Homélies du Père Cousineau, c.s.c.

 

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HOMÉLIE

24e dimanche année A

14 septembre 2014



Un Royaume de pardon illimité !


Aujourd’hui c’est la continuité de l’enseignement de Jésus sur la vie en Église. Après la correction fraternelle, voici la question du pardon. Tout est dit en deux courts versets : pardonner, sans limites, sans fin ! Matthieu nous décrit le nouveau visage du Royaume des cieux. La patience du maître est implorée dans les mêmes termes par les deux créanciers, mais le résultat est différent.

C’est Pierre l’impétueux qui demande à Jésus combien de fois devrais-je pardonner à mon frère. À l’époque de Jésus, des rabbins avaient établi des conditions pour le pardon. Le rabbi Yosé disait: «Si quelqu’un pèche une, deux ou trois fois, on lui pardonne; mais non pas s’il pèche quatre fois.» D’autres allaient jusqu’à cinq pardons envers un frère, mais limitaient à un seul le pardon envers l’épouse. Pierre demande au rabbi Jésus ce qu’il recommande et il suggère sept pardons, chiffre qui signifie beaucoup. Il se montre donc généreux. Jésus rend ce chiffre illimité. Il enseigne que le pardon ne peut être restreint par aucune tarification, que le pardon doit être sans mesure. Ainsi Jésus nous invite à réfléchir sur le sens, sur la valeur même du pardon.

Pardonner, nous le savons par expérience, n’est pas un acte facile. Demander pardon n’est guère plus simple, car cela nous oblige à nous reconnaître coupables et donc à accepter de nous humilier devant notre prochain. Jésus nous montre que pour bâtir l’unité de l’Église, il n’existe qu’un seul chemin : celui d’un amour fraternelqui soit capable d’aller jusqu’au pardon inconditionnel et sans mesure. Cette pratique du pardon n’est donc pas accessoire, mais essentielle. Les textes de ce jour nous placent en opposition avec la logique du monde superficiel. Les lectures nous demandent d’annoncer une Bonne Nouvelle sans chercher à la justifier. Le pardon est une sorte de retour à la vie, permettant de considérer de nouveau l’autre personne comme un frère ou une soeur : «Ton frère était mort et il est revenu à la vie; il était perdu et il est maintenant retrouvé», dit le père de l’enfant prodigue à son fils qui revient des champs.

La pratique du pardon est vitale à tous les niveaux, entre les membres d’une famille, d’une paroisse, des collègues au travail et même dans l’Église qui a commis des péchés innommables au long de son histoire et même aujourd’hui.

Vis-à-vis l’offense qui nous est faite, la bible nous rappelle tout le cheminement fait par l’homme vers le pardon sans limites :

Se venger instinctivement. Le premier réflexe de celui qui est agressé est de rendre au centuple. Se venger le plus possible ! Lors des attaques du 11 septembre 2001, certains ont même pensé à une vengeance totale. Rappelons-nous les officiers allemands qui ont fusillé dix civils innocents pour chaque soldat allemand tué par la résistance et les six millions de Juifs tués par les nazis simplement parce qu’ils étaient juifs. Pensons encore au nettoyage ethnique de Bosnie et aux huit cent mille personnes massacrées en cent jours au Rwanda. Avons-nous tellement changé ?

Mettre en pratique la loi du talion. Le roi Hammurabi de Babylone, au dix-huitième siècle avant Jésus Christ imposa la loi du talion : «œil pour oeil, dent pour dent», afin de limiter le nombre de morts associés à la vengeance. C’était déjà un grand progrès. On peut se venger, mais «on doit respecter la sévérité du crime». Aujourd’hui, des millions de personnes sont encore à ce stage en insistant sur la peine de mort.

Vivre vraiment la miséricorde et le pardon.

«On doit pardonner jusqu’à quatre fois!» Pierre, qui est né dans cette tradition, se croit vraiment généreux lorsqu’il propose de pardonner jusqu’à sept fois! La réponse de Jésus est sans équivoque : on doit pardonner non pas sept fois, mais soixante-dix fois sept fois, c’est-à-dire sans limites.

Le Christ est celui qui va le plus loin.

Par le pardon, nous pouvons nous-mêmes choisir la façon dont nous serons jugés à la fin de notre vie : «Pardonnez et le pardon vous sera accordé»; «La mesure que vous utilisez pour juger les autres sera la mesure qui sera utilisée pour vous.» «Dieu pardonnera vos offenses comme vous pardonnez à ceux qui vous ont offensés.» Pour le Christ, le pardon et la réconciliation sont plus importants que le culte et les offrandes : «Lorsque tu présentes ton offrande à l’autel, si tu te souviens que ton frère a quelque chose contre toi, laisse là ton offrande, va d’abord te réconcilier avec ton frère, puis reviens présenter ton offrande.» (Mt 5, 23s)

Depuis plus de dix ans, je visite un centre de détention à Laval. Les aumôniers parlent de justice réparatrice et soulèvent de nouvelles manières de faire société avec ceux et celles qui ont blessé l’un de ses membres par leurs crimes, les plus horribles soient-ils. Il va sans dire que ce chemin peut être  fragile et long à réaliser, mais c’est possible. La solution de facilité serait de condamner à mort. Même aujourd’hui des pays y recourent comme la Chine, l’Iran, ou même nos très civilisés voisins des États-Unis, y ont toujours recours, même certains de chez nous au Québec voudraient bien qu’on y revienne.

Il faut risque le pardon, c’est un beau risque. Seuls les forts y arrivent, car cela exige du courage, de la lucidité  et la grâce du Seigneur, surtout là où l’injustice, la violence et la division règnent. Pardonner n’est pas oublier, car cela voudrait dire tomber dans l’indifférence. Ne pas oublier, c’est être et demeurer vivant. Pour être bien avec soi, il faut apprendre à vivre avec les souvenirs? Est-ce que je tente d’aimer, de réconcilier ou bien est-ce que je me laisse envahir par la haine? Là est la grande différence. Si je choisis la saveur du pardon, voilà un avenir assuré pour notre bien-être intérieur. Demander pardon cela fait bu bien à celui qui prend son courage à deux mains, le pardon peut être un long fleuve tranquille. Il doit être posé en toute liberté. Amen


Yvon Cousineau, c.s.c.


HOMÉLIE

25e dimanche année A

21 septembre 2014



Travailler moins pour gagner plus !


Un site internet appelé LISPOPIA recommande 1 000 livres pour des lectures spirituelles et chrétiennes. Je fus surpris de voir un de mes livres préférés : « Les confessions de saint Augustin » qui était le 13e choix sur les mille livres.

Qui est-il cet Augustin. Il était natif du Nord de l’Afrique et dans ce volume, il narra avec force détails tout le cheminement qu’il a dû faire pour donner sens à sa vie. Il chercha en premier lieu le bonheur dans le plaisir tout à fait humain: boire à son goût, manger à satiété et vivre une sexualité et semblable à ses amis.

Rien de cela ne le comblait.  Puis, il alla puiser dans les philosophies orientales. Rien n’y fit. Il décida de passer sa vie à faire de l’argent et à se créer une grande renommée. Rien ne le comblait encore.

Un jour, après cette longue recherche active et à la grande joie de sa mère qui avait tant prié et pleuré pour sa conversion, il changea ses habitudes mondaines et consacra totalement sa vie à Dieu. 

Tout comme Saint Paul qui rencontra Jésus sur le chemin de Damas et devint un des piliers de l’Église. Ainsi saint Augustin est également considéré comme un des plus grands théologiens de l’Église. « Tu nous as fait pour toi, Seigneur, et notre coeur est sans repos tant qu'il ne demeure en toi.». C’est dans le silence et le retrait que les choses sont belles. Il ne compte plus uniquement sur lui pour avancer dans la vie, mais sur un Dieu qui sait se faire proche de nous

Après avoir servi de faux maîtres, il a su développer une belle relation personnelle avec Dieu. Jésus devint premier dans sa vie. Ce qui distingue le chrétien, c’est sa foi en Dieu, une foi qui sait donner de la saveur et de la couleur à son pèlerinage sur terre.

Qu’est-ce qui est premier dans notre vie? L’amour, la famille, l’amitié, l’argent ? certains seraient portés à dire que ce qui est le plus important c’est Dieu. Personnellement, puisque nous sommes tous humains, ces valeurs d’amour, de famille et d’argent peuvent être premières, mais accompagnées de la présence de Jésus qui donne sens à notre vie. 

Jésus nous dit de cesser de nous inquiéter pour tout ce qui nous tracasse. On nous dit dans l’évangile comment trouver la paix.

Dans notre vie, quand nous plaçons Dieu en premier lieu, nous avons plus que «le temps», nous avons la capacité de regarder les oiseaux dans le ciel et les fleurs dans les champs et nous disons: « Dieu, qu’ils sont beaux. Combien grand tu es, mon Dieu. Tu prends vraiment soin de tout. Profitez de la vie en mettant votre confiance en DIEU.

La péricope culmine dans cette affirmation qui est aussi l’explication de l’histoire : la liberté de Dieu est souveraine dans son agir parce qu’elle est bonté. lCet employeur est un drôle d’employeur. Si nos syndicats d’aujourd’hui voyaient un patron donner autant à l’ouvrier qui a travaillé toute la journée qu’à celui qui n’a travaillé qu’une heure, ils réagiraient énergiquement.  D’un point de vue de justice purement distributive, il est normal que la rémunération soit proportionnée au travail fourni.

Jésus veut nous parler non pas de politique salariale, mais du Royaume des Cieux. Le maître de la vigne, c’est Dieu, les vignerons ce sont les disciples, l’ouvrier de la première heure est celui qui s’est converti dès le début. Celui de la onzième heure s’est converti à la dernière minute ; mais il touche le même salaire que les autres, c’est-à-dire le salut éternel. WOW! Le sens de l’histoire n’est vraiment pas à chercher dans la réalité sociale, mais dans le ciel. Jésus aborde en fait la difficile articulation entre la justice et la solidarité. En avance sur son temps, Jésus montre qu’une justice stricte ne conduit pas au bonheur de tous, à une société fraternelle, parce qu’elle met de côté tous ceux qui ne sont pas en état de mériter ce dont ils ont besoin: les pauvres, les petits, les délaissés. Jésus nous appelle à devenir aussi généreux maîtres de la vigne qui soit dit en passant n’a rien fait d’illégal. . Alors, vous verrez que la justice grandira obligée par l’exemple de vivre les  vertus de l’amour injuste. Le Royaume de Dieu est un pays où il n’y aura plus jamais de jaloux et plus de laissés pour compte.

Alors, nous réalisons que, devant tant d’Amour et de miséricorde pour les pauvres pécheurs que nous sommes, non seulement il n’y a plus de place pour la jalousie, ou pour la revendication, mais que nous Lui devons tout, absolument tout. AMEN.

Yvon Cousineau, c.s.c.



HOMÉLIE LORS DE LA FÊTE DE SAINT-LAURENT,

19e dimanche année A

10 AOÛT 2014


Gens de saveur, gens de prière et gens d’histoire


En discours politique comme en homélie à l’église, la première règle, c’est que l’introduction soit très proche de la conclusion. J’y ferai honneur à cette règle.


Nous célébrons la Saint-Laurent, fête patronale de notre arrondissement, une fête religieuse et citoyenne.


Vendredi dernier, avec fierté et reconnaissance, j’ai visité le cimetière, lieu patrimonial de notre arrondissement, sans oublier ce monument, le top du top des lieux patrimoniaux dans lequel nous sommes, cette paroisse, église mère à l’origine de tant d’évènements importants de notre histoire, de tant de noblesse et de présence signifiante dans l’histoire de Saint- Laurent. Rendons grâces à nos ancêtres bâtisseurs de ce que vous voyons aujourd’hui.


« Si le grain de blé déposé en terre, comme le dit l’évangile d’aujourd’hui, ne meure pas, il ne porte pas de fruits, mais s’il meurt il porte du fruit en abondance.»  Gens d’histoire, nous le sommes. Nos ancêtres, nos prédécesseurs ont bâti sur deux rocs solides, celui de la foi et de la langue, nous l’oublions trop souvent. Qu’aurait été notre histoire sans la foi de nos ancêtres ? Bonne question et bonne réflexion à continuer ensemble.


Plusieurs ont marqué notre histoire laurentienne, il ne faut pas les oublier et je me permets, ce matin, d’en nommer un certain nombre et si j’en oublie et des meilleurs, vous me le direz. J’en énumère quelques-uns et on ne le fait que trop rarement : les Beaudet, Beaulieu, Boudrias, Cousineau, Crevier, Deguire, Descaries, Filiatrault, Gaultier, Germain, Gohier, Grou, Jasmin, Lamer, Laurin,  Nihon, Paquet, Robitaille, Tassé, ne les oublions pas et vous aussi, ici présents qui marquez l’histoire présente et on se souviendra de vous. Si j’ai oublié des noms importants, veuillez lever la main et dire haut et fort les noms de ces bâtisseurs. ( prendre le temps de laisser nommer par les paroissiens certains noms qu’on aurait oublier.)


