’où Hosanna en grec, ce qui veut dire «de grâce, donne le salut» -- « Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur », une acclamation tirée du Psaume 118 (Ps 118, 25-26) que nous reprenons au Sanctus de nos messes jusqu’à aujourd’hui. Avec cette foule bigarrée d’hier et d’aujourd’hui, avec la foule des gens de Saint-Laurent qui fréquentent nos paroisses, nous exprimons notre foi, notre enthousiasme, nos hommages envers Jésus de Nazareth qui a fait de si grandes choses et qui nous a révélé le visage humain de Dieu. Les rameaux que nous conserverons nous rappelleront cette acclamation.

La préfiguration du serviteur souffrant.

La première lecture du Livre d’Isaïe (50, 4-7) présente le serviteur annoncé de Yahvé, qui préfigurait ce que sera Jésus, le personnage qui écoute comme celui qui se laisse instruire et qui reçoit une mission difficile. Jésus dans sa condition humaine va réaliser de fait cette préfiguration. Il est le serviteur souffrant de Yahvé. Isaïe avait décrit la relation extraordinaire qui unit le serviteur à son Dieu. Ainsi d’une part, Jésus fait confiance à Dieu, il l’écoute et se laisse instruire. D’autre part, Dieu fait confiance à son serviteur, il lui confie une mission. Le serviteur ne s’est pas dérobé. Il a affronté l’adversité. Son visage s’est durci, manière d’exprimer sa détermination et son courage. Il sait que Dieu viendra à son secours, il sait qu’il ne sera pas confondu.

Le Psaume 21 que l’on chante en répons est une prière que Jésus connaissait très bien dans sa tradition juive. «Mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné … Une bande de vauriens m’entourent … Ils partagent entre eux mes habits et tirent au sort mon vêtement. Mais toi, Seigneur ne sois pas loin : ô ma force, viens vite à mon aide!» Ces paroles-là lui sont revenues à l’esprit sur la croix.

Le récit de la mort de Jésus comme accomplissement.

Puis nous avons entendu la lecture du récit du procès injuste de Jésus et de sa mort violente dans la semaine qui a suivi l’acclamation par les gens de Jérusalem (Matthieu 26,14-27,66). Jésus est allé jusqu’au bout de son amour pour eux, il est allé jusqu’au bout de son amour pour nous. Dans sa condition humaine il est mort sur une question, selon les évangélistes Marc et Matthieu. « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné? » (Ps 22,2) Ce qui démontre sa grande souffrance, sa peur, son angoisse. Malgré son abandon ressenti, il doit redoubler de confiance envers Dieu. Selon l’évangéliste Jean, il a dit aussi sur la croix : «Tout est accompli». Dans sa condition humaine, il a accompli sa vie avec la satisfaction d’avoir accompli sa mission. Retenons cela de la mort de Jésus. Il a accompli sa vie. Il l’a réalisée comme une plénitude, avec la satisfaction d’être allé au bout de ses possibilités, au bout de son amour, au bout de sa mission, bien qu’il ait été fauché dans sa jeune trentaine.

La réflexion qui s’ensuit sur Jésus pour nous.

Quelques années après cette passion et cette mort, la Lettre de Paul aux Philippiens (2, 6-11) donne une synthèse de l’ensemble de l’événement Jésus-Christ : l’affirmation de la condition divine de Jésus, son abaissement dans la condition humaine, sa profonde humanité, sa mission de serviteur, son obéissance, sa mort et son élévation comme ressuscité. C’est un bon résumé de ce qu’il a été parmi les hommes, lui qui est toujours vivant en Esprit parmi nous.

Avec tous ces rappels, nous allons refaire eucharistie pour aujourd’hui. Chaque messe est la réactualisation du repas de la dernière Cène où Jésus a fait l’anticipation symbolique de son offrande sur la croix. Il nous a demandé de refaire symboliquement cette offrande en mémoire de lui. Jésus y est présent en Esprit chaque fois que nous faisons l’Eucharistie en mémoire de lui. Unissons l’offrande de notre vie à l’offrande de sa vie.

En ce début de la grande semaine, c’est comme si la liturgie de la semaine sainte nous invitait à considérer en condensé le cheminement personnel de notre foi chrétienne. Évoquons les points forts de ce cheminement : d’abord la réponse à nos attentes lors des premières découvertes de tout ce qu’a dit et fait Jésus tel que rapporté dans les évangiles, et nos acclamations enthousiastes à son égard, … comme chez la foule le dimanche des rameaux ; ensuite la rencontre de proximité intérieure avec Jésus sur les chemins de l’existence, le sens qui s’en dégage pour vivre et agir jusqu’au bout notre mission, … comme l’évoque la dernière semaine à Jérusalem ; les dons de sa grâce signifiée dans les sacrements et notamment la communion à sa présence et à l’offrande de sa vie dans l’Eucharistie que nous faisons en mémoire de lui, … comme le jeudi saint ; puis des déceptions, des croix, le doute, peut-être le sentiment d’abandon, mais malgré tout l’espérance à venir, … comme le vendredi saint ; enfin le bilan de notre vie comme un accomplissement de notre être et de notre mission pour l’entrée promise dans le Royaume définitif, cet autre nom de la Résurrection, … dans la lumière du dimanche de Pâques.


André Charron c.s.c.

Pavillon Saint-Joseph des Sœurs de Sainte-Croix à Saint-Laurent




                                                        Homélie du 5e dimanche du Carême – A

                                                                    Les 1 et 2 avril 2017

                                                    Jésus révèle aux siens un Dieu donneur de vie

                             

Cet évangile du retour à la vie de Lazare (Jean 11, 1-45) nous fait constater, une fois de plus, que les gestes extraordinaires de Jésus – que l’on appelle les miracles – sont toujours posés pour remédier à une situation de misère ou de détresse physique ou morale au bénéfice de quelqu’un qui est mal pris, malheureux ou souffrant. Dimanche dernier, c’était en faveur d’un aveugle de naissance. Aujourd’hui c’est en faveur d’un malade de maladie mortelle, en faveur de Lazare privé de la vie et de Marthe et Marie privées de leur frère. Jésus est profondément remué, ému, par ce qui arrive à ses trois amis, il communie à leur épreuve tragique. Puis par une intervention qui est en dehors du cours habituel des choses, il ramène Lazare à la vie, -- une vie temporaire puisque Lazare mourra de nouveau un jour.


Ce que l’épisode du retour à la vie de Lazare met en scène


Mais ce geste extraordinaire est voulu aussi comme un signe. Jésus par son geste met en œuvre la puissance de Dieu qui rend la vie. Il manifeste directement l’action de Dieu. Il agit comme Dieu agit. Jésus atteste de son identité messianique et même divine. Il se dévoile dans ce qu’il est. Le récit le dit bien : «Cette maladie est pour la gloire de Dieu afin que par elle le Fils de Dieu soit glorifié.» Jésus, figure humaine de Dieu parmi les humains, image visible du Dieu invisible, dévoile par ses gestes, ordinaires et extraordinaires, qui est Dieu. À le voir agir, on voit agir Dieu. Un Dieu qui se révèle compatissant, un Dieu qui a des sentiments jusqu’à pleurer, qui communie aux épreuves des autres, qui guérit, rétablit la situation, qui est un donneur de vie. Un donneur de vie de manière insoupçonnée, inouïe.


Et précisément, ce signe est produit en vue de la foi. C’est d’ailleurs là l’importance première du geste posé par Jésus et du récit qui le raconte. La description du miracle ne prend que deux versets. L’important est donc dans le reste, dans le cheminement des personnages dont le geste extraordinaire de Jésus est l’occasion. Un cheminement de foi pour Marthe, Marie et les témoins. Regardons cela de plus près.


Marthe est celle qui entretient le dialogue. Elle croit déjà que Jésus aurait pu faire quelque chose, comme guérir son frère Lazare auparavant, mais, une fois la mort survenue, il est trop tard et impensable de le ramener à la vie. Jésus lui dit pourtant : «Ton frère ressuscitera». Marthe croit à la résurrection mais celle du dernier jour à la fin des temps. Jésus déclare alors : «Moi, je suis la résurrection et la vie. Celui qui croit en moi, même s’il meurt, vivra.» Une déclaration en clair-obscur, qui joue sur deux sens, la résurrection à la fin des temps et une résurrection immédiate. «Crois-tu cela?» Marthe dit croire car il est le Messie. Elle a confiance que quelque chose peut se passer car c’est un homme de Dieu mais elle ne sait pas vraiment quoi ni comment. Elle ne saisit pas tout. Elle sera d’ailleurs réticente à l’ouverture du tombeau. Elle pense toujours que Jésus aurait pu empêcher la mort, mais qu’il ne peut rien faire maintenant que la mort est venue. La rencontre de Jésus avec l’autre sœur, Marie, est plus une communion au niveau des émotions mais elle va dans le même sens d’un cheminement de confiance sans en prévoir encore l’aboutissement.


