Pape François

 

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Entre popularité extraordinaire et réformes,

la 1re année du pape François


Marie Malzac I.Media


Après la renonciation inédite de Benoît XVI, le pape François, venu «du bout du monde», a inauguré une phase de changements dans l’Église, porté par une popularité mondiale non démentie jusqu’à ce jour. Amorçant de nombreux chantiers de réforme, selon les désirs des cardinaux exprimés avant le conclave, le nouveau souverain pontife a su gagner le cœur de très nombreuses personnes, au-delà des cercles catholiques. Retour sur une 1ère année de pontificat extrêmement riche.

Quelques jours à peine après la fin annoncée du pontificat de Benoît XVI, le 4 mars, près de 150 cardinaux, électeurs ou non, débutent les Congrégations générales, les réunions pré conclave à huis clos. C’est là que va se décider le profil du futur pape, notamment lors de leurs échanges en marge de ces rencontres. De l’aveu de plusieurs cardinaux, les discussions sont «pesantes», et beaucoup demandent des comptes aux responsables de la curie, en particulier après ’l’affaire Vatileaks’ qui vient de secouer l’Église.

115 cardinaux électeurs entrent en conclave dans l’après-midi du 12 mars. A peine plus de 24 heures plus tard, le 13 mars, une épaisse fumée blanche s’élève de la cheminée de Chapelle Sixtine : le nouveau pape est élu. Alors que les cloches de la basilique vaticane sonnent à toute volée, les Romains accourent sur la place Saint-Pierre pour assister à la première apparition du nouveau souverain pontife. Peu avant 20h30, le cardinal argentin Jorge Mario Bergoglio apparaît à la loggia centrale de la basilique Saint-Pierre.


Dès les premiers instants, le pape François conquiert les foules par son style simple et ses paroles directes. Âgé de 76 ans, le premier pontife issu de la Compagnie de Jésus demande notamment la bénédiction des fidèles.

Une polémique sur l’attitude de Jorge Mario Bergoglio durant la période de la dictature en Argentine est rapidement éclaircie et oubliée. Dans le même temps, les gestes et les formules du pape François frappent les esprits et lui font rapidement gagner une extraordinaire popularité, qui va au-delà des milieux catholiques. Le 21 mars, il crée la surprise en invitant les employés du Vatican à sa messe matinale, dans la résidence Sainte-Marthe. Il décide par ailleurs de ne pas quitter cette résidence, délaissant les appartements pontificaux qu’il juge trop grands et susceptibles de l’isoler.

Pour la première fois dans l’histoire moderne, le 23 mars, le monde assiste à la rencontre entre deux papes. François se rend à Castel Gandolfo où il a un long entretien en privé avec son prédécesseur Benoît XVI, visiblement fatigué. Les deux hommes vont se revoir à plusieurs reprises une fois Benoît XVI installé au monastère Mater Ecclesiae, dans les jardins du Vatican. Le pape allemand va apparaître, les fois suivantes, beaucoup plus reposé.

Le pape François préside sa première Semaine sainte et les fêtes de Pâques. Le Jeudi saint, il se rend dans une prison pour mineurs de la périphérie de Rome et lave les pieds de jeunes détenus.

Cardinaux conseillers -
Le 13 avril, un mois jour pour jour après son élection, le pape François institue un groupe de 8 cardinaux chargés de le «conseiller dans le gouvernement de l’Église» et d’étudier avec lui un projet de réforme de la curie romaine, répondant ainsi aux souhaits exprimés par les cardinaux lors des Congrégations générales.

Le pape François célèbre ses premières canonisations le 12 mai. En proclamant saints quelque 800 martyrs italiens, il rappelle que les chrétiens tués pour leur foi sont désormais plus nombreux qu’aux premiers temps de l’Église.

En juin, le pape créé une commission chargée de l’informer sur les activités de l’Institut pour les œuvres de religion (IOR) puis en juillet une autre sur l’organisation de la structure économique et administrative du Saint-Siège. Au cours du 2e semestre, le Vatican va confier à de célèbres cabinets d’experts internationaux des audits sur ses activités économiques et ses processus de gestion, sur la conformité des procédures comptables aux standards internationaux ou encore en vue de la réorganisation des médias et des services de communication.