Et notre histoire a une origine paysanne.  Je termine par cette courte histoire du paysan : Tous les soirs un sage fermier se retirait sur sa terre, à l’ombre d’un grand chêne, sortait son livre de prière pour rendre grâce à Dieu pour tous les biens reçus. Un soir, il  se retrouva sans son livre de prière. 

Spontanément, il fit la prière suivante: «Seigneur: j’ai quitté la maison et j’ai oublié d’apporter mon livre de prière et ma mémoire n’est pas ce qu’elle était. Il se mit donc à  réciter les 26 lettres de l’alphabet lentement : A, B, C et ainsi de suite jusqu’à la dernière lettre et  il dit au Seigneur : vous qui connaissez toutes les prières, prenez chacune de ces lettres et dites pour moi ma prière habituelle.»

Et le Seigneur dit à ses anges: «De toutes les prières que j’ai entendues aujourd’hui, c’est  la plus belle parce qu’elle vient d’un cœur simple et sincère.»

Gens de saveur, gens de prière, gens d’histoire,  gens de générosité, nous le sommes. Merci à tous les paroissiens, à tous les citoyens qui participent à tous les rassemblements de prière dans ce lieu béni et qui contribuent et contribueront aussi généreusement aux réparations du «top» des monuments patrimoniaux qu’est notre église. Prenez-en bien soin, il en va de notre histoire.


Nous comprenons fort bien que les gouvernements ne peuvent donner à chacune des confessions religieuses, mais nous sommes très heureux quand ces différentes instances gouvernementales participent financièrement à la protection de notre patrimoine. Et c’est pourquoi à partir de septembre prochain nous mettrons en place le groupe des cent associés, nous vous en reparlerons. Nous avons besoin de votre soutien.


Et notre histoire continue, grâce à vous, paroissiens, citoyens, élus à différents niveaux de responsabilités sociales et soyez là dans tous les tournants de notre histoire religieuse et civile.


Amen.



Homélie du 17e DIMANCHE année A,

27 juillet 2014


Tous les regards se tournent vers Jésus

Nous sommes invités aujourd’hui à nous approprier le Royaume. Pour attiser en nous ce désir, Jésus parle d’un « trésor . » Jésus sait comment attirer notre attention ! Comme beaucoup de ses contemporains, bon nombre de contes orientaux parlent de la recherche d’un trésor légendaire. Souvenez-vous des contes de votre enfance où des pirates ne lésinaient pas pour trouver le trésor le plus fantastique. Il suffit de dire : « Il était une fois...» pour que tous les regards se tournent vers le conteur.

Comment savoir tirer du neuf à partir de textes anciens. «To be or not to be». Voilà la question qui tue comme dirait l’animateur vedette de notre télévision nationale. Dans le fond, ce qu’il faut faire, c’est de puiser dans ce qui est toujours valable dans «les Écritures», dans «la Loi et les Prophètes» comme Jésus l‘a fait lui-même. Il assaisonnait le tout au goût du jour pour mieux faire comprendre son message et la venue du Royaume de Dieu.

Jésus nous livre trois courtes paraboles dans lesquelles autant le professeur émérite d’une grande université qu’un berger de la montagne peuvent en saisir le sens et à méditer sur la perle, le trésor et le filet.

Pas toujours aisé de savoir ce qui doit être gardé et ce qui doit être laissé de côté. Du discernement, une intelligence éclairée et une sagesse suffisent pour exercer cet exercice comme Salomon dans la première lecture. Savoir faire la part des choses et retenir ce qui est essentiel de notre belle histoire, tout en ayant le courage de mettre de côté ce qui ne sert plus! Voilà le secret de l’homme habile et courageux.

Dans le bon vieux temps, c’était si bien, disent les anciens. Personne ne peut revenir en arrière et les regrets ne servent à rien quand on veut bâtir un avenir sur un roc solide. Il faut savoir tirer des leçons des générations précédentes. Croire que l’on peut tout inventer à nouveau, recommencer à zéro, c’est aussi rêver en couleur. Le passé peut être un fondement solide, mais une fois les bases bien installées, il faut regarder en avant. L’avenir c’est au présent qu’on le bâtit. Somme toute, c’est le sens des paroles de Jésus : «tirer du neuf» à partir du trésor qui nous a été légué.

Je me rappelle quand j’ai changé de bureau, c’était l’occasion de faire un bon ménage. J’ai mis à la poubelle et sans regret ce qui ne me servirait désormais plus. Il est étrange combien on peut conserver des dossiers uniquement au cas où sachant bien qu’on n’ira jamais plus y puiser. Nous devons alors décider ce qui doit être conservé et ce qui doit être mis de côté. Il me fallait faire des choix judicieux et savoir «tirer de ce trésor du neuf et de l’ancien».

Choisissez le chant: « Il est là au coeur de nos vies » si vous le souhaitez. Faites une pause au milieu de votre homélie, faire chanter l’assemblée et reprenez votre texte.

Répondons à ce petit questionnaire. Quel est l’essentiel dans ma vie ? Qu’est-ce qui me tient le plus à coeur et que je ne pourrai jamais mettre de côté ? Qu’est-ce qui a vraiment du prix à mes yeux? Puis-je nommer trois priorités dans ma vie de chrétien? Se pourrait-il mes priorités changent ? «Dans sa joie, il va vendre tout ce qu’il possède, et il achète ce champ.» Il ose, il a de l’audace le disciple de Jésus. Il considère qu’il ne perd pas, mais qu’il prend un beau risque et qu’il trouve une nouvelle façon de vivre. Il s’en réjouit grandement. Le « Royaume des cieux » est bel et bien un « trésor plus précieux», que tous les trésors et toutes les perles de grande valeur » du monde, parce qu’il nous donne accès au mystère de Dieu lui-même.

Discerner, c’est découvrir ce qui est primordial pour nous, à ce qui donne un véritable sens à notre famille, nos études, notre profession, notre travail, que dis-je, notre existence. La véritable sagesse consiste à ne pas s’arrêter à ce qui saute aux yeux, mais à discerner la présence cachée de Celui qui nous fait signe.

Laissons de côté la parabole du filet qui ramène petits et bons poissons, car elle reprend le fond de l’histoire du bon grain et de l’ivraie. Ici le marchand est en quête de perles rares. Il s’agit probablement d’un homme qui depuis longtemps réfléchit et cherche à donner un sens à sa vie. Après de multiples expériences, rien ne la satisfait. Il trouve enfin la perle rare. Il est prêt à tout pour l’obtenir. Tout comme bien des saints qui ont rencontré Jésus dans le plus intime de leur être. Ils sont

transformés, on ne les reconnaît plus tellement ils sont épris de cet homme Jésus qui est venu chambouler totalement leur vie.

En écoutant les paraboles de Jésus, nous avons pu remarquer combien cela semble peu compliqué. La Parole de Dieu se donne à entendre dans des historiettes que même les enfants peuvent comprendre. Pas besoin d’être, comme Matthieu, un grand spécialiste de la Torah. C’est souvent plein de bon sens, tout simplement. Ainsi les paraboles d’aujourd’hui.

Qu’en est-il vraiment de ce trésor caché et de cette perle fine à côté desquels le reste ne vaut rien ? Ne serait-ce pas la Bonne Nouvelle c’est-à-dire que nous sommes libérés de tout ce qui menace de nous étouffer. C’est l’annonce que Dieu nous a «destinés à être à l’image de son Fils». C’est cela la Bonne Nouvelle qui donne une couleur et une saveur à notre existence. Cela vaut le coup de tout miser sur Jésus.

Notre vie ressemble à la fable : «Un trésor est caché dedans, je ne sais pas l’endroit, mais un peu de courage vous le fera trouver». Ce trésor caché dont parle Jésus est un don gratuit de Dieu. Un cadeau, fruit de la tendresse du Dieu que Jésus nous a appris à appeler son Père «Abba», c’est-à-dire «papa» Amen.

Yvon Cousineau, c.s.c.



Homélie du 16e DIMANCHE année A,

20 juillet 2014

Tout est dans la manière

Aux grande maux, les grands remèdes, dit un certain adage. Trop souvent, nous avons recours à des mesures particulièrement énergiques et spectaculaires pour rayer d’un quartier un bâtiment plus que centenaire en laissant pousser des édifices qui viennent défigurer le paysage habituel. Nous aurions pu attendre, nous aurions pu consulter davantage.

Trop souvent, nous avons recours à des moyens coercitifs pour se débarrasser d’employés sous prétexte d’une restructuration de l’entreprise. Mille prétextes, me disait mon ancien professeur, ne valent jamais une bonne raison. Trop souvent, nous arrachons des gens bien ancrés dans leur milieu en les déplaçant et en leur promettant mers et mondes sans penser aux conséquences immédiates et lointaines.

Depuis le début de la création, Dieu agit dans la patience et la sagesse. Dieu est l’élément déclencheur de la plus belle aventure de l’univers. Il laisser aller doucement sa création. Il prend l’attitude du paysan expérimenté n’utilisant aucun herbicide pour faire plus vite et mieux selon notre modernité.

Dieu ne veut pas le mal, mais il l’accepte comme faisant partie de la vie. Il ne l’aime pas, ne souhaite pas sa croissance.

Laisser croître ensemble

Dieu sait très bien que notre monde n’est pas parfait, pas plus que l’Église et nous-mêmes. Il sait que le bien pousse même au milieu du mal, ensemble. Ce n’est qu’à la fin des temps qu’il séparera le bien du mal, les bons des mauvais. C’est la loi du cheminement qui nous fait avancer dans la vie.

Le mal est engagé dans une compétition si serrée avec le bien, qu’il peut prendre même de l’avance sur lui. Le beau et le laid, le pur et l’impur, le meilleur et le pire, les gens honnêtes et les criminels, des égoïstes et des généreux, des doux et des violents, des tolérants et des fanatiques, des saints et des pécheurs, des croyants authentiques et des croyants de façade se côtoient tous les jours. C’est ensemble que nous vivons et c’est ensemble que nous grandissons. Que faire quand tout ce monde croît ensemble?

Concrètement, depuis plus de vingt ans, notre paysage québécois a bien changé. Notre société dite homogène, monolithique et «pure laine» des années soixante est devenue une belle mosaïque aux multiples facettes culturelles. De nombreuses ethnies sont venues chez nous. Ces immigrés se sont installés à demeure. Ils ont enrichi notre milieu par leur apport différent et bénéfique : cuisine, danse, habillement, philosophie, art de vivre et j’en passe. Ces nouveaux arrivants, entendons-nous dire, prennent trop de place, s’implantent trop facilement et viennent voler nos emplois. Purs prétextes cachant notre ignorance et nos peurs. Ils ne sont pas de la mauvaise herbe, ce sont nos frères et nos sœurs venant enrichir et embellir notre sol québécois.

Qu’y a-t-il de plus beau d’entendre dans le métro un accent étranger et de s’apercevoir en se retournant que c’est un haïtien, un polonais ou un asiatique… Notre étonnement est grand. L’ivraie, c’est lorsque nous avons de la difficulté à accepter la différence. L’ivraie, c’est lorsque nous avons de la misère à tolérer les changements. L’ivraie est souvent plus au-dedans de nous qu’autour de nous.

Même si le bien pousse au milieu du mal, il nous est possible de grandir à travers nos ombres et nos lumières. Même en chacun de nous réside le bien et le mal, le beau et le laid, la lumière et les ténèbres. Personne n’y échappe. Personne n’est que pureté, beauté ou lumière.

À l’automne de notre vie, chacun constate que l’ivraie a poussé avec le bon grain. Prendre le temps d’ouvrir ses mains pour accueillir, c’est laisser échapper l’ivraie; prendre le temps d’ajuster ses oreilles à toutes les nouvelles formes d’expressions, c’est faire place au bon grain; prendre le temps de fermer ses yeux et de regarder en soi les multiples richesse intérieures qui échappent à nos yeux physiques parce que trop attirés par le clinquant et le superficiel, c’est laisser pousser jusqu’à la floraison notre amour pour tous.

Ne rien précipiter, être patient

La patience du moissonneur nous est d’un grand soutien et nous éclaire. Il faut respecter le rythme de la nature. Un peu à la manière de Qohélet, il y a un temps pour labourer, un temps pour semer, un temps pour arroser, un temps pour cueillir.