Or voici que l’événement éclate : la résurrection de Lazare n’est pas seulement pour la fin des temps mais aussi pour maintenant. Dans son intervention extraordinaire, Jésus révèle que son action est l’action même de Dieu. Il révèle qu’il est l’envoyé de Dieu, avec les mêmes pouvoirs que possède celui qui l’envoie. Jésus révèle encore davantage qui il est lui-même. Jésus fait connaître qu’il est le Maître de la vie, de la vie dans l’Esprit, d’une vie que rien, pas même la mort, ne saurait interrompre. Il est donneur de vie. Il peut faire vivre au-delà de la mort. Il peut redonner le goût de vivre. Marthe, Marie et les autres témoins vont enfin reconnaître l’identité messianique et divine de Jésus et croire en lui. Jésus, quant à lui, savait ce qu’il faisait. Le texte de la lecture intégrale précise qu’il a attendu deux jours pour intervenir dans ce cas de maladie mortelle et que, cela étant, il dit clairement aux disciples : «Lazare est mort, et je me réjouis de n’avoir pas été là, à cause de vous, pour que vous croyiez.»


Enfin, dernier élément de signification : cet épisode s’insère dans quelques chapitres de l’évangile de Jean où, lors de son avant-dernier séjour à Jérusalem, Jésus est en tension avec les pharisiens qui accumulent les raisons pour le discréditer. Ils sont ceux qui ne croient pas en lui, qui restent incrédules. En fait ils préparent l’élimination de ce Jésus qui ne leur semble pas orthodoxe, qui se met au-dessus des lois de Moise, qui se prend pour Dieu, qui dérange les manières de faire et inquiète les autorités juives. Le signe retentissant de la résurrection de Lazare est le dernier geste posé par

Jésus qui va déclencher la décision des notables de le mettre à mort. En effet, aussitôt qu’elle est rapportée aux pharisiens, au verset suivant de notre récit, la nouvelle de la résurrection de Lazare provoque la réunion du conseil des grands prêtres et des pharisiens qui prennent la décision de le faire condamner à mort et de le faire périr. Cela va précipiter son entrée dans sa passion. Et c’est sans doute pourquoi l’Église le donne à lire aujourd’hui immédiatement avant la grande semaine sainte.


Que retenir pour aujourd’hui?


Alors que retenir pour aujourd’hui? Sans doute tout ce que nous venons d’évoquer sur Jésus de Nazareth, ce Maître de vie qui a laissé sa trace dans l’histoire humaine, sa personnalité imposante mais affable, son amitié et ses émotions pour ses proches, sa compassion pour la misère humaine et son engagement pour la vie. Y compris le dernier élément : Jésus a été finalement éliminé en subissant une mort violente par la méprise et l’aveuglement des hommes. Mais surtout, je dirais, nous sommes invités à découvrir toujours davantage Jésus comme figure humaine de Dieu. Ce Jésus, dans tous les gestes, les paroles, les sentiments, les signes qu’il exprime nous laisse découvrir quelque chose de ce qu’il est, l’Envoyé de Dieu, le Verbe de Dieu fait chair, l’expression même de Dieu en un homme en chair et en os, le visage visible du Dieu invisible. Ses gestes, paroles, attitudes, sentiments sont ceux-là mêmes de Dieu. Jésus nous dévoile un Dieu sans pareil, proche, compréhensif, amical, capable de s’émouvoir et prêt à se donner. Nous sommes invités à le reconnaître ainsi. Oh, nous le connaissons un peu, en général, mais nous gagnons à le reconnaître vraiment.


Ce peut être une reconnaissance progressive, dans un cheminement où nous saisissons petit à petit des aspects de son identité et de son pouvoir que nous ne connaissons pas encore vraiment, jusqu’à saisir finalement le sens profond et la portée de ce qu’il propose. À la question de Jésus « Crois-tu cela ? », Marthe a répondu, selon le texte original grec, non pas pisteuo, «je crois», mais pepisteuka, «j’ai cru et je continue de croire» 1: c’est intéressant comme nuance d’un cheminement. «J’ai cru, je continue et je fais confiance». Elle n’est pas encore parvenue à la pleine perception de ce qu’elle proclame. Elle a les mots, mais elle n’a pas encore toute la réalité. Cela lui a pris une expérience-choc pour découvrir et mieux comprendre.

Pour nous aussi, c’est à même l’expérience du questionnement, de l’émerveillement ou de l’épreuve, c’est à même la confrontation au mystère de la mort même, la nôtre ou celle des autres, que nous pouvons mieux avancer dans la foi et entendre vraiment l’affirmation de Jésus : «Je suis la résurrection et la vie. Quiconque vit et croit en moi ne mourra jamais. Crois-tu cela?». La foi chrétienne est une ouverture sur le possible et sur l’inouï de ce que Dieu nous promet et de ce qu’il peut faire pour nous, avec nous. Croyons-nous cela? Crois-tu cela? Cette question nous est adressée à chacun de nous : crois-tu cela?


André Charron c.s.c

Paroisse Saint-Laurent




Homélie du 4ième dimanche du Carême – Année A

Les 25 et 26 mars 2017

La lumière qui se perçoit par le coeur


Dieu se révèle bienfaisant envers l’être humain. Mais c’est aussi une affaire de cœur. Au temps très ancien du Livre de Samuel (1 Samuel 16,1.6-7.10-13), par son prophète, Dieu choisit pour futur roi en Israël le jeune David en train de garder le troupeau, et non pas son frère de haute taille ni même ses six autres frères. Il choisit le petit dernier, celui à qui on n’avait pas pensé, car il regarde le cœur et non pas les apparences, précise-t-il.

Le Seigneur regarde non les apparences mais le coeur

Dieu réalise ses desseins souvent par des hommes ou des femmes tenus pour pas grand-chose dans la société mais qui ont du coeur. C’est à peu près dans le même sens que Jésus, dans L’évangile de Jean (Jean 9, 1-9.13-17.34-38), intervient auprès de l’aveugle de naissance, un mendiant, un itinérant rejeté par sa famille, pour en faire un témoin de sa lumière. Ça ne veut pas dire que Jésus néglige les talentueux, les grands et les forts. Il a déjà dit ailleurs : faites fructifier vos talents, à tout le moins selon la mesure de ce que vous avez reçu : cinq pour cinq, trois pour trois, un pour un. Il a certes de la considération pour les talentueux. Mais il regarde avant tout le cœur, les dispositions intérieures, les intentions, le centre de la personne.

Un aveugle intérieurement bien disposé

Justement l’aveugle de naissance de notre évangile, un mendiant qui n’a rien demandé, se fait intérieurement disponible. Il accomplit ce que lui propose Jésus malgré que cela paraisse plutôt bizarre : se soumettre au petit rituel de se faire frotter les yeux, puis aller à la piscine de Siloé, donc se mettre en marche, descendre de la haute ville de Jérusalem où se trouve le Temple et aller en bas de la ville où se trouve la piscine de Siloé. Alors ses yeux s’ouvrent et il voit. Jésus le fait accéder à la lumière.

Jésus fait quelque chose d’extraordinaire pour cet infirme de la vue : en rendant à cet homme l’usage de ses yeux, il lui rend sa pleine intégrité physique. Par une intervention qui est en dehors du cours habituel des choses, il guérit un aveugle de naissance, il restaure sa dignité humaine, il le libère, le sauve, le fait accéder à une vie nouvelle. Il est plein d’amour pour lui.

Jésus, action de Dieu et lumière du monde

Ce faisant, Jésus se trouve à donner des signes annonciateurs de son identité messianique et même divine. Il a conscience d’agir comme Dieu agit. Et il le fait avec assurance et détermination. «Il me faut réaliser l’action de celui qui m’a envoyé», dit-il. Non seulement il a de la compassion pour un aveugle-né mais il le guérit miraculeusement : il met en relief la puissance de Dieu qui donne la vue, il atteste de fait qu’il est l’Envoyé de Dieu. Selon le récit, Jésus affirme alors en plus : «Je suis la lumière du monde». Probablement a-t-il dit quelque chose d’équivalent indiquant qu’il apportait de la lumière dans la vie des gens, ce qui est particulièrement probant dans le cas de la guérison d’un aveugle. Peut-être l’expression dernière est-elle de l’évangéliste Jean qui l’explicite ainsi dans son récit écrit après la résurrection de Jésus. Mais peut-être Jésus l’a-t-il employée lui-même telle quelle, donnant alors prise à ses adversaires qui le trouvait prétentieux. N’avait-il pas déjà dit ailleurs aux disciples qui le suivaient : «vous êtes la lumière du monde»? C’était bien là une métaphore de son langage… Chose certaine, Jésus était conscient que le drame qui se nouait autour de lui était un affrontement de la lumière et des ténèbres. Et par ses actes et ses enseignements on peut saisir que Jésus se révèle bien comme la lumière du monde.