Essentiellement écrite par Benoît XVI mais portant la signature du pape François, la première Encyclique du pontificat est publiée le 5 juillet : Lumen fidei (La lumière de la foi). 3 jours plus tard, le pape François effectue une visite éclair sur l’île italienne de Lampedusa, au large des côtes siciliennes. En termes forts, il dénonce la «mondialisation de l’indifférence» face au drame des migrants.

JMJ mémorables-
Le mois de juillet est marqué par le premier déplacement hors d’Italie du pape François. Il se rend au Brésil pour présider des Journées mondiales de la jeunesse mémorables sur la plage de Copacabana. A Rio de Janeiro, le pape argentin visite notamment une favela. Dans l’avion qui le ramène à Rome, il rencontre les journalistes pendant 1h20. Il n’élude aucune question, y compris sur l’homosexualité au Vatican ou la situation des divorcés remariés.

Pas de vacances à la montagne ou aux alentours de Rome pour le pape François. Au mois d’août, il se consacre à la prière et à son abondant courrier à la Maison Sainte-Marthe. Il n’hésite pas à prendre son téléphone pour appeler directement certains de ceux qui lui écrivent. A la fin du mois, le pape nomme son nouveau secrétaire d’État, l’Italien Mgr Pietro Parolin, jusqu’alors nonce au Venezuela. Celui-ci, nommé à compter du 15 octobre, n’arrive qu’un mois plus tard au Vatican après avoir subi une opération chirurgicale.

Le 7 septembre, le pape François préside place Saint-Pierre une veillée de prière inédite à l’occasion de la Journée de jeûne et de prière pour la paix en Syrie, au Moyen-Orient et dans le monde qu’il a souhaité. «La guerre, lance-t-il, est toujours l’échec de la paix, elle est toujours une défaite pour l’humanité».

Au milieu du mois de septembre, la revue jésuite italienne La Civiltà Cattolica publie la première longue interview du pape François. Il se confiera par la suite au fondateur de La Repubblica, puis au journal La Stampa.

Le 22 septembre, le pape François se rend à Cagliari, sur l’île de Sardaigne, puis le 4 octobre à Assise. Dans la ville de saint François, le pape exhorte l’Église à se «dépouiller» de la «mondanité» qui représente à ses yeux un véritable «danger».

Synode sur la famille
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Fin septembre, le pape François annonce qu’il canonisera 2 de ses prédécesseurs, Jean XXIII et Jean-Paul II, le 27 avril 2014. Quelques jours plus tard, le Vatican annonce la convocation en octobre 2014 d’une assemblée générale extraordinaire du Synode des évêques consacrée aux «défis pastoraux de la famille dans le contexte de l’évangélisation». Rome lance un vaste questionnaire à travers le monde où il est notamment question de la situation des divorcés remariés. Au cours du 2e semestre, le pape confirme quelques-uns des chefs de dicastère de la curie romaine et effectue ses premières nominations, notamment à la Congrégation pour le clergé et au Synode des évêques. Le Vatican annonce la tenue, le 22 février 2014, du premier consistoire ordinaire pour la création de cardinaux. Au préalable, après la réunion du Conseil des cardinaux, l’ensemble du collège cardinalice se réunira autour du pape.

Lancée en octobre 2012 par Benoît XVI, l’Année de la foi est clôturée par le pape François le 24 novembre. 2 jours plus tard, le pape François publie sa première Exhortation apostolique. Evangelii gaudium (La joie de l’Évangile) apparaît comme le véritable programme de son pontificat. Début décembre, à l’initiative du Conseil des cardinaux, le pape décide de la création d’une «commission pour la protection des mineurs».

Mi-décembre, à peine désigné «personnalité de l’année» par le magazine américain Time Magazine, le pape François déclare saint le jésuite français Pierre Favre (1506-1546), co-fondateur de la Compagnie de Jésus.