Regardez le pêcheur, il est patient. Ce qui est merveilleux dans son cas, c’est le silence et le temps qu’il prend pour, par exemple, penser à ses enfants, à son épouse et à ses projets de vie. Il ne perd pas un instant. Il se laisse habiter par tout ce qui l’entoure. Le

temps n’est pas un ensemble vide. Comme chrétiennes et comme chrétiens, nous sommes aussi appelés à le combler par la prière aussi.

Hâtons-nous lentement, «festina lente» disait un vieux dicton latin. La modération, en effet, a bien meilleur goût comme le dit le commercial. Devant un jardin qui vient d’être ensemencé, l’attente est aussi comblante que la récolte. Cette attente est la sœur de l’espérance.

L’évangile nous invite à faire appel au réalisme, à la patience et à la tolérance. Nous sommes faits d’ombres et de lumières. Nous marchons lentement vers la lumière en demeurant libres et responsables. Dieu donne à chacun la chance de se convertir, de se révéler bon grain.

Faire confiance au temps

Le Royaume fait son chemin, n’apparaîtra dans toute sa réalité qu’au terme d’un long cheminement et d’un temps de croissance. Dieu fait confiance au temps : il sait que le temps arrange bien des choses.

À bien des reprises, Jésus dénonce le mal et incite à le combattre. Dieu accepte de marcher avec nous, à notre pas. Jésus se refuse à créer une communauté de parfaits. Au contraire, il fréquente les pécheurs et mange à leur table.

Notre communauté chrétienne se doit d’être une communauté agissant sous le signe de la miséricorde et de la patience. Si chacun balayait le devant de sa maison, la rue serait propre. Notre petit jardin intérieur a besoin d’être retourné et enrichi. C’est au temps de la moisson que nous ferons le partage entre le bon grain et l’ivraie.

Le jugement de Dieu est comme suspendu. Lui seul peut juger. Il n’appartient à personne sinon à Dieu de porter un jugement définitif sur l’homme… La justice de Dieu est aussi miséricorde. Son amour est aussi pardon.

Il n’appartient qu’à Dieu de fixer le moment de la moisson et de faire le tri final pour le Royaume. La patience est une forme d’espérance. Dieu est capable de vivre avec ce mélange, comme le moissonneur qui attend que tout soit mûr. Nous marchons à sa suite et, effectivement, tout est dans la manière de faire, de parler, de dire, de signifier notre appartenance au Christ.

Comme disait saint Paul aux Galates «Ne nous lassons pas de faire le bien : en son temps viendra la récolte, si nous ne nous relâchons pas.» Et voici une petite recette pour la semaine qui vient.

Se rappeler sans cesse qu’il faut se mettre en garde contre l’intransigeance et tout fanatisme.

Vivre sereinement, sans perdre patience dans un monde ou le bien et le mal s’entrecroisent.

Regarder avant de juger car trop de choses nous échappent et il n’appartient qu’à Dieu de décider du sort dernier de l’homme.

Homélie du 15e dimanche année A,

13 juillet 2014

Les secrets de Dieu


J’ai connu une amie qui a vécu une grande angoisse. Elle en était tout abîmée intérieurement. Elle avait constaté que, malgré tous ses efforts et ses prières, elle n'avait pas pu transmettre sa foi à ses enfants. Quel douloureux drame pour elle !

Nous oublions trop souvent que quels que soient les terrains, quelle que soit les situations, un jour la graine que nous avons semée germera. Surprenante pourrait être la moisson, tellement qu’elle en fera oublier toutes les angoisses. Et il en fut ainsi un jour pour cette amie, elle avait gardé espérance contre vents et marées.

Aujourd'hui encore, le Seigneur nous parle à travers les événements et seuls pourront comprendre celles et ceux qui ont un cœur simple. « Ses voies ne sont pas nos voies »... Il est le Dieu de l'impossible comme aussi de l'inattendu.

Dans le monde de la communication, il ne suffit pas que la transmission soit bonne, il faut aussi que la réception le soit. La Parole de Dieu trouvera-t-elle un bon accueil dans notre demeure ? La terre a-t-elle bien été préparée et retournée ? Est-elle exposée à toutes les intempéries ? Fécondons-nous cette terre aux sources d'eau vive de la prière ?

Comment accueillons-nous la Parole de Dieu ? N’est-elle que répétitions monotones, fades et pénibles et que plus rien n'est nouveau. Sommes-nous convaincus que cette parole est pleine de vitalité, nouveauté, jeunesse et dynamisme ?

Voici ce qu’il ne faut sans cesse se rappeler :

Que la parole de Dieu peut connaître des retards, des refus et des échecs.

Que la parole de Dieu peut connaître certainement des joies et des succès.

Que Jésus lui-même a eu l’impression d’être souvent peu ou mal compris.

Qu’il faut sans cesse tenir compte de la loi de la croissance et de la liberté humaine.

Que la semence ne produit pas du fruit par enchantement.

Que de garder l’espérance est la couleur du chrétien authentique.

Que la certitude du succès final n’enlève pas les difficultés.

La parole de Jésus s’est butée à des regards superficiels. Rappelons-nous que toute foule est superficielle et changeante et que c’est dans le secret et le silence que pousse le fruit tant désiré.

Personne n’est à l’abri des échecs apparents pas même le croyant. Dieu fait merveille dans la vie de celui qui accueille avec un cœur bienveillant. Rappelons-nous qu’il y a un temps pour chaque chose : un temps pour semer, un temps pour croître, un temps pour attendre, un temps pour fêter et un temps pour partager.

Nous sommes ces chemins publics emportés par le vent, quelquefois stériles, souvent superficielles mais toujours confiants dans le Semeur. Nous sommes aussi bonne terre, présence de riches promesses, gardons et ravivons notre espérance.

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Il est bien maladroit ce semeur. Il sème à tout vent. Pourquoi sème-t-il ses grains sur un sol pierreux, sur le bord des routes? Étrange ce semeur! S’il est un vrai cultivateur, il choisirait un sol fertile? Alors, pourquoi Jésus se donne-t-il cette image d’un semeur si prodigue ? Jésus rappelle dans cette parabole qu’il sème partout et signifie pleinement que son Père est un Dieu

«universel.» D’ailleurs, une terre pierreuse peut devenir fertile si le cultivateur y met de l’engrais, y ajoute de la bonne terre et l’arrose. Cette graine qu’on croyait semer inutilement peut se mettre à pousser et à donner du fruit. Il faut être patient. On a même retrouvé des grains de blé dans un sarcophage égyptien, on les a mis en terre et ils ont produit de belles gerbes de blé, qui plus est un bon pain. «Patience et longueur de temps font plus force ni que rage», disait Lafontaine.

Le cultivateur refuse de réserver la semence et l’annonce de la Parole de Dieu à la seule bonne terre ou celle que nous jugeons ainsi! Outre cette folie du semeur, la parabole attire notre attention sur la faiblesse et la force de la semence. La vulnérabilité et la puissance de la parole de Dieu.

Cette parabole décrit les triples échecs auxquels peuvent être confrontées les semences: dévorées par les oiseaux, brûlées par le soleil ou encore étouffées par les épines. Dieu, en Jésus est venu partager notre condition humaine dans ses grandeurs et ses limites. Dieu donne toujours en abondance, rappelez-vous la multiplication des pains, il en est resté douze corbeilles; rappelez-vous la pêche miraculeuse, quelle belle générosité de la part de Dieu. Jésus vient nous dire que le Royaume de Dieu est étrangement fort lors de la germination et ouvert à tous.

À notre tour, comme chrétien, nous pouvons être semeurs dans l’Église. Nous pouvons, au sens large, jeter peu ou beaucoup de grains. Une fois que nous avons semé la Parole, elle ne nous appartient plus. C’est librement que l’on reçoit, c’est librement que l’on donne. Je me rappelle dans mon enfance, j’allais voir tous les matins si mes fèves poussaient. J’ai beau avoir hâte de goûter aux fruits, mais je ne pourrai jamais tirer sur la tige. Il faut respecter la croissance du fruit et de la personne.

La croissance, c’est l’affaire d’un Autre, de Dieu.

Le grand jardin de l’église peut nous sembler stérile, mais confiance à l’Esprit. Les jeunes font différemment de nous, et puis après, il y a de belles pousses chez les jeunes et je suis certain dans ma foi que l’Église sera toujours belle, mais probablement différente et c’est tant mieux.

Isaïe dit : « vous entendrez, mais vous ne comprenez rien. » Il y a beauc0up de mystère et nous ne comprendrons pas toujours pourquoi tels grains n’ont pas germé et un autre qui ne pouvait germer donne de fruits. Étrange et mystérieux.

«Le semeur est sorti pour semer». L’histoire continue. Il sème toujours et encore. La graine est répandue largement et avec générosité. Y a-t-il encore des gens pour cueillir ces fruits ?


Yvon Cousineau, c.s.c.



Homélie du 15 juin 2014


Un Dieu à découvert...

Les scientifiques estiment que 90% du cosmos est un mystère. Notre monde est rempli de mystères. Nous vivons avec eux très confortablement.

Avec le signe de la croix, nous traçons le signe la Trinité sur nous-mêmes. D’abord dans notre Esprit. Puis à notre cœur. Et le cœur rempli d’amour, nous le rendons présent à travers nos corps à nos épaules et les bras.

Dieu n'est pas un être isolé, mais un être de relations, le Père, le Fils et le Saint-Esprit.

12e siècle. St Thomas Becket

NT 40 fois.

Saint Paul: «la grâce du Seigneur Jésus et de l'amour de Dieu (le Père) et la communion du Saint Esprit soient avec vous tous." Saint-Paul n'a pas inventé la Trinité.

Baptême.


Cela est assez facile, en général, de parler de Dieu. Nous pouvons être assis confortablement avec un musulman ou un juif et débattre sur l’être suprême que nous nommons Dieu. Il en est tout autrement quand nous parlons du Dieu des chrétiens, de ce Dieu que nous disons trinitaire. Nous sommes bien vite à court de paroles quand nous voulons approcher ce concept d’un Dieu en trois personnes. le mot «Trinité» ne figure pas dans la Bible. Il s’agit d’une formule théologique qui n’a été fixée qu’au IVe siècle, lors des conciles de Nicée et Constantinople.

Rappelez-vous l’institutrice de votre enfance quand elle traçait au tableau noir un triangle ou se hasardait avec les chiffres un et trois qui s’égalaient sans se confondre. Elle me perdait totalement. Je préférais les mathématiques traditionnelles aux mathématiques divines trop complexes pour mon jeune esprit. Toutefois, lorsqu’elle disait que Dieu nous aime, que nous sommes tous des frères et sœurs, voilà qu’elle avait toute mon attention. Et elle avait raison.

Dieu ne vient pas, en Jésus, démontrer son existence ou expliquer les grandes lois qui régissent l’univers. Il vient tout simplement nous rencontrer comme nous rencontrons un ami sans vouloir emprunter les chemins des mystères des origines de l’univers. Dieu vient comme un père, un père aimant à la recherche de ses fils et filles. Voilà l’essentiel.

Dieu vient comme une personne, se faire proche de nous en révélant les richesses de son amour et de sa vie qu’il vient donner en abondance. Il s’est fait l’un des nôtres pour nous parler de celui qu’il appelle son Père, et l’Esprit qui fait de nous pour l’éternité ses enfants.

Nous pouvons raisonner Dieu, le trouver énigmatique, solitaire et inaccessible si nous demeurons au niveau de notre intelligence. Toutefois, si nous ouvrons notre cœur, nous rencontrons un vivant, un amour éternel, brûlant et agissant dans notre quotidien. Il n’est pas une démonstration savante. En Jésus, Dieu nous introduit dans son intimité pour que nous partagions tout de lui : son amour, sa vie et sa présence sans limite.

« Comme le Père m’a aimé, moi aussi je vous ai aimés ». Les Apôtres n’ont pas tout saisi du premier coup. C’est l’Esprit Saint qui a fait comprendre les paroles de Jésus. Nous ne sommes pas n’importe qui, nous sommes appelés à marcher à la suite de Jésus parce que baptisés au nom du Père, du Fils et de l’Esprit Saint.

Lors d’une évaluation de ses connaissances, la petite Bernadette de Lourdes n’arrivait pas à réciter ce qui était écrit dans son catéchisme sur la Trinité. Après avoir longtemps hésité, elle a fini par dire : «Dieu, c’est quelqu’un qui nous aime». Manque de chance, ce n’était pas la bonne réponse qu’attendait la catéchiste. Et pourtant, c’est elle, la plus ignorante de Lourdes, qui avait donné la meilleure définition de Dieu.