Pour la lecture brève que nous avons choisie, le récit laisse tomber le détail de la dispute avec les pharisiens, l’autre aspect de l’événement. Notre version se concentre sur le personnage de l’aveugle, son cheminement, sa foi.

L’aveugle guéri chemine vers la foi

L’aveugle qui a été guéri est sur l’élan de ses bonnes dispositions intérieures, en effet. D’abord en découvrant la vue, il est très heureux d’accéder à une vie nouvelle. Il reçoit les questions de tous les autres. Les questions l’obligent à réfléchir et à découvrir autre chose. Sa guérison va lui apparaître comme un signe le conduisant à la reconnaissance de qui est Jésus. Il chemine progressivement. Il répond d’abord en parlant de «l’homme qu’on appelle Jésus», puis d’un «prophète» homme de Dieu, puis de quelqu’un qui «vient de Dieu». Enfin, il voit Jésus marcher à sa rencontre pour le réconforter et lui poser la question : «Crois-tu au Fils de l’homme?» Cette appellation énigmatique de «Fils de l’homme», on la retrouve 70 fois dans les évangiles, exclusivement sur les lèvres de Jésus et souvent pour se désigner lui-même. C’était donc une de ses appellations typiques qu’il avait probablement choisie en raison de son ambiguïté. L’expression «Fils de l’homme», en effet, peut avoir un sens très banal. Mais «Fils de l’homme» a aussi un sens biblique très singulier qui vient d’une vision du prophète Daniel où il désigne un personnage transcendant exerçant sa victoire sur les forces du mal (Daniel 7, 13-27). En se donnant l’appellation de Fils de l’homme, Jésus laisse dévoiler sa transcendance tout en la voilant. Son identité peut être entrevue – par ceux qui connaissent bien la bible – mais elle reste discrète. Ici Jésus en fait la confidence à l’aveugle : «le Fils de l’homme, c’est lui qui te parle». L’aveugle guéri le reconnaît, lui donne sa foi, se prosterne devant lui.

Et nous ?

Cette page d’évangile nous la lisons 2000 ans après l’événement, nous la recevons pour nous aujourd’hui. Ce beau récit devrait nous renvoyer à notre propre foi. À même les pages de l’Évangile, à même les signes, les événements anciens et certaines expériences actuelles, nous pouvons saisir à notre tour comment Jésus, figure humaine de Dieu en ce monde, nous révèle par ses gestes et ses paroles un Dieu sans pareil, un Dieu plein d’amour. Ce Dieu bienfaisant s’occupe aussi des gens délaissés, libère les mal pris, réconforte les souffrants ; il regarde le cœur ; il est libre devant les prescriptions; il rétablit l’ordre des choses; il appelle à la responsabilité de l’engagement. Il illumine la vie. Il est lumière du monde. Il est lumière intérieure aussi, lumière de la foi comme expérience subjective, lumière de la connaissance et de la compréhension pour voir la vie autrement. Lumière pour nous. Lumière dans nos vies. Sommes-nous disposés à l’accueillir ?

La Lettre de Paul aux Éphésiens (Ép 5, 8-14) nous fournit la conclusion. À la suite de Jésus, Lumière du monde, et sous son influence, vous êtes devenus lumière, écrit Paul aux chrétiens d’Éphèse, et depuis à tous les chrétiens du monde. Votre vie est illuminée, vous portez une lumière. Eh bien conduisez-vous comme des enfants de lumière, en produisant ce qui plaît à Dieu : bonté, justice et vérité. Démasquez les activités des ténèbres. C’est ce qu’on appelle en morale chrétienne, le passage de l’indicatif à l’impératif. Vous êtes lumière, eh bien soyez lumière! Vivez en fils et filles de lumière! … Une sorte de reprise chrétienne du Deviens qui tu es.

Tout cela est Parole de Dieu pour nous. Initiative de la bienfaisance de Dieu à l’égard de l’être humain. Réponse d’accueil cordial attendue de notre part. Le thème du carême de cette année au pays nous le propose : «Debout, suivons-le!» … Une affaire de cœur, une affaire de foi, une affaire de lumière!


André Charron c.s.c.

Paroisse Saint-Sixte


Homélie du 3e dimanche du Carême – A

Le dimanche 19 Mars 2017

La Samaritaine : un itinéraire de foi instructif


Nous avons, dans cet évangile de la Samaritaine (Jean 4, 5-42), un beau récit qui nous montre l’itinéraire d’une découverte progressive de la foi au Dieu de Jésus, l’itinéraire d’une expérience de foi.


La mise en situation est celle-ci. Jésus a quitté la Judée, il traverse la Samarie pour se rendre au nord en Galilée. La Samarie est une province de Juifs qui, lors de la conquête de 721 par les Assyriens, avait été peuplée de diverses peuplades importées, étrangères et païennes. Cela a donné après des siècles, au temps de Jésus, des Juifs non orthodoxes qui pratiquaient des cultes populaires syncrétistes empruntant toutes sortes d’éléments païens. Les Judéens étaient pour cela en brouille avec les Samaritains, ils s’en méfiaient comme des infidèles, des hérétiques. La méfiance était devenue réciproque : les Judéens et les Samaritains ne se parlaient pas.


Jésus s’arrête donc à la ville de Sikar en Samarie au puits de Jacob. Il est midi, l’heure la plus chaude du jour. Il est fatigué. Il a chaud. Il a soif. Il est seul au puits, ses disciples sont allés chercher de quoi manger. Arrive une femme seule.


Tous les éléments du récit sont importants pour illustrer l’itinéraire de foi qui s’amorce. À mesure que nous les identifions, essayons d’en voir la correspondance possible avec ce qui se passe dans nos itinéraires de foi chrétienne d’aujourd’hui.


Un dialogue à niveau d’expérience humaine, des questions et des signes


Première étape. Jésus est déjà là, présent, sur le chemin de la Samaritaine, pour une rencontre. Il prend l’initiative du dialogue, à même une expérience humaine élémentaire : demander à boire de l’eau naturelle pour étancher sa soif. La Samaritaine s’étonne de se faire demander cela par un Juif. Elle ne refuse pas le dialogue ni ne l’interrompt. Elle aurait pu le faire et alors il ne se serait rien passé. Elle accueille l’autre, l’étranger, au-delà des conventions culturelles. Elle est en disposition d’ouverture.


«Si tu savais le don de Dieu», lui glisse Jésus, «si tu connaissais celui qui te demande, c’est toi qui lui aurais demandé et il t’aurait donné de l’eau vive». Jésus change de niveau : il prend l’eau matérielle comme image d’autre chose, comme signe. Il parle d’eau vive, il joue sur les mots, y gardant l’ambiguïté. La Samaritaine ne comprend pas ce que cela signifie mais elle questionne. Pour découvrir, il est bon de poser des questions. Elle saisit qu’elle est tout de même devant quelqu’un de spécial qui a la prétention d’offrir autre chose. «Serais-tu plus grand que notre père Jacob?» Jésus de répondre : «… Celui qui boira de l’eau que moi je lui donnerai n’aura plus jamais soif; et l’eau que je lui donnerai deviendra en lui source jaillissante pour la vie éternelle.» Le signifié, c’est l’eau de la vie éternelle, d’une vie nouvelle et abondante à jamais garantie. C’est là un renvoi à sa tradition. Un puits dans le pays désertique est perçu comme un don de Dieu : sans eau il n’y a pas de vie. Et l’eau dans la tradition rabbinique était un symbole de la Loi de Sagesse qui désaltère et purifie. Jésus s’offre à donner lui-même la Sagesse, la connaissance du juste discernement; il s’offre à la dévoiler, à l’expliciter. La femme rétorque : donne-moi de cette eau-là afin que je n’aie plus à puiser… Elle ne comprend pas au-delà du sens superficiel et du sens appris. Elle affirme cependant un désir : recevoir l’eau mystérieuse que promet cet homme. Le sens suggéré par Jésus est encore voilé mais la symbolique de la soif, du désir, le mouvement d’aller de l’avant continuent de jouer. Cela permet un rebondissement du dialogue vers un autre signe.