9 mois après son élection, le pape François célèbre son premier Noël au Vatican, auréolé d’une popularité exceptionnelle à travers le monde.

Réforme financière
- Au mois de janvier, le souverain pontife poursuit son travail de réforme des institutions financières du Saint-Siège, et change ainsi la quasi totalité des cardinaux de la Commission de surveillance de l’Institut pour les œuvres de religion. A la fin du mois, le pontife nomme également le nouveau président de l’Autorité d’information financière. Des appels répétés pour la paix en Syrie sont également formulés, notamment lors de l’audience accordée par le pape, comme chaque année à cette période, aux membres du corps diplomatique accrédité près le Saint-Siège.

Le 24 janvier, le pape François reçoit le président de la République française, François Hollande, au Vatican, dans un contexte délicat dans le pays. Au printemps, d’autres audiences importantes se profilent, comme celle de la Reine d’Angleterre et du président américain.

Le Comité des droits de l’enfant des Nations unies remet début février un rapport dans lequel il critique de façon particulièrement sévère la gestion des affaires de pédophilie par l’Église, après l’audition à la mi-janvier d’une délégation du Saint-Siège à Genève. Le Vatican réplique en dénonçant la possible influence de lobbies hostiles à l’Église. Plus tard, le pape affirmera que l’Église est «peut-être l’unique institution publique à s’être mise en mouvement avec transparence et responsabilité», regrettant alors qu’elle soit «la seule à être attaquée».
Mi-février, à l’occasion de la Saint-Valentin, le pape convoque les fiancés pour une grande rencontre sur la place Saint-Pierre. Cet évènement inédit et médiatique participe à la popularité du pape argentin.

Du 17 au 19 février, les cardinaux du ’C8’ se réunissent une nouvelle fois autour du pape, pour évoquer principalement la réforme des structures économico administratives du Saint-Siège. Les jours suivants, près de 150 cardinaux sont présents au Vatican pour un consistoire extraordinaire sur la famille convoqué par le pontife, au cours duquel le cardinal allemand Walter Kasper tient un discours très remarqué, portant notamment sur des propositions dans l’accompagnement pastoral des couples divorcés remariés.

Nouveaux cardinaux
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Le 22 février, le pape François préside son 1er consistoire ordinaire et crée 19 nouveaux cardinaux. À la surprise générale, Benoît XVI assiste à cette célébration. C’est sa 1ère apparition publique depuis sa renonciation.

Le pape lance sa 1ère véritable réforme de la curie 2 jours plus tard avec la création d’un nouveau dicastère, le Secrétariat pour l’économie, à la tête duquel il nomme le cardinal australien George Pell. Son ’numéro 2’ sera Mgr Alfred Xuereb, secrétaire particulier du pape. Cette institution, dont l’action sera impulsée par un nouveau Conseil pour l’économie, enlève de fait une partie de son pouvoir à la Secrétairerie d’État du Saint-Siège.

Dans la curie romaine, beaucoup saluent le succès du nouveau pape, ses gestes forts et ses petites phrases chocs, qui en ont incontestablement fait l’un des personnages mondiaux de l’année. Quelques prélats ne cachent pas non plus leur amertume, craignant par exemple que certaines questions doctrinales soient délaissées ou évoquant l’autoritarisme d’un pape pourtant apôtre de la collégialité. De même, face à l’annonce récente du gel des embauches, des renouvellements de contrat et des heures supplémentaires, les employés du Saint-Siège ne cache pas leur incertitude face aux mois à venir.


En 2013, le ’tremblement de terre’ curial provoqué par la démission de Benoît XVI a provoqué la secousse du 13 mars qu’a représenté l’élection du cardinal Bergoglio. La multiplication des chantiers lancés, sur des fronts très différents, promet nouveautés et surprises.

Les mois à venir sont d’ores et déjà riches en grands rendez-vous : la canonisation des papes Jean XXIII et Jean-Paul II, le voyage du pape François en Terre sainte en mai puis un autre en Corée du Sud en août, mais aussi le Synode des évêques consacré à la famille en octobre.