«Dieu c’est quelqu’un qui nous aime». Toute la Bible nous fait précisément découvrir ce Dieu qui est amour. Malgré nos péchés, il continue à nous aimer. Alors rien ne peut l’empêcher de vouloir nous sauver. «Dieu c’est quelqu’un qui nous aime». Les hébreux ont d’abord vécu l’expérience d’un Dieu libérateur qui les a fait passer de la terre d’esclavage vers la terre de

liberté. Puis il leur a donné sa loi pour les conduire vers une libération plus spirituelle. Ils découvrent le Dieu unique qui fait alliance avec eux

Avec Jésus, nous franchissons une nouvelle étape. Il commence par nous faire découvrir que Dieu est son Père et notre Père. Au temple, «C’est chez mon Père que je dois être.» Il est «le chemin, la Vérité et la Vie». Dieu est toujours capable de venir nous chercher très loin et très bas. Jésus nous montre cet amour de Dieu à travers des gestes d’accueil, de guérison, de pardon. «Aujourd’hui, tu seras avec moi dans le Paradis.» Nous avons la ferme espérance qu’un jour il nous dira : «aujourd’hui, tu seras avec moi.»

C’est ainsi que les disciples ont découvert progressivement le vrai Dieu. Jésus leur annonce qu’un autre prendra la relève : C’est l’Esprit Saint. C’est lui qui nous rend capables d’aimer de plus en plus à la manière de Dieu. Bernadette n’arrivait pas à parler de Dieu avec son intelligence. Et pourtant c’est elle qui a été choisie pour transmettre des messages de la plus haute importance. Dieu est Amour. Mère Térésa allait vers les plus pauvres parmi les pauvres au nom même de cet amour.

Ce Jésus qui nous redit sans cesse : « Heureux les pauvres !... Heureux les artisans de paix !... ». Jésus est le Maître du bonheur?... Et que nous dit-il aujourd’hui ?... « Baptisez le monde entier au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit. » Et le bonheur est dans la rencontre du Père et du Fils et du Saint-Esprit. Si l’on parle de Trinité, c’est parce que Jésus a parlé de Dieu comme son Père, qu’il s’est dit son Fils et qu’il a promis à ses disciples le don de l’Esprit Saint, qui sera à la fois son continuateur et le révélateur du Père. Autrement dit, il n’y a pas d’amour possible sans communication, sans relation réussie.

Maurice Zundel : «L’homme ne devient vraiment homme que dans l’échange et le don». Il ne s’agit donc plus de rester entre eux ni de rester entre Juifs, mais de faire des disciples et permettre à n’importe qui, n’importe où dans le monde, de rencontrer Jésus-Christ comme eux-mêmes ont pu le rencontrer. Comme le disait un humoriste : «Evidemment, j’aime Dieu. Mais c’est le prochain qui fait problème».



Homélie de la Fête de l’Ascension du Seigneur – Année A

Le dimanche 1er juin 2014


Les mots manqueront toujours !



Mettez-vous à la place des apôtres qui tentaient de mettre des mots sur un événement unique dans l’histoire de l’humanité à savoir l’Ascension de Jésus ou la dernière apparition de Jésus. Ce départ termine le chemin terrestre de Jésus et commence celui de l'Église. Sa mission  accomplie, Jésus nous quitte, mais il ne nous abandonne pas pour autant.

Les mots manquaient aux apôtres pour rendre compte d’une réalité qui échappe, à bien des égards, à leur entendement. Dans les Actes, Jésus disparaît à la fin d’un repas. L’évangéliste Matthieu ne parle pas d’ascension. Le Ressuscité envoie ses disciples dans le monde tout en faisant dire à Jésus : «Je suis avec vous tous les jours, jusqu’à la fin des temps».  Luc, utilise l’expression «emporté vers le ciel.» Il ne raconte pas ce qu’il a vu, il exprime un mystère. Marc évoque le départ de Jésus par l’expression «enlevé au ciel».  Jean, le disciple préféré de Jésus utilise un tout autre langage : «Je ne suis plus avec vous que pour un peu de temps, puis je m’en irai vers celui qui m’a envoyé.» Tous ont trouvé, à leur manière et selon leur culture les mots qu’il fallait pour exprimer cette réalité nouvelle qui nous rejoints ici et maintenant.

Par exemple, offrir un bouquet de roses a un sens qui peut varier selon le nombre de fleurs offertes. Également, il ne viendra jamais à l’idée d’une personne d’appeler une ambulance si quelqu’un vous dit qu’une mauvaise nouvelle vient de lui couper bras et jambes. Tout comme dans la Bible, la nuée n’est pas un gros nuage, mais le symbole de l’invisible, celui de la présence de Dieu, celui qu’on ne peut voir ni vraiment nommer. Jésus est parti, cette  invisibilité ne signifie pas absence, privation, mais un autre mode de présence qu’il nous est difficile de saisir.

Tout comme pour les apôtres, notre cœur est plein de lui. Il ne s’agit donc pas de rester là à regarder le ciel sans rien faire en attendant son retour, il faut redescendre vers nos frères et sœurs, car nous sommes la relève, les artisans de paix pour un monde nouveau. Comment puis-je témoigner de cette Présence qui redonne l`espérance en un monde meilleur?  

Beaucoup croient à l’islamisation du monde occidental. Je n’y crois pas du tout. Ce qui est étonnant, c’est lorsqu’une personne se convertit à l’islamisme, les journaux en font leur première page alors que nous gardons sous silence les milliers de conversions au christianisme. Pour vous information, allez dans «Google», écrivez: «conversions de l’islam au christianisme». Vous serez étonnés de la merveille que fait l’Esprit Saint. De plus, l’affirmation de son appartenance religieuse se retrouve sur la scène publique alors qu’on croyait que la société était entrée définitivement dans la sécularisation.

Ce dimanche est celui où on célèbre l’Ascension du Seigneur. Le Jésus qu’ont connu ses disciples, ce Jésus qu’ils ont écouté, vu marcher à leur côté, ce ressuscité nommé Jésus est passé à une identité nouvelle, il est présent réellement avec eux d’une manière différente.  Il pourra être avec eux encore plus totalement, mais d’une manière mystérieuse, mais réelle.

Les apôtres se rendent en Galilée, mot qui signifie « Cercle des nations » ou encore mieux  « Carrefour international ». Ils se prosternent devant lui, geste de reconnaissance, il est le ressuscité et le maître de vie. Certains ont des doutes en le voyant. Il est glorifié, il n’est plus le même, son identité a connu une ascension. Son amour doit rayonner partout : Son mandat, dirait-on aujourd’hui est universel et la tâche est confié à ses apôtres et disciples; « Allez vers toutes les nations...  baptisez-les au nom du Père, du Fils et de l’Esprit Saint. »

Une nouvelle réalité habite nos pays occidentaux. On vient de partout s’installer chez nous. J’apprends tous les jours à vivre et à côtoyer des réalités nouvelles, j’apprends à être un vrai témoin de Jésus en rencontrant diverses gens de toute couleur, race et religion. Ma plus grande espérance est celle que tous ces gens puissent lire en nous l’ouverture et l’accueil de telle sorte qu’ils pourront dire à leur tour  les paroles du chant de Robert Lebel: «Je voudrais qu’en vous voyant vivre, étonnés les gens puissent dire : voyez comme ils s’aiment, voyez leur bonheur.» L’ascension de Jésus a une dimension unique. Jésus a aimé ce monde si divers au point d’y laisser sa vie. Il a accompli sa mission, il possède la qualité même de Dieu qui lui permet maintenant d’être présent partout. Avez-vous le goût de le rejoindre et de marcher à sa suite ? AMEN

Yvon Cousineau. c.s.c.



Homélie du 6e dimanche de Pâques – Année A


Eh bien moi, je vous dis...


La semaine dernière, première annonce pour rassurer ses amis, « Je pars vous préparer une place » et « Je suis le chemin ». Est-ce une réponse suffisante et réconfortante ? C’est déjà beaucoup…Cette semaine, deuxième annonce. Jésus vient nous rassurer davantage. «Je prierai le Père pour qu’il vous donne un autre Défenseur » Avec cette deuxième annonce, Le départ de Jésus se présente moins difficile : il y aura quelqu’un d’autre : une autre personne viendra à la place de Jésus, et cette autre personne prendra le rôle de Défenseur, d’avocat, de Paraclet.

J’imagine que cette annonce a dû un peu, beaucoup, énormément soulager les disciples. Je ne le sais pas… Ce qui est certain c’est qu’une  assurance fait place à l’inquiétude.  Mais qui est-il ce défenseur ? C’est quelqu’un qui vient d’auprès de Dieu pour les réconforter, les soutenir et les accompagner.

Qui est-il ce défenseur ?

Les disciples veulent en savoir davantage sur ce nouveau personnage. Et ils posent des questions à Jésus : «Te ressemblera-t-il ? Aura-t-il tes manières ?» Alors, Jésus précise sa pensée. Il dit « il sera invisible .» Choc terrible! Un être invisible ? Je ne sais pas comment les Apôtres ont accueilli cette réponse de Jésus ? Jésus en ajoute davantage comme si cela ne suffisait pas.  En plus d’être invisible, continue Jésus, Il  habitera dans le cœur et l’esprit des personnes.

Mais qui sera-t- Il ?

Il sera celui qui aidera à voir et à connaître la vérité. Il agira dans le cœur des gens pour les aider à aimer. Et ce défenseur sera toujours là présent, en toutes les circonstances de la vie, et cela, jusqu’à la fin du monde.  Voilà que ces paroles sont réconfortantes et pleines de sens.

Mais comment donc le reconnaître si d’autant plus qu’il est invisible ?

Cherchez-le là où il y a amour et vérité. Cherchez-le partout où quelqu’un cherchera la vérité, il est là. Jésus est bien conscient qu’il demande beaucoup à ses disciples et à nous aussi. Ce sera un changement radical de relation avec lui et son Père : passer d’un être visible à un être invisible c’est tout de même un grand choc, même si cet être invisible est un Dieu.

À nous ici présents à l’eucharistie,  il nous arrive en effet de penser  que nous aimons profondément Dieu et son Envoyé, le Christ, parce que nous avons étudié l’Évangile, parce que nous sommes membres de l’Église, parce que nous prions, parce que nous venons à l’Eucharistie. Toutes ces choses sont louables, nécessaires même, mais insuffisantes pour répondre à toutes les attentes de Dieu sur nous.

Des lignes directrices, des commandements, sont nécessaires pour nous montrer la totalité des exigences de l’amour. Les commandements sont faits pour nous aider à vivre notre vie quotidienne concrète. Comme les lumières de circulation, elles sont là pour nous aider seulement pour nous aider. On peut très bien ne pas observer ces règlements.

Si nous voulons donc vivre une existence chrétienne qui corresponde à ce que le Christ attend de nous, il faudra accepter deux choses : la présence de l’Esprit et l’obéissance aux commandements de Jésus. Pas l’amour seulement, pas les commandements seulement, les deux ensemble.

Dans quelques instants, au cœur de la prière eucharistique, après la consécration du pain et du vin, nous implorerons Dieu de mettre en nous l’Esprit afin d’être «rassemblés en un seul corps» et de pouvoir vivre en d’authentiques disciples du Christ.

Que se réalise notre demande, pour notre plus grand bonheur et pour la gloire de Dieu ! Amen.

PRIÈRE À L’ESPRIT SAINT

Viens, Esprit Saint... 

Tous: Remplis le cœur de tes fidèles et allume en eux le feu de ton amour.

Envoie  ton  Esprit,

Tous: et tout sera créé, et tu renouvelleras la face de la terre.

Prions

Seigneur, qui as enseigné les cœurs de tes fidèles par la lumière du Saint Esprit, donne-nous, par ce même Esprit, de connaître et d’aimer le bien, et de goûter toujours la joie de ses divines consolations. Par Jésus Christ Notre Seigneur. Amen.


Homélie du 4e dimanche de Pâques – Année A


Celui qui entre par la porte...




L’autre jour, lors d’un baptême, une jeune femme regarda quelqu’un en disant: «N’êtes-vous pas monsieur Hétu?».  Voyant son étonnement, elle lui dit qu’elle avait reconnu sa voix et, qui plus est, elle nomma le nom de la compagnie où il travaillait. Comme réceptionniste, elle avait su reconnaître cette voix. Les voix humaines sont familières pour elle.  «Les brebis écoutent sa voix. Il les appelle chacune par son nom».  Reconnaître une voix, c’est un premier pas et suivre le porteur de cette voix est une belle aventure.

Suivre Jésus est une belle aventure pour celle ou celui qui s’y prépare. On ne se lance pas dans un projet sans un minimum de préparations. Nous pouvons être assurés que notre pasteur nous amènera à bon port. Marcher à la suite d’un tel guide, c’est  se mettre à l’écoute de quelqu’un de vrai : «À qui irions-nous, disait saint Pierre à Jésus, tu as les paroles de la vie éternelle?».