Jésus lui dit : «Va, appelle ton mari». Selon les mœurs du temps, la femme devait se faire accompagner par son mari pour avoir un entretien avec un autre homme. Jésus part donc d’un trait culturel pour aller plus loin. «Je n’ai pas de mari», répond-elle. Elle en avait eu cinq et son amant actuel n’est pas son mari. Jésus reprend : tu as raison … La conversation est passée au registre moral avec l’allusion à la vie de désordre de la Samaritaine. Allusion probable aussi aux cinq peuplades païennes qui ont amené le syncrétisme et l’infidélité des Juifs de Samarie. La femme est impressionnée par la clairvoyance de Jésus : « Je vois que tu es un prophète ». Elle est obligée de faire un retour sur elle-même, de relire sa vie, d’admettre son désordre. Elle est mise en lumière sur sa propre vérité.


Résumons les éléments de cette première étape d’un cheminement vers la foi. Jésus est déjà là présent ; Dieu va se laisser découvrir en ce Jésus mystérieux. Il y a un dialogue fait de questions et de réponses, donc une recherche en cours. Cela passe par l’expérience humaine, les signes familiers. Jésus oblige la femme à se poser des questions, voire même à relire sa vie intime. Il attire l’attention sur les dons de Dieu. Il fait s’ouvrir la Samaritaine petit à petit au monde spirituel, il la met en curiosité et disponibilité de voir davantage. Ne pourrait-il pas en être de même pour nous? Jésus nous est déjà présent dans nos vies pour une recherche, un dialogue, une rencontre.


Le dévoilement explicite, et l’accès à un sens


Deuxième grande étape. La Samaritaine, voyant que Jésus est prophète, change de registre : elle aborde le religieux, le culte. Elle questionne à son tour. Elle pose la question litigieuse : où adorer, au mont Garizim ou à Jérusalem, sur la montagne ou au Temple? Elle s’enquiert du lieu où adorer, elle passe à l’expérience religieuse. Elle veut savoir où est Dieu, où le rejoindre pour l’adorer. Jésus lui enseigne : ce n’est ni sur la montagne ni à Jérusalem qu’on adore le Père ;  l’heure vient – et c’est maintenant – où les vrais adorateurs adoreront le Père en esprit et vérité … car Dieu est Esprit. Jésus dévoile dans sa réponse le vrai sens de Dieu. Il enseigne le vrai sens de l’adoration, même hors de la sacralité des lieux religieux officiels mais d’abord en son âme et conscience sous la conduite de l’Esprit. Il spécifie que le salut vient des Juifs, c’est-à-dire non pas des païens et du syncrétisme qu’ils ont encouragé mais de la vraie Tradition juive où Dieu a choisi de se faire bien connaître. La Samaritaine est renvoyée à l’attente religieuse de sa propre Tradition, l’attente du Messie. Elle a cette croyance : «je sais que le Messie doit venir», dit-elle. Jésus lui répond : «Moi qui te parle, je le suis». Jésus se dévoile explicitement. Dans le texte originel de Jean il dit exactement : « Je suis, moi qui te parle ». «Je suis», cela correspond au «Je suis qui je suis», la manière de Dieu de se révéler à Moïse. Jésus ne se contente pas de se dire le Messie, il dit qu’il est le Dieu sauveur.


Résumons les éléments de cette deuxième étape. Il y a là approfondissement du questionnement religieux. Il y a quête du vrai Dieu. C’est dans cette recherche que Jésus se laisse découvrir explicitement comme Messie (chez la Samaritaine), comme Sauveur du monde (éventuellement chez les Samaritains qui vont le recevoir, selon la fin de notre récit), puis comme Christ et Seigneur (plus tard chez les chrétiens lecteurs de Jean, dont nous sommes).


La reconnaissance


Troisième étape. La femme court à la ville dire aux gens : venez voir un homme qui m’a dit tout ce que j’ai fait ; ne serait-il pas le Messie? Elle commence à reconnaître. Elle demeure encore interrogative mais elle a assez de certitude pour l’affirmer. Elle a des signes éloquents : il m’a révélé ce que je suis et ce que j’ai fait ; il m’a enseigné le sens de Dieu, etc. Il lui en reste encore à reconnaître mais elle croit. Elle court l’annoncer aux siens. Elle adhère. Elle a confiance, elle a la foi.


Résumons ce qui est à noter de cette troisième étape. La personne en recherche reconnaît ce qu’elle attendait dans sa tradition. Elle met ensemble, en corrélation, les signes et les enseignements. Mais le révélateur se présente aussi autre que ce que les Juifs attendaient. Elle en connaît assez pour avoir la foi-confiance, pour croire. La personne est satisfaite, c’est une bonne nouvelle pour elle. Elle sent le besoin de la partager aux autres.


Le témoignage aux autres, l’adhésion personnelle et en communauté


Quatrième étape. Un bon nombre de Samaritains croient en Jésus à cause des paroles de la femme et de l’attestation des signes. Ils croient par témoignage reçu de la femme. Alors ces gens sortent de la ville et vont vers lui. Intéressés, ils font donc un mouvement, ils sont en besoin de connaître à leur tour. Ils l’invitent à demeurer chez eux. Il y reste deux jours. Face à Jésus, en le fréquentant, l’écoutant et lui parlant, ils croient par entendement personnel, ils croient à cause de sa parole à lui. «Nous l’avons nous-mêmes entendu et nous savons que c’est lui le sauveur du monde», disent-ils.


Résumons les éléments de cette dernière étape. Il y a transmission des croyances et des convictions par témoignage de la Samaritaine. La foi, pour une part, se transmet par témoignage reçu. Mais l’acte de foi implique aussi une adhésion personnelle. L’adhésion est d’autant plus ferme qu’elle bénéficie d’une rencontre de l’Autre, d’une communication. Car la foi se donne non seulement à des croyances mais à un Être personnel. En est-il ainsi pour nous? Enfin l’adhésion individuelle est confortée par le partage des convictions avec d’autres croyants en communauté de foi.


Voilà un récit instructif pour notre propre itinéraire de foi


C’est très instructif pour nous, ce récit. La démarche de foi chrétienne se situe dans un itinéraire humain où l’on se met en recherche, on questionne, on est ouvert aux indices, aux signes, puis à la voix de sa conscience, aux philosophies, aux religions, aux témoignages. Et de manière privilégiée on est réceptif à la Parole de Dieu dans la Bible. On écoute alors, on est disponible à une rencontre. On arrive à comprendre le sens qui est proposé – grâce à notre désir d’apprendre, à notre travail d’interprétation et à l’éclairage de l’Esprit – et on vérifie ce que l’on a appris. On apprécie ce qui fait sens, c’est-à-dire ce qui indique la signification et la direction de notre existence. Le déclic peut alors se produire : oui, c’est bien cela que l’on cherchait. On adhère, on met cela dans sa vie, on comprend mieux sa vie, on la corrige au besoin, on l’oriente, on la relance. Puis on partage sa foi – sa confiance en Dieu, en Jésus et son message, ses croyances, ses valeurs premières – à ceux et celles qui nous entourent. On transmet aux autres en rendant témoignage.


Jésus, regardait le cœur de la Samaritaine. Esprit toujours vivant, il regarde maintenant notre cœur, le centre de décision de notre personne, le centre de sentiments et d’amour de notre être. Il regarde l’intérieur, les désirs profonds, les dispositions, la soif d’apprendre, la soif du bonheur, la soif de s’accomplir. Il est déjà là, toujours présent, comme au bord d’un puits. Il est l’eau vive, le don de Dieu en sa personne, sa sagesse et son Esprit.



André Charron c.s.c.

Paroisse Notre-Dame-du-Bois-Franc

Homélie du 2e dimanche du Carême – Année A

La figure de Jésus : révélation et transfiguration

Les 11 et 12 mars 2017


L’évangile de ce dimanche présente l’événement de la Transfiguration de Jésus (Matthieu 17, 1-9). Comment recevoir et comprendre cet épisode insolite de sa vie?