Aujourd’hui, il y a d’excellents imitateurs de la voix humaine. Tous connaissent des imitateurs de voix humaines. Quand on aime quelqu’un, quand on a vécu à ses côtés, toute imitation aussi parfaite et proche soit-elle du modèle ne peut être qu’un pâle reflet de la réalité. Nous embarquons dans les pas de Jésus parce que nous sommes certains qu’il est la «voie» qui s’ouvre devant nous et qui peut se refermer pour protéger. Ses paroles d’accueil sont toujours emballantes et invitantes.

Certains meneurs, chefs de file cherchent à garder leurs distances des gens sous leur responsabilité pour ne pas perdre leur autorité. Au contraire, Jésus sait se faire proche, car l’anonymat n’y a pas sa place. Le vrai pasteur, le vrai chef de file connaît les personnes qui lui sont confiées par leur nom. Le pasteur, à la manière de Pierre, dans la deuxième lecture, ose prendre la parole au matin de tous les renouveaux. Il marche à la suite de Jésus, il sait s’asseoir près de ses brebis au risque même de choquer et de déranger à l’exemple du récit de la Samaritaine. Il s’invite chez le pécheur, rappelez-vous l’histoire de Zachée. Le pasteur n’a pas peur de briser les barrières de l’étiquette, de la tradition, rappelez-vous Jésus quand il va chez Matthieu, le collecteur d’impôts. Il va sur les places publiques à la recherche du blessé, du rejeté, du petit. Il rassemble les gens pour qu’ils aient la vie en abondance. Il est un premier de cordée.

Pour y arriver, nous pouvons compter sur le Seigneur, fréquenter quotidiennement la Parole de Dieu et sa table eucharistique. Dieu parle clairement et fort à travers les événements de la vie quotidienne et il ne veut pas construire son Royaume sans nous. Voilà une confiance qu’il met en nous et nous sommes appelés à y répondre.


Et comment reconnaître ces appels?

Ils viennent de tous bords, de tous côtés. Appeler quelqu’un, c’est l’aimer! Et le Seigneur nous aime assez pour nous confier une tâche, une mission, une vocation. Les appels du Seigneur sont multiples et différents : appels à la sainteté, appels à la générosité,  appels à la conversion,  appel à témoigner, appels au pardon, appel au partage, appel particulier au rassemblement. Par exemple, Mère Teresa a été appelée à la sainteté à partir des conseils évangéliques vécus radicalement, alors que Lady Diana aussi noble et merveilleuse soit elle et, sans diminuer son type d’appel, a été appelée à une générosité qui marquera l’histoire. Lequel de ces appels me rejoint le plus dans ce que je vis? Dieu appelle chaque homme, chaque femme par son nom (Isaïe 43, 1). C’est un  appel, une invitation à relayer, à transmettre les appels du Christ. Il est bon de se rappeler que nous sommes tous, par notre baptême, porteurs de ces appels et de bien d’autres que l’Esprit voudra bien insuffler en nous.

Dieu n’appelle pas une seule fois, mais à tous les instants de notre vie. Un appel du Seigneur exige une réponse libre qui témoignera aux yeux du monde de cet amour de Dieu pour l’humanité. Il faudrait faire mentir cet adage : on n’a jamais autant parlé de communication et si peu communiqué.


Les façons de le suivre.

Ce dimanche est celui du Christ Bon pasteur qui appelle. C’est un dimanche très christologique. On en a fait le dimanche des vocations d’une part et d’autre part l’Église nous demande de ne pas oublier que le bon pasteur est celui qui appelle sans cesse à sa manière. Redisons-le, l’Esprit souffle où il veut, quand il veut et comme il veut. Laissons-nous porter par ses surprises qui ont saveur de renouvellement et de créativité bien ancrée dans notre histoire.

Comment répondre à ces différents appels? Qui nous guidera à travers ces appels, qui nous aidera à cheminer, à trouver les façons de suivre ces appels? Quelle voix a-t-il? Quelle voie nous propose-t-il? (Utiliser le jeu de mots à votre convenance: voix et voie). Écoutons-le.

Des ouvriers spécialisés pour la moisson surgiront de tous côtés. La Bonne Nouvelle ne se propage pas seule, elle a besoin de bouches, d’oreilles, d’yeux, de mains et de pieds pour annoncer le règne de Dieu. Être pasteur pour nos sœurs, nos frères, rassembler en son nom, tout abandonner, tout laisser pour suivre le Christ, voilà une belle invitation, un appel clair et tout un défi! Notre Église a un besoin urgent d’ouvriers qui témoignent d’une espérance pleine d’audace. Où sont-ils ces ouvriers de la moisson? Qui continuera au relais à transmettre la Bonne nouvelle?


Suivre Jésus, c'est aussi relayé les appels du Seigneur. Continuer au relais la mission qui a été confiée à l’Église. (Ici, je vous suggère d’allumer un petit cierge au cierge pascal. Nul homme, nulle femme ne réalise complètement ses projets. Il faut que quelqu’un continue au relais en perpétuant, en prolongeant dans l’histoire l’œuvre de Jésus. Le célébrant remet ce cierge allumé à trois ou quatre personnes de sa communauté chrétienne. Celui qui le reçoit le remet à quelqu’un d’autre dans l’assemblée et ainsi de suite affirmant ainsi que nous portons toutes et tous une mission confiée par le Seigneur. S’il y a un jeune séminariste,  une future religieuse ou un futur religieux, le célébrant leur remet d’abord le cierge affirmant ainsi l’appel particulier à aller travailler à la vigne du Seigneur.)


Au moment de notre rencontre intime avec le Seigneur dans le pain que nous recevrons dans quelques instants, rappelons-nous, redisons-nous et retrouvons la mission qui nous a été confiée par le Seigneur. Qui sa mission dans sa famille, qui sa mission dans son entreprise, dans ses études, dans ses relations sociales. À vous de prendre ce moment pour rendre grâce au Seigneur pour sa présence dans votre vie. AMEN



Homélie du 3e dimanche de Pâques – Année A



Une parole qui chemine


Un étranger leur demande : «De quoi parliez-vous en chemin ?» En racontant l’aventure des disciples d’Emmaüs, l’auteur n’a pas voulu faire un reportage, mais une catéchèse présentant un chemin à parcourir pour accéder à la foi. Les faits : ce Jésus de Nazareth puissant par ses actes et ses paroles a été crucifié, est mort, a été enseveli. De plus, les disciples ne l’ont pas vu et le tombeau est vide. Découragés, déprimés, ils essaient de comprendre.

Plusieurs heures à marcher et à parler avec leur Maître sans le reconnaître? Étrange me direz-vous, mais non! Ils étaient tellement contrariés et bouleversés qu’ils étaient aveuglés. Comme le dit l’adage, debout devant l’arbre, la forêt disparaît. 

Aujourd’hui, d’autres disciples de Jésus sont attristés, brisés, abattus. Du côté de Dieu, c’est trop silencieux. Du côté de Jésus, le Royaume de justice et de paix ne semble pas venir. Les justes sont persécutés, les artisans de paix assassinés, les petits et les pauvres souvent exploités. Ce n’est guère brillant! À regarder trop près de nous, nous sommes, à notre tour, aveuglés et nous ne voyons plus les pousses d’espérance nombreuses qui apparaissent un peu partout.

Nous ne reconnaissons que difficilement le Christ à nos côtés et son Esprit ne semble plus agir. Ouvrons nos yeux, tendons l’oreille, l’Esprit Saint est à l’œuvre, il étonne, il surprend. Il travaille à la manière du levain dans la pâte. Discrètement tout lève, prend forme ici et maintenant.

Alors, que faire pour que nos yeux s’ouvrent? Nous faire accompagner dans nos lectures spirituelles, nous inscrire dans un groupe de prière, suivre une session pour étudier la Parole de Dieu. Nous y découvrirons alors un trésor caché et ainsi notre cœur recommencera à brûler, à vibrer, à ressentir cette présence de Dieu dans notre quotidien.

Rappelons-nous qu’à chaque eucharistie nos yeux peuvent s’ouvrir à la fraction du pain. C’est le signe par excellence qui témoigne de sa présence. Levons-nous! Allons raconter à nos frères ce qui se passe sur notre route et comment on peut reconnaître la présence du Ressuscité, pas seulement lors de la fraction du pain, mais dans tous les autres partages.

Rares sont les passages où apparaît Jésus ressuscité,  celui-ci est le dernier, car il précède l’ascension.  Seul Luc parle de cette histoire.  Les disciples d’Emmaüs sont en fait les deux premiers membres de l’Église nommés dans les Écritures. Ils n’ont jamais vraiment vu Jésus, car aussitôt reconnu, Jésus disparaît à leurs regards.  Sur le chemin il reste un étranger. Ils ont perdu la foi… «Quoi de neuf, les gars ?» Jésus les accompagne dans leur cheminement de foi. C’est une approche discrète. Fin psychologue, Jésus les laisse « vider leur cœur », et dire leur tristesse. Cette démarche se fait en trois partages : premier partage, il marche avec eux ; deuxième partage: il les écoute et  échange avec les disciples et le troisième partage : il rompt le pain.

Je dis souvent qu’avant d’entrer en contact avec quelqu’un, « fais un bout de chemin avec lui, après tu pourras entamer une bonne discussion». Avant de discuter, écoute ce qu’il a à te dire. C’est ce qu’a fait Jésus, il a écouté leur désarroi, leur angoisse et leur espérance déçue. Puis, Jésus rompt le pain. Pour lui, le repas est un moment pour se refaire physiquement et spirituellement. Jésus leur laisse comme message que maintenant il faut manger, goûter à sa présence puisqu’il sera toujours avec nous jusqu’à la fin des temps.  Somme toute, après les Écritures et la fraction du pain, c’est la communauté qui naît et qui vit encore aujourd’hui 2 014 années plus tard.

Avez-vous noté que dans le discours de Cléophas, nous retrouvons presque l’intégralité de notre Credo, de l’expression de notre Foi chrétienne. Et pourtant cela ne semble pas transformer Cléophas ; cela ne l’ouvre pas à l’Espérance ! Il «sait», mais il ne «croit» pas, il n’adhère pas à ce qu’il sait. Ce qui attire mon attention, c’est lorsque nous lisons que Jésus fit semblant d’aller plus loin. Sans tout comprendre, les disciples s’efforcèrent de le retenir : « Reste avec nous ». Il en est souvent ainsi pour nous. En effet, nous voudrions entrer en communication profonde avec lui et après avoir communié il nous arrive souvent de vouloir rester en méditation avec lui. «Notre coeur n’était-il pas brûlant en nous, tandis qu’il nous parlait sur la route, et qu’il nous faisait comprendre les Écritures ? »

C’est vrai ! le Seigneur est ressuscité : il est apparu à Simon-Pierre et aux Douze. À leur tour, ils racontaient ce qui s’était passé sur la route, et comment ils l’avaient reconnu quand il avait rompu le pain. À nous de faire grandir cette parole et de la communiquer tout autour de nous.


Chaque célébration eucharistique nous permet de revivre le récit d’Emmaüs et de l’actualiser pour nous. Nous avons «marché» pour venir dans cette église, nous disons à Jésus la peine et l’angoisse qui nous habite en accueillant son pardon, nous écoutons la Parole de Dieu et nous découvrons sa Présence lorsque nous partageons le pain. Nous aussi, à la manière des disciples d’Emmaüs, nous pouvons repartir tout ragaillardis vers nos sœurs et nos frères. AMEN.


Homélie du 2e dimanche de Pâques – Année A


La joie de croire


Tu es exceptionnel Thomas, tu es reconnu dans l’histoire pour ton manque de foi. Tu nous ressembles tellement et tu es fort sympathique, tu es tellement comme l’un de nous.

Thomas est comme l’homme d’aujourd’hui, d’hier et de demain, il a besoin de toucher pour croire. Nous voulons tout expliquer par une démarche scientifique, nous sommes d’une époque rationnelle qui exige une réponse logique à toutes nos questions : vérifier les résultats, étayer les preuves, garantir les certitudes. Et pourtant nous le savons, il y a la certitude de foi, qui, elle est tout aussi forte que toutes les sciences confondues.

Jésus nous redit à nous, bien assis sur nos convictions: « Heureux ceux qui, sans avoir vu, ont cru!» Et nous voilà tous concernés par cette remarque. Saint Jean, qui a rédigé son évangile autour de l’année 105, s’adresse à une génération de chrétiens qui n’ont pas rencontré Jésus de son vivant. Certains, n’ont même pas dû rencontrer des gens qui eux-mêmes avaient côtoyé Jésus. Cela me fait penser à l’expression populaire : « l’homme qui a vu l’homme qui a vu l’ours... Et bien maintenant, c’est l’homme qui a vu l’homme qui a vu l’homme... qui a vu Jésus et qui a cru!

Faire écouter le chant : « Je cherche le visage… », puis vous continuez votre réflexion. Certes, la foi est difficile; elle l’a toujours été. Elle l’était lors des apparitions du Ressuscité ; elle l’était même du vivant de Jésus sur terre, et même pour ceux qui étaient témoins de ses miracles et de ses guérisons. Beaucoup rentraient chez eux en disant : «Nous avons vu aujourd’hui des choses extraordinaires !» puis, malgré cette belle rencontre, plusieurs reprenaient le quotidien habituel tout en se rappelant un peu cet événement.

Nous côtoyons, 2014 années plus tard, les mêmes merveilles de Dieu, spécialement lorsque nous recevons le Corps du Christ Ressuscité puis, nous aussi il nous arrive de reprendre le quotidien habituel malgré cette belle rencontre dans l’eucharistie.

C’est alors que Dieu, parfois, nous paraît lointain, insaisissable, voire même inaccessible, même si pour rien au monde nous ne voudrions le perdre. C’est alors aussi que la voix de Jésus en nous s’estompe, même si, un moment donné, elle nous a touchés. Il est vrai que nous portons une part de responsabilité lorsque Dieu, chez nous, devient l’étranger. Nous sommes toujours tentés de chercher Dieu ailleurs, très loin, dans l’impossible, alors que Dieu nous attend déjà à l’endroit où il nous a placés pour que nous portions du fruit.

N’épuisons pas nos forces à vouloir toucher les choses de Dieu, comme Thomas les plaies de Jésus, qui étaient déjà des plaies de gloire. Ce n’est pas le toucher qui a convaincu Thomas de la réalité de la résurrection de Jésus.

C’est sa voix ! C’est sa parole !

Nos mains ne peuvent saisir Dieu, notre cœur ne peut l’enfermer, notre intelligence n’arrivera jamais à épuiser son mystère et les yeux que nous avons sont incapables de supporter sa gloire, sa lumière divine, tout comme Moïse se cachait le visage, car il craignait de regarder Dieu. Jésus a transformé et transforme notre impuissance en béatitude : « Bienheureux ceux qui croient sans avoir vu »

Nous pouvons reprendre le chant : « Je cherche le visage… »

Or, Thomas est appelé Didyme, ce qui signifie le jumeau. C’est notre jumeau à nous, premier d’une longue lignée de croyants incrédules, qui, jusqu’à nos jours, reste ininterrompue. Thomas, c’est l’exemple du croyant d’après la résurrection. Comme lui, il nous arrive de douter et de réclamer des preuves! Thomas est de ceux qui se méfient quand cela paraît trop beau. Il nous ressemble beaucoup, n’est-ce pas ?

Nous pouvons entendre la voix du Seigneur, que cette longue cohorte de croyants nous ont transmis à travers le temps jusqu’à nous aujourd’hui…

Ce que Jésus Christ attend de nous, là où nous servons, là où nous peinons, là où nous cheminons sans voir, c’est la réponse si vraie, si simple et si heureuse de Thomas : « Mon Seigneur et mon Dieu ! »  Admirez la chaleur de la rencontre : pas de jugement de la part de Jésus, pas de condamnation, pas même de réprimande.

Jésus sait combien il est difficile de croire que le chemin qu’il a ouvert peut conduire au-delà de la mort. C’est ainsi qu’il appelle ses disciples à « devenir des hommes de foi ». Un texte apocryphe, les Actes de Thomas, raconte que Thomas est parti ensuite, très loin, jusqu’en Inde, témoigner de cette foi qui est désormais en lui jusqu’aux confins du monde. Et nous ? Que faisons-nous ? Je ne suis pas en train de vous dire qu’il vous faut tous, tout de suite, faire vos bagages pour l’inconnu! Il est bon de nous poser cette question : qu’est-ce que ça change, ici et maintenant, dans ma vie, de croire et surtout de croire sans avoir vu? La réponse, à cette question, elle est strictement personnelle. Elle est le résultat de notre rencontre, toujours personnelle, avec Jésus.

Notre époque cherche des signes de vie et de résurrection. Qui les lui donnera si ce n’est celles et ceux qui ont approché le Christ et qui reflètent, diffusent sa lumière ? Le seul évangile que beaucoup de vos contemporains pourront lire, c’est vous, c’est votre témoignage, c’est votre vie ! Il est des événements que la raison ne comprend pas, mais que seul le cœur peut saisir ! AMEN.

YVON COUSINEAU, C.S.C.



Pâques Année A


LE GRAND PASSAGE


Deux touristes se tiennent ébahis devant la Basilique Notre-Dame de Paris. L’un deux demanda : «Pourquoi ne pouvons-nous pas bâtir d’autres cathédrales comme celle-ci en 2014?» Son ami lui répond : « Jadis, on avait la foi, aujourd’hui on a que des hypothèses» .

Croire en Jésus ressuscité n’est pas une jouissante hypothèse, mais une joie que nous avons en ce jour à chanter, à proclamer à celles et ceux qui nous entourent à commencer par notre époux, notre épouse, nos enfants, voisins, amis. collègues de travail et compagnons d’études. Christ est ressuscité, ALLÉLUIA !

Prenons le temps comme assemblé ici réuni dans cette église pour, à notre tour chanter notre allégresse de croire en ce Jésus toujours vivant. Affirmons et disons haut et fort notre foi : «CHRIST EST RESSUSCITÉ ALLÉLUIA» après chacune de ces invocations.

Voici le jour de la Résurrection.

«CHRIST EST RESSUSCITÉ ALLÉLUIA»

Voici la lumière de notre joie !

«CHRIST EST RESSUSCITÉ ALLÉLUIA»)

Voici la Pâque du Seigneur !

«CHRIST EST RESSUSCITÉ ALLÉLUIA»

Le Christ nous a fait passer de la mort à la vie

«CHRIST EST RESSUSCITÉ ALLÉLUIA»

Le Christ nous a fait passer de la terre aux cieux !

«CHRIST EST RESSUSCITÉ ALLÉLUIA»

Le Christ est ressuscité !

«CHRIST EST RESSUSCITÉ ALLÉLUIA»

Il existe un kérygme que nous trouvons dans les Actes des apôtres et qui a traversé le temps jusqu’à nous ici et maintenant à ( dire l’heure exacte où vous dites ces paroles ) : Pierre disait : «Jésus de Nazareth, qui faisait le bien là où il passait, ils l’ont fait mourir sur la croix et Dieu l’a ressuscité. Il nous a chargés de l’annoncer». C’est ce que nous avons fait il y a quelques instants. C'est une fête qui se renouvelle d'année en année. Et au matin de Pâques, nous fêtons le Christ qui est «passé» de la mort à la Vie.

Voilà le mot à retenir pour cette semaine: « P A S S A G E »

Des passages, il y en a beaucoup dans notre existence. Ils sont parfois célébrés par une belle fête.

Passage de sein de notre mère dans la vie humaine.

Passage de l'enfance à l'adolescence puis à l'âge adulte.

Certains sont appelés à subir des examens de passage pour entrer dans les grandes écoles.

Il y aura des passages qui mèneront d'une vie de célibataire à une vie conjugale ou une vie religieuse consacrée.

Plus tard encore, ce sera le passage d'une vie active à la retraite.

Puis, arrivés au terme de notre vie terrestre, ce sera notre envol, notre passage vers la Maison du Père.

Toute une vie pour nous préparer à ce grand passage de la mort à la Vie grâce à Jésus.


Il y a un verbe qui revient souvent dans l’évangile de saint Jean aujourd’hui : COURIR

Tout le monde court : Marie-Madeleine court au tombeau. Elle court avertir Pierre et le disciple que Jésus aimait.

Apprenant la nouvelle, Pierre et Jean courent eux aussi, mais ce dernier court plus vite que Pierre, parce qu’il est plus jeune. Ici, le verbe courir est synonyme du verbe aimer. Plus on aime, plus on veut se rapprocher rapidement de l’Être aimé. Ainsi en est-il de chacun de nous, apprenons à courir vers le Seigneur selon notre rythme et notre amour que nous éprouvons pour lui.

C’est par Ève que la mort est entrée dans le monde et c’est par le « oui » de Marie que Dieu s’est fait homme. Avez-vous remarqué que ce sont les femmes qui sont restées fidèles jusqu’à la croix. Elles sont là au moment primordial. Les hommes, eux, ont trahi leur mission, renié leur Seigneur et même se sont enfouis. Les femmes sont restées fidèles remplies d’espérance et ce sont elles qui reconnaissent d’un seul trait le Christ alors que les apôtres ont beaucoup douté.

C’est encore une femme, Marie-Madeleine qui se lève tôt pour aller au tombeau et qui sera la première à constater … que la pierre est roulée. Elle dit là quelque chose d’essentiel : « nous /ne /savons /pas ...» En effet, il ne s’agit pas de savoir, mais de croire. La résurrection n’est pas une connaissance à acquérir, mais regard différent à poser sur le monde.


Un regard éteint ou un regard allumé ! Sommes-nous Pierre ou Paul ?

Pierre entre dans le tombeau, voit les linges et le suaire. Il s’attarde à ce qui est visible à ce qui attire de prime abord. Ce qu’il voit, c’est l’absence de Jésus. Jean lui, se penche et contemple le linceul resté là. Il est illuminé et voit que la mort a été vaincue. « Il vit... et il crut ». Pour lui, l’essentiel est invisible pour les yeux, comme le disait le Petit Prince. Il a vu la même chose que Pierre et son coeur a perçu ce que les yeux de la foi peuvent contempler: la résurrection. Pour Pierre tout était fini, perdu alors que pour Jean tout commence, tout change. En Jésus la vie a le dernier mot.. C’est la victoire du Vivant sur la mort et le péché.

Être témoins de Pâques, c’est laisser voir les traces du Ressuscité, c’est-à-dire faire reculer toutes les formes de mort et de néant dans nos vies et dans celles de nos frères et soeurs. Alors la Résurrection ne sera plus un mythe. Nous sommes témoins de la résurrection chaque fois que nous parions pour la vie et pour l’avenir contre la désespérance.

Nous sommes témoins de la résurrection chaque fois que nous aidons quelqu’un à se tenir debout et à regarder la lumière qui pointe au bout du tunnel.

Nous sommes témoins de la résurrection chaque fois que nous avons un penchant pour le pauvre et le petit à la manière de Jésus et ainsi nous sommes artisans d’un monde plus juste et pacifique. AMEN

Yvon Cousineau, c.s.c.


Homélie du 5e dimanche du Carême – Année A




Mercredi dernier, en préparant l’homélie, j’ai parcouru sur internet ce qui y est dit sur la mort, la différence entre la mort clinique et la mort cérébrale, l’expérience de la mort imminente et l’instant de la mort et de son irréversibilité. Mais qu’en est-il vraiment ?

Puis, je suis retourné à l’évangile.

C'est le septième et dernier signe accompli par Jésus que rapporte Saint-Jean. Jésus ici ne change pas l’eau en vin, il transforme la mort en vie. Trois récits de résurrection sont mentionnés dans le Nouveau Testament.

Saviez-vous que les quatre jours que mentionne l’évangile ne sont pas un chiffre au hasard, car dans la tradition rabbinique c’est le temps requis pour l’âme pour quitter le corps ?

Vous avez souvent entendu dire cette expression : «Personne n’est revenu de l’autre côté.» Vis-à-vis l’inconnu, face à la tristesse du départ d’un être cher, y a-t-il une espérance ou bien seulement larmes et questions sans réponse.

Marthe et Marie nous ressemblent à bien des égards. Ils vont le rencontrer, lui reprochent de ne pas avoir été là au bon moment. Et pourtant semblent dire les deux soeurs : « Avec lui, on ne sait jamais.»

Marthe s'imagine que Jésus peut tout. Elle croit à la résurrection, mais cette éventualité ne la console pas du tout, car elle est dans la douleur. Cela nous ressemble aujourd’hui quand nous avons un être cher nous quitte. Même si la résurrection n’est pas une pure hypothèse, une jouissance logique, mais une certitude de foi, nous n’en restons pas moins tristes devant l’inéluctable. Elle veut un signe pour qu'elle mette un lien entre ces deux réalités. Pas si différent la réaction de nos contemporains face à la mort.

Pour Marie comme pour Jésus, le silence dit plus que toutes les paroles d’espérance. Jésus se tait et pleure avec ceux qui pleurent. Jésus accomplira le signe tant attendu pour qu'ils croient que tout n'est pas fini.

La mort est appréhendée avec nos sens, «il sent» J’aime bien ce passage, il est cru, il est vrai. Nous aussi nous connaîtrons la corruption. Ici, il n’y a aucun artifice pour cacher la réalité de la mort comme nous faisons aujourd’hui. Elle est bien là devant eux.