La figure humaine de Dieu


L’apôtre Paul a pu dire de Jésus qu’il est, dans sa réalité humaine, «l’image visible de Dieu invisible». Jésus, en effet, durant les trois années de son ministère public, est l’homme qui parle de façon originale de Dieu. Il pratique de manière exemplaire le Règne de Dieu, ce projet d’accomplissement du monde selon l’intention de Dieu. Il se montre conscient d’agir  comme Dieu agit. Il traduit l’action divine. Il se manifeste en communion de vie avec Dieu. L’apôtre Jean dit de son côté que Jésus est «le Verbe fait chair», c’est-à-dire l’expression de Dieu dans un corps humain en chair et en os. Autrement dit, Jésus est «la figure humaine de Dieu» parmi les humains. L’épisode de sa transfiguration nous amène justement dans le registre de la figure. Se le représenter comme étant la figure humaine de Dieu nous aide à saisir ce qu’évoque la Transfiguration et surtout à bien comprendre ce qu’est la Révélation.


La figure humaine : un dehors qui paraît, une profondeur cachée


Prenons le temps de réfléchir à ce qu’est une figure humaine. Une figure, c’est d’abord un visage, puis une parole, une certaine allure, une manière d’être et d’agir. Il y a dans une figure deux éléments constitutifs importants : un extérieur qui apparaît, et une profondeur intérieure invisible. Concentrons-nous sur le visage, le visage d’une personne humaine. Il y a dans le visage un dehors qui apparaît et le dévoilement discret d’une profondeur intérieure qui montre quelque chose de la personne tout en la cachant. Par l’expression de son visage, la personne se fait voir, se laisse deviner, elle se dévoile, elle se révèle, elle dit quelque chose de ce qu’elle sent ou pense, bien que beaucoup de ce qu’elle est reste caché.


Cela est vrai même du visage représenté dans une peinture, un portrait ou même une photographie, qui sont pourtant des surfaces planes, statiques, inertes. Le génie de l’artiste fait en sorte que dans le paraître du visage se laisse deviner une profondeur intérieure. Pensons à la Joconde, la Mona Lisa de Léonard de Vinci, ou à la Liseuse, la jeune fille à la fenêtre de Vermeer. En fixant du regard ces visages, on finit par pouvoir déceler une dimension de la personnalité qu’ils expriment. Bien sûr, les visages de personnes vivantes sont encore plus expressifs.


Une figure révèle


On peut donc avoir accès à la profondeur intérieure d’une personne en observant attentivement son visage et l’ensemble de sa figure corporelle. Mais à moins de confidences, beaucoup nous reste voilé, caché. Et même avec des confidences intimes, comme dans la grande amitié ou dans l’amour du couple par exemple, il faut beaucoup de temps pour arriver à saisir le mystère des personnes. Il y a donc dans le jeu de la figure la tension du voilé et du dévoilé, du caché et du révélé. Il y faut la finesse du regard, le travail du déchiffrage, l’espace de l’interprétation pour arriver à bien saisir.


C’est toutefois l’expérience commune que dans sa figure, dans le paraître de son visage et de sa parole, une personne humaine se laisse percevoir, se révèle, manifeste une part de ce qu’elle est. Cette comparaison aide à comprendre que Jésus ait pu révéler Dieu, ce qu’on appelle la Révélation, un dévoilement. Jésus est cette figure humaine qui, dans sa manière d’être, son visage, ses paroles, ses gestes, c’est-à-dire son dehors qui apparaît, manifeste sa profondeur intime, la présence de Dieu dans son être-pour-nous. Il le manifeste tout en le cachant. Cela est tout à fait crédible car c’est ainsi que ça se passe entre les personnes humaines qui peuvent se révéler l’une à l’autre leur intériorité, leur personnalité vraie. En Jésus, Dieu se dévoile à nous à la manière humaine. Bien entendu, les contemporains de Jésus ne l’ont pas saisi ni compris dans sa profondeur réelle avant sa mort et sa résurrection. Jésus avait beau attirer les foules, avoir de l’influence spirituelle sur les disciples, intriguer les autorités, son identité mystérieuse demeurait voilée, inconnue. Même ses proches ne la percevaient pas dans toute sa réalité. On le voyait grand sage, maître de vie, super prophète, Messie… Sa connaissance s’est faite graduellement.


L’épisode de la transfiguration de Jésus


Alors s’est produit l’épisode de la transfiguration. Jésus entreprend sa montée à Jérusalem. Il vient de parler de sa mort imminente, qui ne sera pas sans souffrances. Les disciples sont désemparés. C’est une des rares fois où il va dévoiler sa pleine identité. «Il fut transfiguré», dit le texte. Sa figure est transformée, métamorphosée, elle a changé d’aspect. Son visage devient brillant, lumineux, rayonnant. On dit quelque chose de semblable parfois de quelqu’un : «son visage était étincelant, rayonnant, on ne l’avait jamais vu ainsi!» C’est crédible. Pour Pierre, Jacques et Jean, voilà une expérience forte, extraordinaire. Sous le paraître de la figure de Jésus, quelque chose de la profondeur divine est manifestement dévoilé, assez clairement montré. Outre son visage étincelant, Jésus est en conversation avec Moïse et Élie qui représentent toute l’attente de l’Ancien Testament, Moise représentant la Loi, Élie les prophètes. Jésus se fait percevoir comme le Messie attendu qui vient accomplir la Loi et les Prophètes. Mais il y a plus que le Messie. Ce Messie est divin. Moïse et Élie étaient aussi des personnages connus pour avoir désiré voir Dieu de leur vivant. Le récit mentionne encore la nuée, ce qui signifie une théophanie, une manifestation sensible de la présence divine invisible. La voix qui s’y fait entendre atteste que Jésus est de filiation divine. Celui qui s’en va vers la passion et la mort en allant jusqu’au bout de son engagement par amour pour les autres, le serviteur souffrant, c’est le Fils bien-aimé, celui qui vient de Dieu et en qui il a mis tout son amour. Le Transfiguré, c’est Dieu se révélant dans l’abaissement de son incarnation.  Ce qui montre, révèle, les dispositions bienveillantes de Dieu envers le monde. Or au niveau du vécu de l’événement, cette transfiguration est une expérience mystique ineffable pour Jésus et pour les trois témoins. Ces témoins saisissent là quelque chose du mystère de Jésus puisqu’il manifeste en clair qui il est. Ils tombent de frayeur sacrée, tellement c’est inouï.


Jésus impose alors ce qu’on a appelé le secret messianique. Défense de parler de cette vision avant que la résurrection ne soit effective et connue. Car son chemin vers la mort débouchera sur la résurrection. Entre-temps la mort violente qu’il ne choisira pas ne doit pas lui être épargnée. D’ailleurs l’attitude de ces trois témoins par la suite, y compris lors de la passion, va montrer qu’ils n’ont pas tout à fait compris le dévoilement de son identité, à commencer par Pierre qui ira même jusqu’à le renier.


Déchiffrer la figure de Jésus : révélation pour nous maintenant


À nous maintenant de savoir déchiffrer la figure de Jésus. Les faits, gestes et événements relatifs à Jésus ont été consignés par écrit dans les évangiles, y compris sa transfiguration. Ils sont désormais connus et situés dans l’éclairage de la résurrection de Jésus toujours vivant. Les communautés chrétiennes qui liront ces textes pourront alors mieux déchiffrer la figure de Jésus, la figure de l’Envoyé de Dieu sur les chemins de Palestine, pour y découvrir le vrai sens de Dieu, y percevoir l’agir de Dieu, les sentiments de Dieu, sa bienveillance pour le monde, sa compassion, sa miséricorde, sa justice, sa liberté. Les lecteurs, dont nous sommes, pourront encore saisir dans la figure de Jésus l’amour de Dieu qui s’est donné jusqu’au bout sous la figure du serviteur souffrant. Ils pourront aussi déceler dans la figure transfigurée l’anticipation de la lumière de la résurrection.


Voilà donc une illustration de ce qu’on appelle la Révélation en christianisme. La perception de la figure humaine de Jésus qui par tout ce qu’il est, par tout ce qu’il fait, par tout ce qu’il dit au sein de l’humanité exprime Dieu, expose Dieu, le sort de lui-même pour l’entrer dans l’histoire, le révèle, dévoile une part de son mystère. Le Dieu lointain est ainsi devenu proche. Le Dieu anonyme prend un nom. Le Dieu muet parle. Le Dieu tout-puissant devient le Dieu tout-aimant. Le Très-Haut est aussi le Très-Bas, Dieu pour nous, Dieu avec nous.


La vision de la Transfiguration apporte un éclairage de plus à la Révélation, au dévoilement. Cette vision a été gardée en mémoire chez les trois disciples Pierre, Jacques et Jean, qui en ont éprouvé un moment de bonheur, un instant sacré. Cette vision est encore gardée en mémoire dans les récits évangéliques. Pour les croyants d’aujourd’hui, l’apparition ainsi racontée de Jésus transfiguré auprès de quelques disciples confirme son identité vraie, invite à redécouvrir la vérité entière de sa personne et de son mystère tout au long de sa vie publique et jusqu’en sa mort et sa résurrection. Il est bien la figure humaine de Dieu dans l’histoire. L’événement Jésus tout entier nous révèle la bienveillance de l’amour de Dieu envers nous.