Encore une fois, c’est plein d’un réalisme qui ne met pas tout de suite en face deux la réalité de la résurrection. Jésus se tourne d'abord vers son Père et dans une prière atteste qu'il n'agit que par lui afin que l'on croie en lui. Lazare est empêtré dans son suaire et ses bandelettes.  On l'en délivre. Les gens lui  obéissent et doivent défaire tout ce qu'ils ont fait. À sa parole, on enlève la pierre. Voilà ce qu’est la foi, c'est défaire tout ce qu'on a tissé de certitude. La foi surprend, étonne et permet de vivre autrement de grands gestes. Les gens obéissent et beaucoup croient, c'est-à-dire acceptent Jésus comme l’envoyé du Père.

Nous marchons vers Pâques et ce texte nous prépare à recevoir dans la foi l'événement de la résurrection. La différence avec Lazare, c’est qu’il retourne à la vie biologique. Il mourra un jour une deuxième fois. Jésus ressuscité ne revient pas à la vie, car la mort n'a plus d’emprise sur lui. On assiste à la résurrection de Lazare, on participera désormais à la vie du Ressuscité. Comme le disait Doris Lussier, « ce n’est pas un mortel qui disparaît, c’est un immortel qui commence ». La résurrection c'est une réalité que nous possédons depuis notre baptême.

Le sommet de cette page d’Évangile est sans doute dans cette affirmation : « Je suis la résurrection et la vie. Celui qui croit en moi ne mourra jamais ». Que Dieu soit le vainqueur de la mort, cette idée a fait son chemin depuis l’Ancien Testament. Isaïe attend de Dieu qu’il fasse disparaître la mort à tout jamais, qu’il essuie les pleurs sur les visages (Is 25, 8). Daniel prévoit que les morts se réveilleront pour la vie. (Dn 12, 2). La vision d’Ézéchiel « Je vais ouvrir vos tombeaux et je vous en ferai sortir... Je mettrai en vous mon esprit, et vous vivrez ». C’est que dit la lettre aux Hébreux : « Or la foi est la garantie des biens que l’on espère, la preuve des réalités qu’on ne voit pas ». 

L’histoire de Lazare devrait être comme une réalité bien vivante pour chacun de nous. Elle est une espérance.

Il y a trois dimanches, c’était la rencontre avec la samaritaine, on y a rencontré celui qui est source d’eau vive: Jésus. Puis, ce fut la guérison avec l’aveugle né : on y découvre on y a rencontré celui qui est lumière du monde. Et aujourd’hui par le retour à la vie de Lazare on y découvre Jésus porteur des paroles de vie éternelle. Bien sûr, Jésus n’éclate pas de joie en apprenant la mort de Lazare, mais il veut lui redonner beaucoup plus que la santé, il veut lui redonner la vie. Il laisse la vie accomplir son œuvre jusqu’à la mort. Tout cet événement le touche grandement : « alors Jésus pleura » (v.35). Il est humain, il nous ressemble. Les témoins comprennent que les larmes de Jésus révèlent la profondeur de son amour : « Voyez comme il l’aimait ! »

Marthe et Marie sont invitées à croire que Jésus peut faire l’impossible, ramener un mort à la vie. Jésus est plus qu’un prophète, il est la vie même.

La foi chrétienne repose sur l’espérance de la Résurrection. L’Église est née de la foi en ce que le Christ est ressuscité. La résurrection, dans laquelle l’Église croit, embrasse le corps aussi bien que l’âme. La résurrection n’est donc pas la vie éternelle de l’âme sans le corps. C’est le retour à la vie originelle et éternelle, telle qu’elle a été conçue par Dieu au moment de la création de l’homme.

La mort n’est pas irréversible pour nous. Elle est passagère, elle est détruite par la force de Dieu qui du néant a fait naître un univers d’une immensité et d’une diversité vertigineuses. Si Dieu a pu faire naître la vie du néant, faire apparaître la conscience et l’intelligence à partir de rien, ce même Dieu peut aussi ramener à la vie l’œuvre de ses mains. AMEN


YVON COUSINEAU C.S.C.


Homélie du 3e dimanche du Carême – Année A


Donne-moi à boire



Saint Jean a écrit de belles pages dans son évangile. L’histoire de ce jour est vraiment inoubliable, concrète et très parlante.

Fermons les yeux et transportons-nous en Samarie. Nous sommes installés pas très loin d’un puits et nous voyons cette scène de l’évangile. C’était la sixième heure, c’est-à-dire vers midi, il fait chaud et Jésus est fatigué, épuisé par une longue marche et il a soif. Quoi de plus normal. De plus, c’est terrible d’avoir soif devant un puits quand on a pas de cruche  pour puiser l’eau. Près de lui, une femme, la Samaritaine vient puiser l’eau si vitale pour sa vie et pour les siens. Ce qui étrange, c'est qu'elle vient puiser de l'eau en plein milieu du jour où le soleil est à son zénith. Pourquoi fait-elle cela le matin plutôt qu’en fin de journée quand le soleil est moins ardent? La samaritaine n’a pas le choix, car probablement elle n’est pas la bienvenue avec les autres femmes à cause de son choix de vie. Et poutant Jésus de lui dire : « Donne-moi à boire ».

Ce qui est clair, c’est que tous les deux ont soif, mais de quelle soif s'agit-il ? Saint Jean nous suggère au-delà de cette soif d'eau, une autre soif. On comprend mieux quand nous apprenons que cette femme a eu une vie amoureuse plutôt mouvementée. Elle batifolait d’une branche à l’autre, car elle voulait aimer et être aimée. Personne n'avait pu combler sa soif et elle-même n'avait pu désaltérer la soif de personne, elle qui avait connu six hommes différents alors qu’on pouvait tolérer que trois mariages successifs. Elle connaît donc le rejet, la frustration et le vide amoureux en elle. C’est alors que  Jésus lui révèle quelle est l'eau capable de désaltérer sa soif fondamentale et qu'aucun homme ne pourra lui donner, cette eau qu'elle n'avait même pas eu idée de demander: c'est le don de Dieu. Ainsi Jésus transgresse trois tabous : racial, religieux et sexuel. Il est l’homme qui va au-delà des étiquettes et ne croit pas aux blocages définitifs. Avec Jésus tout est possible.

Point de morale de la part de Jésus. L’échange prend tout à coup une tournure inattendue. Jésus lui parle de son comportement déviant, alors qu'il ne l’avait jamais rencontrée. Cette femme voit en lui un grand prophète. Sa soif n'était pas seulement matérielle ou sentimentale, mais spirituelle. On pourrait dire qu’elle est allée puiser au fond d’elle-même les ressources et les forces qui lui restaient pour orienter sa vie vers le vrai Dieu, reconnaître celui qui est devant elle et adorer le Père en Esprit et vérité.

L’eau vive, c’est ce don que nous recevons au baptême. Ce que le Père cherche en ceux qui sont baptisés, c'est l'Action de grâce, non pas du bout des lèvres uniquement, mais dans notre vie tout entière, toujours et partout.

À la fin de cet échange avec Jésus, elle abandonne la cruche puisqu'elle n'en a plus besoin (v. 4, 15). Elle s’en remet à celui qui vient combler sa soif.

En demandant à la Samaritaine de lui donner à boire, Jésus lui faisait le don de la foi. Puisse ce désir de Jésus se réaliser aussi en nous. Aujourd’hui se vit encore cette recherche de Dieu, notre société cherche à apaiser cette soif. Dieu seul peut combler notre besoin infini qui est en nous. «Seigneur donne-moi de cette eau», et j’irai à mon tour annoncer la bonne nouvelle à tous ceux que tu m’as confiés. À chacun de profiter de ce temps de Carême pour y répondre en vérité. Amen



Citations


« Il faut boire l'eau en pensant à sa source. »

Proverbe chinois



Homélie du 2e dimanche du Carême – Année A


Il faut oser parler, pourquoi pas


Chaque année, nous avons ce récit de la Transfiguration. Cet événement se situe après la profession de foi de Pierre suivie d’une première annonce de la Passion et de la Résurrection.


Six jours plus tard, Jésus prend avec lui Pierre, Jacques et Jean, il les emmène sur une haute montagne, une montagne où il sera transfiguré. Nous sommes touchés par ce beau moment de grâce, mais il y a aussi une autre transfiguration, celle plus douloureuse de son agonie qui arrivera bientôt. C’est Jésus transfiguré avant d’être défiguré !

Il est difficile d’expliquer un tel événement, surtout que personne n’a vécu un tel moment de grâce avant ces trois apôtres. Les mots leur manquent. Tout s’explique par les images que Matthieu choisit. L'image de la montagne, haut lieu de la présence de Dieu. L’éclatant visage de Jésus comme le soleil, ses vêtements blancs, l'image de la nuée. Bref, montagne, illumination, blancheur, nuée. Maintes fois, ces phénomènes côtoient les apparitions divines.



Oui, ce Jésus est plus qu’un prophète, il vient d'en haut pour annoncer le Règne de Dieu. Qui plus est, Moïse et Élie échange avec lui, Il est celui dont tout l'Ancien Testament préparait la venue, celui qu'on attendait. Et pour clore le tout, à leur grand étonnement, Dieu proclame que c’est son Fils bien-aimé et que nous pouvons l’écouter sans aucune crainte.

Ce grand moment dans la vie de Pierre, Jean, Jacques fait entrevoir à ses apôtres sa résurrection et que même dans les moments difficiles, il y a une lumière, que la mort de Jésus se changera en lumière et en vie éternelle.

Et Jésus s’adresse à nous dans cet évangile. En deux mots, il nous remet en route vers l’essentiel: «Écoutez-le». Nous pouvons écouter en toute confiance ici et maintenant.

Vous êtes plusieurs ici à croire en Jésus? Avez-vous raison contre tout le monde ? Les chrétiens sont-ils tous des naïfs et que tout cela est une pure invention humaine? Vous êtes sur le bon chemin. Dieu vient nous dire que nous avons raison de croire en lui. Suivez son chemin, c'est un chemin de vie. Avoir la foi, c'est adhérer à la personne de Jésus, cest lui  faire confiance. L’évangile ajoute qu’en descendant de la montagne il donna l’ordre à ses disciples de ne parler de cette vision à personne, si ce n’est après sa Résurrection.

Nous sommes, nous aussi, les fils bien-aimés de Dieu. La vie de Jésus est une histoire sacrée et la nôtre le devient à son contact.  Nous pouvons transfigurer notre entourage par une parole lumineuse, une action qui peut changer le coeur de quelqu’un. Maintenant, il faut oser parler, oser dire Jésus Christ et son message. Fini le temps de se taire, levons-nous et prenons la parole.

Notre monde est défiguré par la violence, les horreurs de la guerre, mais l’espérance habite le coeur du chrétien. Ouvrez l’oeil de votre coeur et vous verrez que le monde est aussi plein de beauté. Pouvez-vous nommer dans votre entourage des gens qui sont lumière par leur courage, leur façon d’aimer à la manière de Jésus en ayant un penchant pour le petit, le pauvre, le rejeté et le malade. Ce sont les bâtisseurs et les vrais artisans de paix et d’amour.


Dans votre coeur, il y a toujours une étoile qui illumine. Vous pouvez prendre une pomme et la couper en deux entre l’oeil et le pédoncule et vous verrez une étoile. Il faut accepter de s’ouvrir à l’autre pour qu’il puisse percevoir l’étoile qui nous habite: Jésus.

Le Psaume 32 nous rappelle également que Dieu  «veille sur ceux qui mettent leur espoir en son amour. Il est pour nous un appui, un bouclier!»




Yvon Cousineau, c.s.c.


Homélie du 1er dimanche du Carême – Année A


Il est des nôtres


À partir du mercredi des cendres, le cycle des «dimanches ordinaires» est interrompu. Nous le reprendrons dans trois mois et demi, après la Pentecôte. Nous allons maintenant vivre un temps privilégié, celui du «cycle pascal», qui comprend le temps du Carême et le temps de Pâques.

L’Esprit Saint conduit Jésus conduit Jésus au désert, il jeûne. C’est le début de sa mission, Il n’a pas encore choisi ses disciples ni rassembler des foules. Il vient tout juste de recevoir le baptême de Jean. Que se passera-t-il avec lui ?

Matthieu rappelle le défi qui sera au cœur de toute l’existence de Jésus. À quoi dois-je obéir ? Va-t-il changer les pierres en pain ? Va-t-il se jeter en bas du Temple juste pour voir s’il est vraiment Fils de Dieu? Va-t-il ressembler à tous ces grands de ce monde en recherche d’un pouvoir temporel?

Ce qui est clair c’est que Jésus ne veut forcer personne à croire en lui. Sans hésitation, il refuse Satan. Il veut rencontrer tous ceux qui souffrent dans tout leur être. Il veut marcher avec l’humanité, il ouvre le cœur, patiemment, il répand une parole qu’il veut voir se propager à travers le monde entier, comme le grain en terre, il en espère la croissance. Jésus veut que l’homme réponde librement à son invitation, il  ne court pas vers une gloire éphémère. Comme le dira saint Paul le Vendredi Saint, « Lui qui est de condition divine n’a pas considéré comme une proie à saisir d’être l’égal de Dieu. Mais il s’est dépouillé, prenant la condition de serviteur » (Philippiens 2, 5-6).

L’homme a manqué de confiance en Dieu tout au long de son histoire. Notre orgueil a abîmé et abîme encore notre confiance en Dieu. Faire alliance avec Dieu, c’est accepter de recevoir, alors que l’homme veut bâtir sa vie à sa manière en comptant que sur ses forces. Cette attitude fut celle d’Adam et la nôtre aujourd’hui.

Notre histoire est sainte parce que Dieu a voulu en faire partie. Il connaît nos forces et nos faiblesses. Tout comme un père, il ne peut renier ses enfants.

Jésus a vécu le quotidien de son peuple avec ses grandeurs et ses faiblesses,  il a fêté avec les siens les événements habituels d’une vie humaine. Il a connu des gens qui rendaient compliqué ce qui était simple.  Il a certes payé ses impôts et a connu l’occupation romaine. Bref, il était vraiment des nôtres. Qui plus est, il a admiré la foi d’un centurion de l’armée romaine, pardonné et guéri les malades. Ce Jésus ressuscité, c’est l’humanité nouvelle. marchons dans ses pas. Il a ouvert le chemin. Ce qui est imparfait dans l’homme reçoit par Jésus son plein épanouissement.

Laissons-nous toucher par sa manière d’être. Aimer Dieu à la manière de Jésus, le reconnaître dans nos soeurs et frères, voilà tout un défi. Nous n’avons pas à imposer la Parole de Dieu, sa bonne nouvelle, mais à faire en sorte que les gens qui nous sont confiés reconnaissent en nous cette présence vivante du ressuscité toujours agissant dans la cité.

Un de mes professeurs me disait : «Festina lente», hâtez-vous lentement. Jésus est à nos côtés, il marche avec nous au  rythme qui est le sien. On ne peut pas tirer sur une tige pour qu’apparaisse plus vite la fleur. Dieu y verra, il fera germer le grain en temps voulu qui transfigurera notre existence.

Aujourd’hui encore et encore, l’adversaire de Dieu attaque le croyant dans sa qualité de croyant, en le persuadant qu’il suffit de se contenter des nourritures terrestres: la gloire, les voyages, les études, la carrière, le sport, l’argent et  le pouvoir. Face à cette recherche de liberté absolue et de satisfaction personnelle, le Christ nous rappelle que ce n’est pas uniquement de pain que l’homme doit vivre,  mais de toute parole qui sort de la bouche de Dieu.

Platon disait: « La plus grande victoire, c’est la conquête de soi-même».  C’est toujours vrai.

QUE FAIRE ?

Appelle quelqu’un qui est seul et dit lui: « Je suis libre demain, je vais prendre un lunch avec toi.

Ou encore, je vais prendre une bonne marche avec toi ou faire des commissions.

Souris davantage,

Lis les évangiles.

Pardonne à un ennemi.

Aime quelqu’un qui ne mérite pas cet amour.

Arrête de boire, de fumer, perds du poids.

Sois gentil quand tu le peux.

Un jour à la fois, c’est tout une œuvre d’art…


Un pèlerin demanda un jour à Mère Teresa : Qu’est-ce qui ne va pas dans l’Église ? Elle répondit : «Vous et moi, parce que nous sommes l’Église.»


Homélie du 8e dimanche du temps ordinaire – A

Dimanche le 2 mars 2014


Tout un discours, toujours vrai aujourd’hui




La liturgie nous présente encore et avec joie le discours sur la montagne. Rappelez-vous les grands moments de notre histoire sainte ont lieu sur une montagne : Thabor, Sinaï, Mont des béatitudes, le Calvaire, etc. Quand nous parlons de montagnes, viennent à l’esprit les mots : hauteur, obstacle, beauté, puissance. Depuis le début de l’humanité, la montagne est un lieu de rencontre entre terre et ciel, un lieu où s’enracine de grandes expériences, de révélation et de rencontre avec Dieu comme avec soi-même  bref un haut lieu de spiritualité.



L’auteur de cette partie attire notre attention vers la création, comme signe et présence de Dieu. Jésus nous invite à faire confiance au grand Architecte de l’univers. Il nous invite à regarder plus haut et à retrouver dans notre coeur l'abandon confiant. Un proverbe chinois dit : «Quand le sage montre la lune avec le doigt, le crétin regarde le doigt.» Ouvrons notre coeur et que notre intelligence en soit transformée.

Assurément la nourriture et le vêtement, mais plus encore  l’expérience de l'amour paternel de Dieu qui prend soin de ses enfants au-delà de toute attente humaine.

À la suite d’Isaïe de la première lecture, nous pouvons dire que l'attention de Dieu pour l'homme dépasse celle d'une mère. « Qu’est-ce que l’homme pour que Dieu en prenne soin ?» (Ps 144/3). Une amie du troisième âge, touchée par plusieurs deuils successifs, me rappelait ces paroles d’Isaïe. La voici seule devant ces épreuves. Que dire ? Que répondre? La parole de foi est celle d’Isaïe : «Est-ce qu’une femme peut oublier son petit enfant, ne pas chérir le fils de ses entrailles ? Même si elle pouvait l’oublier, moi je ne t’oublierai pas, dit le Seigneur». Ce qu’a vécu cette personne se répète tous les jours. Et le psaume de rajouter: «Je n’ai de repos qu’en Dieu seul. Ces textes tout comme l’évangile peuvent nous apparaître excessifs et même naïfs. Cessons de nous faire tant de soucis pour nos vêtements et notre corps sans toutefois tomber dans l’insouciance comme les oiseaux du ciel et les lis des champs. La pointe de cette leçon est «Cherchez d’abord le Royaume de Dieu et sa justice.» C’est plus qu’une comparaison, c’est un conseil que donne le Seigneur à ses disciples.Il ne s’agit pas ici de mal se nourrir, de porter des vêtements déchirés, de négliger la culture et les activités de loisirs, mais bien de ne pas reléguer l’essentiel à la dernière place ou de ne lui réserver que des miettes.

N’oublions pas que cet extrait de l’Évangile s'ouvre avec un avertissement sévère: personne ne peut servir deux maîtres à la fois, parce que l’on finira irrémédiablement par aimer l’un et détester l'autre. Cette Parole est aujourd’hui d’une actualité étonnante! Choisissons la liberté et non l’esclavage, choisissons le Seigneur et nous expérimenterons que le seul vrai guide qui nous fait croître est le Dieu de Jésus, le Dieu de la Vie.

La moindre personne qui possède le début d’un soupçon d’intelligence ne peut penser qu’un objet matériel puisse changer quelque chose à ce qu'elle est ? Accordons de temps pour rencontrer le Seigneur, l’écouter, s’imprégner de sa pensée, de ses conseils ? Il est impossible de vivre sa foi sans la nourrir, l’éclairer, la rafraîchir.



Homélie du 7e dimanche du temps ordinaire – A

Dimanche le 23 février 2014


On en a fait du chemin depuis ce temps !


Oui, on en a fait du chemin depuis le temps où on se vengeait d’une simple peccadille par une vengeance doublée, triplée, que dis-je au centuple. Rappelons-nous le chant de Lamek «Oui, j’ai tué un homme pour une blessure, un enfant pour une meurtrissure. Oui, Caïn sera vengé 7 fois, mais Lamek 77 fois » (Gn 4,23-24). Puis la loi du talion qui fut aux dires de certains un grand progrès. «Œil pour œil, dent pour dent » (Ex 21,24). Cet équilibre de la loi du talion consiste en un effet de miroir, mais en Jésus, c’est la loi de l’amour affirmant la liberté du sujet. L’initiative de l’amour doit alors être menée à son terme.

Combien entendons-nous dire même aujourd’hui cette vieille loi qui enseigne «dent pour dent, oeil pour oeil» remonte au Code d’Hammurabi ( 4300 av.J.C.) Jésus rappelle cela comme un chemin vers la modération (18e siècle av. J.-C.). Avons-nous réellement fait autant de progrès, j’ai bien peur que non.

Voici quelques éléments de recherche : le mot « amour» apparait 500 fois dans les Écritures saintes. La haine, le rejet, l’agressivité, les guerres paralysent la vie et l’amour est une fleur qui ne demande qu’à s’épanouir. Cela ne se fait pas du jour au lendemain.

Tout recommence en Jésus, tout s’entoure de tendresse et de compassion. Le regard de Jésus est celui de son Père, un regard lent à la colère et plein d’amour. On dit que Dieu nous voit non pas comme nous sommes, mais comme nous pourrions être c’est-à-dire comme des saints. Est-ce utopique de la part de Dieu. Vous le savez tout est possible en Dieu.

« Il a été dit… Eh bien moi, je vous dis ». Quand on sait que ce « il » désigne Dieu lui-même, on se dit : «Quelle audace !» de la part de Jésus. Ou bien il est inconscient de son blasphème et les pharisiens trouveront prétexte pour le condamner (Mt 26, 65) ou bien il est réellement Dieu. Et nous savons qu’il est Fils de Dieu.

Son appel conduit à un amour parfait qui va même jusqu’à aimer nos ennemis. Nous ne pouvons pas réaliser cet amour par notre seul pouvoir, mais seulement par la grâce de Dieu. Et la grâce surabonde.

En grec, nous avons trois mots pour designer «amour». D’abord «éros», c’est-à-dire «attraction, sentiments». Puis, le mot «philia» qui peut se traduire par «amitié» et aussi «agape» qui peut se résumer par le mot «amour». En français, on peut aimer son père, ses enfants, un film, un projet, son chat. Tout semble sur le même plan. Déjà en anglais on y avoir deux mots : love and like qui expriment deux réalités différentes.

Nous achevons aujourd’hui la lecture du « sermon sur la Montagne », dont l’exigence nous conduira dans un ultime mouvement de contemplation du Père et vers un sommet qui nous paraîtra de plus en plus inatteignable.

Les versets que nous avons écoutés nous désorientent d’autant plus qu’ils sortent de la bouche de Jésus qui en d’autres temps préconise l’«agapè» comme point central de son enseignement. Jésus ne s’adresse pas ici à des saints, des purs, mais à des gens qui cheminent avec d’autres frères et soeurs et qui ont le goût de vivre heureux et pleins d’espérance sur cette terre.  Comment peut-on aimer ses ennemis et être parfaits comme notre Père céleste est parfait ?  Et pourtant, c’est bien à nous que Jésus s’adresse et veut que nous recevions ces paroles avec une coeur renouvelé. Il veut faire de nous un être nouveau, capable de vivre en communion fraternelle, en accueillant l’autre tel qu’il est, une personne créée à l’image de Dieu et appelée à la perfection. C’est le rêve de Dieu, est-ce une utopie ?

En donnant son manteau en plus de sa tunique, en offrant deux mille pas à celui qui en impose mille, l’amour montre qu’il a toujours l’initiative. Tel est l’exercice de la liberté qui plaît au Seigneur: renoncer à la réaction primaire qui engendre la réciprocité pour choisir le don, l’amour et la communion. «Donne à qui te demande; ne te détourne pas de celui qui veut t’emprunter. »

Soyons réalistes, nous ne vivons pas à une époque facile et nous voyons la violence, les guerres, les injustices, la souffrance habiter notre monde. Et c’est pire encore quand la souffrance, la colère, la vengeance nous habitent, nous touchent et nous poussent à réagir négativement envers l’autre. Il est peu vraisemblable, dans les temps actuels, de réussir à mettre tout cela en pratique, car le monde nous entraîne à avoir d’autres comportements et nous nous inquiétons. Quittons ce cercle perpétuel du mal et joignons-nous à Jésus qui nous propose la logique du pardon. Il faut aller vers l’amour de notre prochain qui est plus important que la souffrance qu’il nous fait subir. Seul l’amour peut triompher du mal. En effet, il y a beaucoup de grandeur à renoncer à la vengeance qu’à l’assouvir.

Jésus est le compagnon discret de notre vie au quotidien et il est capable de nous redonner une force de vie extraordinaire pour relever ces défis. En intégrant l’amour de Dieu dans nos comportements quotidiens, nous agissons conformément à sa volonté puisqu’il a souhaité que nous soyons conformes à son image.  Nous devons chercher ensemble la perfection du Père, qui est amour. Ainsi, parce que la justice des disciples du Christ trouve sa source dans la fécondité de l’amour du Père, elle est aussi à notre portée.

AMEN.