André Charron c.s.c.,

Paroisse Saint-Hippolyte


Homélie du 1er dimanche du Carême – Année A

En Carême, affronter le mal, discerner le bien.

Les 4 et 5 mars 2017


Nous avons commencé le Carême, cette période de 40 jours avant Pâques. Temps de mise en route, de cheminement, de discernement du vouloir de Dieu, comme il en fut des 40 années de cheminement du peuple d’Israël au désert depuis sa libération d’Égypte jusqu’à son entrée en Terre promise, et comme il en fut des 40 jours d’épreuve et de jeûne de Jésus au désert avant d’entreprendre son engagement public. La liturgie de l’Église nous propose donc 40 jours de retraite spirituelle, de réflexion et de discernement pour un recentrement de notre rapport avec Dieu et pour un engagement responsable dans cette belle création qu’il nous donne en partage. La liturgie nous offre trois textes bibliques pour nous inciter à savoir y affronter le mal et y choisir le bien.


Premier texte : Adam et Ève ne résistent pas à la tentation


Premier texte. Celui du Livre de la Genèse (Gn 2,7-9; 3,1-7), écrit au 10ème siècle avant Jésus-Christ, soit 250 ans après la libération du peuple choisi de sa captivité en Égypte suivie de sa longue marche au désert avec toutes les épreuves du parcours. Dans la foi de ce peuple qui a mûri depuis lors, l’auteur du récit a expérimenté son rapport à Dieu, un Dieu qui a tout fait pour les humains. Un Dieu d’amour qui veut l’être humain vivant, bénéficiaire de la création, heureux, responsable et libre. Et il a expérimenté que la liberté ça s’apprend. Il raconte alors une histoire imagée pour faire comprendre tout cela. Son récit n’est pas un récit historique ni un récit scientifique ; c’est un récit littéraire, de type mythique, qui veut faire comprendre la condition de l’être humain dans la création et, notamment ici, l’affrontement du mal en illustrant la tentation d’Adam et d’Ève au début de l’humanité.

La mise en scène situe la tentation autour de l’arbre de la connaissance du bien et du mal. Le péché à l’origine a été en effet un geste d’orgueil : la prétention de vouloir décider soi-même de ce qui est bien et de ce qui est mal, une volonté d’indépendance prétentieuse qui s’arroge une prérogative divine. «Vous serez comme des dieux», avait dit le tentateur. C’est une faute parce qu’il y a désobéissance. C’est en outre un péché parce qu’il y a un écart par rapport au vouloir de Dieu, et donc une distance prise par rapport à Dieu lui-même. Ils veulent s’arroger la place de Dieu, s’égaler à Dieu, en

toute indépendance au lieu de s’accepter comme créatures. L’expérience de la nudité qui s’ensuit, selon le texte, n’a pas de connotation sexuelle : ils se reconnaissent nus, c’est-à-dire sans revêtements, vulnérables, fragiles, ils sont sans moyens, ils ont envie de se cacher. Ils vont se cacher l’un à l’autre comme ils se cacheront devant Dieu au milieu des arbres du jardin. Le message de la mise en scène de la tentation est que le mal de la faute est la conséquence du mauvais usage de la responsabilité de l’être humain. C’est aussi l’indication qu’il y a un acteur caché, le tentateur, le diable.


Deuxième texte : Jésus surmonte les tentations


Deuxième texte. L’évangile d’aujourd’hui relate l’épisode de Jésus qui va au désert 40 jours et 40 nuits (Matthieu 4, 1-11). Le désert est la terre de la solitude et du dépouillement de tous les faux-semblants, le cadre propice pour un retour sur soi. Le désert est alors un lieu de vérité pour Jésus. Il y expérimente la fragilité de la condition humaine, sa vulnérabilité, à l’âge de 30 ans où tout paraît possible. Ce qui l’ouvre sur sa vraie nature humaine. Car s’il est vrai Dieu il est aussi vrai homme. Vers la fin du séjour, le désert devient le lieu de l’épreuve, de l’affrontement aux tentations que lui fait miroiter le diable – le diabolos en grec, celui qui divise, qui tend à éloigner du vouloir de Dieu. Le récit présente trois types de tentations. La tentation de recourir à sa nature divine pour surmonter les contraintes de l’existence humaine, pour satisfaire ses propres intérêts immédiats, à commencer par la sécurité du pain quotidien signifié ici par la faim. La tentation d’utiliser ses ressources pour esquiver les risques de sa mission et pour échapper aux difficultés des limites humaines, tel l’être surpuissant qu’il pourrait s’assurer de devenir. Puis la tentation d’utiliser sa puissance pour dominer le monde par abus de pouvoir ou influence politique : il va refuser le messianisme triomphant. Ce sont là des tentations qui ont dû talonner Jésus dans son expérience d’homme, durant les trois années de son engagement public. La réponse de Jésus est ici – comme elle le sera toujours – de demeurer fidèle à sa mission, de ne pas prendre la voie facile, d’assumer les risques et les épreuves, d’accorder à Dieu la première place, de rester proche des intentions de Dieu, lui qui l’a envoyé affronter le mal.


Troisième texte : Adam est premier de l’humanité pécheresse,

Jésus est premier de l’humanité restaurée


Troisième texte, la Lettre aux Romains (Romains 5, 12-19), où l’apôtre Paul met en opposition Adam et Jésus. Adam, c’est le premier

homme qui a péché et la mort spirituelle est alors entrée dans le monde. Les autres humains ont ratifié le péché un jour dans leur vie, en péchant eux-mêmes. Le péché originel ne se transmet pas par engendrement, par procréation, avant toute décision personnelle de quiconque, comme on l’a parfois perçu. Nous tenons plutôt que le péché originel a entraîné, de fait, une solidarité de l’humanité historique dans le péché, car tous ont péché à leur tour et tous pècheront à leur tour.


Paul ne s’appesantit pas sur cette triste réalité mais il l’évoque pour caractériser Jésus qui est le premier d’une nouvelle humanité restaurée car il est venu la libérer et la sauver. À cause de Jésus seul qui s’est donné pour tous jusqu’en sa mort violente et sa résurrection, tous les humains peuvent bénéficier de ce don de Dieu qui conduit à leur justification. C’est ce que dit la lettre de Paul : « L’accomplissement de la justice par un seul, Jésus, a conduit tous les humains à la justification qui donne la vie ». On voit l’opposition des deux prototypes : Adam premier de l’humanité pécheresse, Jésus premier de l’humanité restaurée. Il n’y a donc pas lieu de nous appesantir sur notre situation pécheresse. Il y a de quoi prendre courage. Il y a de quoi vouloir suivre ce Jésus, ses gestes, ses enseignements, son projet d’édifier le Règne du vouloir de Dieu pour une humanité restaurée. Comme l’indique le thème donné au Carême de cette année : «Debout! Suivons-le!»


S’enraciner dans la Parole d’un Dieu plein d’amour


Ces textes bibliques sont Parole de Dieu pour nous encore aujourd’hui. Nous utilisons la métaphore « parole de Dieu » pour dire que, à travers ces textes et les expériences ou événements qu’ils rapportent, Dieu se manifeste, s’exprime, se donne à connaître. Selon le texte de la Genèse, Dieu se manifeste infiniment grand et bon dans la création, dans l’harmonie de la nature et dans la responsabilité donnée aux humains. Tout y est imprégné de l’expression de l’amour de Dieu. Et le mal moral est la conséquence du mauvais usage de la liberté de l’être humain.


Dans l’extrait de l’évangile, Jésus, en sa nature humaine vulnérable et soumise à l’épreuve, nous livre son expérience au désert de la résistance aux tentations, aux faux-semblants, pour accepter les défis d’une mission qui s’avèrera un don d’amour sans pareil à l’humanité. Cela parle d’ajustement de l’homme Jésus au vouloir de Dieu. À travers la vie de Jésus, Dieu nous parle. Debout! Suivons-le!

Dans l’extrait de la lettre de Paul aux Romains, nous avons l’interprétation de la vie de Jésus comme conduisant à la justification de l’humanité en contrepartie de celle d’Adam par qui le péché est entré dans le monde : Jésus versus Adam. Paul fournit la bonne compréhension du sens de ce que le Dieu d’amour a fait pour nous tous en Jésus, son Envoyé : nous sauver. Explicitation de la révélation de Dieu qui nous parle par l’événement Jésus, Parole de Dieu incarnée en sa personne, ses faits et gestes, jusqu’en son mystère pascal.


À nous de nous en inspirer. À nous de nous enraciner dans la Parole de Dieu, d’y trouver nos racines, d’y reconnaître notre source vitale, d’y nourrir nos choix fondamentaux. Bon carême! Bonne retraite spirituelle!


André Charron c.s.c.

Paroisse Saint-Laurent



Homélie du 7e dimanche ordinaire – Année A

Pour une morale du dépassement

Le 19 février 2017



L’entretien de Jésus, dans l’extrait d’évangile d’aujourd’hui (Matthieu 5, 38-48), fait partie du discours sur la montagne que prononce Jésus devant la foule des gens qui veulent le suivre. Il complète ce que nous avons entendu dimanche dernier. Jésus revient sur la Loi transmise par Moïse dans l’Ancien Testament. Il ne veut pas abolir la Loi mais l’accomplir, dit-il. Il vient accomplir la Loi, la porter à son accomplissement, à sa plénitude, moyennant donc un raffinement, un dépassement, un perfectionnement dans les exigences morales.


« Vous avez appris … Eh bien moi je vous dis … ». Il y aura dépassement, perfectionnement. Dans l’entretien précédent (de dimanche dernier), Jésus avait déjà traité de quatre grandes règles de comportement moral. Aujourd’hui il traite des deux dernières grandes règles pour un agir moral conforme au vouloir de Dieu. Et il parle de manière hyperbolique : il exagère pour faire comprendre qu’il faut aller au-delà de la rigueur primaire, trop simple pour être correcte.


Un dépassement proposé


« Vous avez appris qu’il a été dit : œil pour œil, dent pour dent. Eh bien moi je vous dis de ne pas riposter au méchant ». Vous avez appris la loi du talion selon Le Livre de l’Exode : « Si malheur arrive, tu paieras vie pour vie, œil pour œil, dent pour dent, main pour main, pied pour pied, brûlure pour brûlure, blessure pour blessure, meurtrissure pour meurtrissure » (Ex 21, 23-25). Avec cette règle juridique, la peine devait rester proportionnelle par rapport à l’offense : une seule dent pour une dent … et non pas toute la mâchoire! C’était déjà un progrès : on pouvait se venger proportionnellement. Le principe de proportionnalité protégeait contre l’excès de vengeance. Mais Jésus va plus loin par son appel à dépasser les considérations juridiques dans les relations humaines : il propose de tempérer la justice vindicative par l’amour. Les recours juridiques étaient nombreux en ce temps-là. Jésus propose une autre voie. Il n’abolit pas la Loi, il la transcende ; il propose un dépassement, un surpassement, un avancement. Il donne ici quatre exemples concrets : la gifle sur la joue, la requête en procès pour une tunique, une réquisition de service pour remplir une corvée, et une demande d’emprunt.


Prenons l’exemple de la gifle. « Je vous dis de ne pas riposter au méchant ; mais si quelqu’un te gifle sur la joue droite, tends-lui encore l’autre ». Belle hyperbole, qu’il ne faut pas prendre à la lettre mais dans ce qu’elle veut dire. Tendre l’autre joue matériellement pourrait passer pour un comportement moral de naïf ou de lâche, ou pire pourrait être perçu comme une moquerie, une injure à l’agresseur et dès lors redoubler sa violence. Le comportement de Jésus s’est d’ailleurs illustré en un cas semblable, lorsqu’un garde lui donna une gifle pendant l’interrogatoire à son procès devant le grand prêtre Hanne; il a répondu sans tendre l’autre joue : « si j’ai mal parlé, montre ce que j’ai fait de mal ; mais si j’ai bien parlé, pourquoi me frappes-tu ? » (Jean 18,22). Il s’est adressé calmement à son agresseur et a pu désarmer sa violence. Tel est l’enseignement de Jésus : ne pas riposter au méchant en rendant coup sur coup, mais en appeler à dépasser la bêtise de l’agressivité intempestive pour un surpassement d’humanité.


Jusqu’à l’amour des ennemis


Puis Jésus passe à l’autre grande règle. « Vous avez appris qu’il a été dit : tu aimeras ton prochain et tu haïras ton ennemi. Eh bien moi je vous dis : Aimez vos ennemis et priez pour ceux qui vous persécutent. » En principe, il n’y a pas de précepte de haine dans l’Ancien Testament. Vous avez appris dans votre tradition particulière, veut-il dire, car les Psaumes évoquent de fait plusieurs châtiments contre les adversaires, des vengeances contre les nations païennes, des récriminations contre l’ennemi personnel. Jésus propose plutôt jusqu’à l’amour des ennemis, et la prière pour ceux qui nous persécutent. Il ne demande pas d’être masochiste, mais il va au-delà du réflexe normal et primaire de haïr nos ennemis. Il invoque le dépassement, le raffinement pour devenir véritablement humain. Il ne propose pas une morale d’esclave non plus. Car il faut tenir tête au méchant, l’amener à changer. C’est précisément le vaincre sur son terrain que de dépasser le jeu de la haine contre la haine, de la violence contre la violence, de la force contre la force. La persévérance de la générosité, la considération du fond humain chez l’autre, la persévérance de l’amour vaincront. Si nous n’aimons que ceux qui nous aiment, tout le monde fait cela, autant les publicains (typiquement les juifs) que les païens (typiquement les étrangers). Comme disciples de Jésus, comme chrétiens, il faut faire plus.


Dieu votre Père fait lever son soleil sur les méchants et sur les bons, et tomber la pluie sur les justes et les injustes. Il faut tendre à lui ressembler, à être son reflet dans le monde. « Soyez parfaits comme votre Père céleste est parfait ». C’est l’appel à un amour progressant vers la perfection. Un appel, une vocation, une mission. Un amour de générosité, de gratuité, sans discrimination, sans domination, sans condition. Jésus, dans son expérience d’homme, l’a illustré par sa vie, lui la figure humaine de Dieu, l’image authentique de Dieu en notre monde, le révélateur de l’Esprit de Dieu. Il nous propose la ressemblance avec Dieu qui est amour.


Sachez que vous êtes le sanctuaire de Dieu


Paul qui a eu le temps de réfléchir à la vie des baptisés, des disciples appelés à suivre Jésus, a ces paroles sublimes dans sa Lettre aux chrétiens de Corinthe : « l’Esprit de Dieu habite en vous ». Vous devez devenir sages à la manière de Dieu. « Vous êtes le sanctuaire de Dieu ». Le sanctuaire de Dieu est saint, « et ce sanctuaire, c’est vous ». (1Co 3,16-23) Vous êtes le sanctuaire de l’amour qu’est Dieu car l’Esprit de Dieu habite en vous.


Toutes ces paroles nous sont adressées, à nous chrétiens de Montréal, chrétiens d’aujourd’hui. Ces paroles de Jésus dans l’Évangile : «Vous avez appris, … eh bien moi je vous dis» … aimez sans calcul, tendez à la perfection. Et ces paroles de Paul nous sont aussi adressées : «Ne savez-vous pas que vous êtes le sanctuaire de Dieu et que l’Esprit de Dieu habite en vous?» Ce sanctuaire de Dieu est saint, «et ce sanctuaire, c’est vous». C’est là le rappel de notre vocation de devenir dans notre projet de vie ce que nous sommes par grâce. Inspirés par l’Esprit de Dieu. Dociles à son Esprit. Ajustés à son Esprit. «Tout vous appartient, le monde, la vie, la mort, le présent, l’avenir : tout est à vous, écrit-il, mais vous, vous êtes au Christ et le Christ est à Dieu.»


André Charron c.s.c.,

Paroisse Notre-Dame du Bois-Franc


Homélie du 6e dimanche ordinaire – Année A

Libre, savoir choisir entre bien et mal

Les 11 et 12 février 2017


L’enseignement d’un sage du Premier Testament

Dans le premier testament de la Bible, au peuple à qui il s’est fait connaître, Dieu a donné la Loi depuis Moïse ; il a donné les commandements pour guider le croyant dans ses choix entre le bien et le mal. Aussi dans notre première lecture (Siracide 15, 15-20), Ben Sirac le Sage parle-t-il de la liberté de faire des choix. Il écrit ceci : « Si tu le veux, tu peux observer les commandements, il dépend de ton choix de rester fidèle. » Et encore, « Le Seigneur a mis devant toi l’eau et le feu : étends la main vers ce que tu préfères ». L’être humain demeure libre de choisir entre les forces de vie et les forces de mort, autrement dit entre le bien et le mal. Le Psaume 118 que suggère la liturgie pour notre réponse dit franchement que choisir le bien c’est choisir le bonheur : «Heureux les hommes intègres dans leurs voies qui marchent suivant la loi du Seigneur!»

L’enseignement de Jésus en l’évangile selon saint Matthieu

Dans l’Évangile selon saint Matthieu (Mt 5,17-37), Jésus revient sur la Loi donnée à Moïse. Je ne suis pas venu abolir la Loi ou les Prophètes mais accomplir, dit-il. Il vient accomplir la Loi, la porter à son accomplissement, à sa plénitude, moyennant donc progression, raffinement, perfectionnement. L’œuvre de la Loi a amené un lent travail de conversion chez les gens, à travers plusieurs époques. Les premiers commandements étaient de simples balises indiquant le minimum vital pour que la vie en société soit simplement possible : ne pas tuer, ne pas voler, ne pas tromper. Puis à la faveur de la découverte des intentions de Dieu dans la longue expérience historique de ce peuple, on a affiné la Loi, on l’a précisée à mesure que progressaient les exigences de la conscience morale.

Jésus s’inscrit dans cette progression du raffinement des exigences morales. « Vous avez appris … Eh bien moi je vous dis … », propose-t-il. Je ne suis pas venu abolir mais accomplir, perfectionner. Ainsi : à la première étape de l’Ancien Testament, tu ne tueras pas ; à la deuxième étape du

Nouveau Testament, tu t’interdiras même la colère contre ton frère et tu iras jusqu’à la réconciliation avec lui. Dans un autre domaine, première étape, tu ne commettras pas l’adultère en acte – le rapt de l’épouse d’autrui, un vol, une faute d’injustice envers le conjoint ; deuxième étape, tu t’interdiras même d’y penser et tu éduqueras ton regard au respect et à la justice envers l’autre. Regarder une femme avec convoitise, c’est vouloir la ravir à autrui. Bien entendu, Jésus ne condamne pas toute attirance ou tout désir de l’homme envers la femme, mais il condamne la convoitise active qui déjà s’approprie la femme d’autrui et embrouille les relations.

Puis encore, autre cas, à propos de la répudiation. « Il a été dit …, eh bien moi je vous dis ». Première étape depuis Moïse, pas de répudiation arbitraire de la femme ; nouvelle étape, pas de répudiation du tout. Il ne s’agit pas ici du divorce au sens moderne mais au sens du droit ancien qu’avait l’époux de répudier sa femme, ayant plein pouvoir sur une femme qui était sans droit aucun. Jésus remet en cause le plein pouvoir de l’homme même appuyé par un acte juridique, il prend la défense de la femme en demandant de penser à sa dignité et à son égalité de droit naturel, et il veut en conséquence protéger l’institution du mariage comme contrat social et communauté de vie.

En matière de déclaration solennelle par serment, encore là, « Vous avez appris … Eh bien moi je vous dis … » Première étape du temps de Moïse, pas de faux serments ; deuxième étape maintenant, pas de serments du tout, car la bonne entente, la confiance, la véracité des relations humaines devraient rendre le serment inutile. Que votre oui soit oui, que votre non soit non, pas de risque alors de mensonge ni de parjure.

Jésus est venu accomplir. En tous ces cas concrets donnés en exemple, il propose un dépassement, un raffinement, un avancement. Il demande aussi de passer des comportements tout extérieurs aux comportements intérieurs qui viennent du cœur, et surtout au choix de penser à l’autre que soi, de laisser exister l’autre, de faire exister l’autre. La vie vraie est du côté de l’amour. Et l’amour implique la considération de l’autre.

L’avancement moral, selon les termes de Jésus dans l’évangile de ce jour, c’est dans le sens de l’avancée du Royaume de Dieu, du règne de l’intention de Dieu sur une humanité qui se rend progressivement conforme au vouloir de Dieu et ainsi meilleure, plus parfaite et accomplie. Entre le Premier Testament et le Nouveau Testament, un chemin énorme a été parcouru. Les idéaux de fraternité, de justice, d’amour et de respect de la liberté l’ont emporté sur la loi du plus fort, l’instinct de possession, la convoitise et la tricherie. Il y a encore des ratés, le mal persiste, mais la conscience de l’humanité se raffine. À nous donc de continuer cet avancement.

Ces enseignements de Jésus font partie de son discours sur la montagne auprès des foules de gens qui veulent le suivre. Jésus y fait la promotion d’une humanité renouvelée de sorte qu’il n’a pas hésité à leur dire ce qui suit (que nous avons lu dimanche dernier). Vous êtes le sel de la terre qui allez relever la saveur de l’existence humaine et de la création. Vous êtes la lumière du monde qui pouvez éclairer, guider l’expérience humaine et faire voir la beauté des personnes et du monde. … Ce «vous», c’est «nous» maintenant. Comme chrétiens, nous pouvons et nous devons être le sel de la terre et la lumière du monde!

Le dessein bienveillant de Dieu nous est révélé. Le projet d’avancement du monde selon le vouloir de Dieu nous est connu. Il a un potentiel libérateur indéniable. Mais ne peuvent y participer que ceux et celles qui ont le cœur ouvert. Et de notre cœur nous sommes les seuls maîtres. De notre liberté nous sommes les seuls à pouvoir décider de faire les bons choix.


André Charron c.s.c.

Paroisse Saint-Hippolyte



Homélie du 5e dimanche du temps ordinaire – A

Soyons le sel de la terre et la lumière du monde

Le dimanche 5 février 2017


André Charron c.s.c.

Paroisse Saint-Laurent



Homélie du 4ème  dimanche ordinaire – Année A

Le 29 janvier 2017

Les béatitudes selon Jésus, ce n’est pas la résignation




André Charron c.s.c.,

Paroisse Saint-Laurent

                                       

                                            Homélie du 3e dimanche ordinaire -- Année A

le dimanche 22 janvier 2017

Début de la mission de Jésus dans la Galilée des nations




André Charron c.s.c. ,

Paroisse Saint-Hippolyte


Homélie de l’Épiphanie du Seigneur – Année A

Le dimanche 8  janvier 2017

La venue de Jésus manifestée au grand nombre





André Charron c.s.c.

Paroisse Saint-Sixte



Homélie de la fête de Sainte Marie Mère – Année A

Jour de l’An 2017

Marie mère de Jésus par qui Dieu est entré dans l’humanité




André Charron c.s.c.

Paroisse Saint-Laurent


Homélie du 4e dimanche de l’Avent – Année A

le 18 décembre 2016

Nous rappeler l’origine de Jésus Christ




André Charron c.s.c.

Paroisse Notre-Dame du Bois-Franc




Homélie du 27ème dimanche ordinaire – Année C

les 1er et 2 octobre 2016

Raviver la foi





André Charron c.s.c.,

Paroisse Saint-Sixte


Homélie du 26e dimanche ordinaire – Année C

Les 24 et 25 septembre 2016

La miséricorde, un impératif de la foi chrétienne




André Charron c.s.c.

Paroisse Saint-Hippolyte

Homélie du 25e dimanche ordinaire – Année C

Les 17 et 18 septembre 2016

Un éloge déconcertant de l’habileté face à l’argent




André Charron c.s.c.

Paroisse Saint-Laurent,

et Résidence St-Moritz.


Homélie du 22ème dimanche du temps ordinaire – Année C

les 27 et 28 août 2016

Pratiquer les bonnes manières selon Dieu, dont l’humilité


André Charron c.s.c.

Paroisse Saint-Sixte



Homélie du 20e dimanche ordinaire – Année C

Jésus est venu apporter un feu qui ne laisse pas indifférent

Les 13 et 14 août 2016




André Charron c.s.c.

Paroisse Saint-Sixte


Homélie du 19e dimanche ordinaire – Année C

Rester en tenue de service pour édifier le Règne de Dieu,

prélude du Royaume à venir

Le 7 août 2016




André Charron c.s.c.

Paroisse Notre-Dame du Bois-Franc




Homélie du 18ème dimanche ordinaire – Année C

La richesse ne doit pas être l’absolu de la vie

Les 30 et 31 juillet 2016



André Charron c.s.c.

Paroisse Saint-Sixte



Homélie du 17e dimanche ordinaire – Année C

Demander à Jésus de nous apprendre à prier

Les 23 et 24 juillet 2016




André Charron c.s.c.

Paroisse Saint Hippolyte


Homélie du 16e dimanche ordinaire – Année C

Savoir être tantôt Marthe, tantôt Marie

Les 16 et 17 juillet 2016




André Charron c.s.c.,

Paroisse Saint-Laurent





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